SCÈNE VI
La terrasse.
NINON , SILVIO , sur un Une.
SILVIO
Écoutez-ifloi, Ninon, je ne suis point coupable.
Oubliez un roman où rien n'est véritable
Que Vamour de mon coeur, dont je me sens pâmer.
NTNOIH.
Taisez-Yous — faï promis de ne pas tous aimer.
8TLYI0.
Flora seaie a tout fait par une maladresse.
Les billets d'hier soir portaient la même adresse.
G^est en les envoyant que je me suis trompé;
Le nom de votre sorar sous ma plume est tombé.
Le vôtre de si prés, comme vous, lui ressemble !
La main n'est pas bien sûre, hélas I quand le cœur tremble.
Et je tremblais — je suis un enfant comme vous.
NINON
De quoi pouvaient servir ces deux lettres pareilles?
Je vous écouterais de toutes mes oreilles,
Si vous ne mentiez pas avec ces mots si doux.
SILVTO.
Je vous aime, Ninon, je vous aime à genoux.
NINON
On relit un billet, monsieur, quand on'renvoie. Quand on le recopie, on jette le brouillon.
Ce n*est pas malaisé de bien écrire un nom.
Hais comment voulez-vous, Silvio, que je vous croie? Vous ne répondez rien.
SILVIO
Je vous aime, Ninon.
NINON
Lorsqu'on nVst pas coupable on sait bien se défendre. Quand vous chantiez hier de cette Toix si tendre, Yous saviez bien mon nom, je Tai bien entendu. Et ce baiser du parc que ma sœur a reçu, Aviez-vous oublié d'y mettre aussi l'adresse? Regardez donc, monsieur, quelle scélératesse! Chanter sous mon balcon en embrassant ma soeur t
SILVIO
Je vous aime, Ninon, comme voilà mon cœur.
Vos yeux sont de cristal, — vos lèvres sont vermeilles
Gomme ce ciel de pouq)re autour de l'occident. Je \ous trompais hier, vous m'aimiez cependant.
NINON
Que voulez- vous qu'on dise à des raisons pareilles?
SILVIO
Votre taille flexible est comme un palmier vert ; Vos cheveux sont légers comme la cendre une Qui voltige au soleil autour d'un feu d'hiver. Ils frémissent au vent comme la balsamine; Sur votre front d'ivoire ils courent en glissant, Gomme une huile craintive au bord d'un lac d'argent. Vos yeux sont transparents comme l^ambre fluide Au bord du Niémen ; — leyr regard est limpide Gomme une goutte d'eau sur la grenade en fleilrs.
NINON
Les vôtres, mon ami, sont inondés de pleurs.
SILVIO
Le son de votre voix est comme un bon génie Qui porte dans ses mains un vase plein de miel. Toute votre nature est comme une harmonie; Le bonheur vient de vous, comme il vous vient du ciel. Laissez-moi seulement baiser votre chaussure ; Laissez-moi me repaître et m'ouvrir ma blessure. Ne vous détournez pas; laissez-moi vos beaux yeux. N'épousez pas Irus, je serai bien heureux.
Laissez-moi rester là, près de vous, en silence, La main dans votre main, — passer mon existence  sentir jour par jour mon coeur se consumer...
NINON
Taisez-Yous ^- j'ai promis de ne pas vous aimer.