CHANTS LYRIQUES DE SAUL
Seigneur, tendez votre arc; levez- vous, jugez-moi! Remplissez mon carquois de vos flèches brûlantes! Que des hauteurs du ciel vos foudres dévorantes Portent sur eux la mort qu'ils appelaient sur moi!
Dieu se lève, il s'élance: il abaisse la voûte De ces cieux éternels ébranlés sous ses pas; Le soleil et la foudre ont éclairé sa route; Ses anges devant lui font voler le trépas.
Le feu de son courroux fait monter la fumée, Son éclat a fendu les nuages des cieux;
La terre est consumée
D'un regard de ses yeux.
Il parle; sa voix foudroyante A fait chanceler d'épouvante Les cèdres du Liban, les rochers des déserts; Le Jourdain montre à nu sa source reculée; De la terre ébranlée Les os sont' découverts.
Le Seigneur m'a livré la race criminelle
Des superbes enfants d'Ammon.
Levez- vous, ô Saûl! et que l'ombre éternelle
Engloutisse jusqu'à leur nom!
Que vois-je? vous tremblez, orgueilleux oppresseurs!
Le héros prend sa lance,
Il l'agite, il s'élance;
A sa seule présence, La terreur de ses yeux a passé dans vos cœurs.
Fuyez!... Il est trop tard: sa redoutable épée Décrit autour de vous un cercle menaçant, En tout lieu vous poursuit, en tout lieu vous attend, Et, déjà mille fois dans votre sang trempée. S'enivre encor de votre sang.
Son coursier superbe Foule comme l'herbe Les corps des mourants; Le héros l'excite, Et le précipite A travers les rangs; Les feux l'environnent.
Les casques résonnent Sous ses pieds sanglants:
Devant sa carrière Cette foule altière Tombe tout entière Sous ses traits brûlants.
Comme la poussière Qu'emportent les vents.
Où sont ces fiers Ismaélites, Ces enfants de Moab, cette race d'Édom,
Iduméens, guerriers d'Ammon, Et vous, superbes fils de Tyr et de Sidon,
Et vous, cruels Amalécites?