‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 100 sur 131 · LE CID ET LE JUIF · texte numérisé non relu

LE CID ET LE JUIF

Avec ampleur et majesté.

Pour le défendre, à son cAté Pend Tisona, sa bonne épée, Au sang more et chrétien trempée.

A le voir assis, quoique mort, On dirait d'un vivant qui dort.

Depuis sept ans dans cette pose, De ses exploits il se repose; Et pour voir son corps vénéré, Tous les ans, au jour consacré, A San-Pedro la foule abonde.

— Une fois, que la nef profonde Était déserte, et qu'au saint lieu Le Cid, resté seul avec Dieu, Rêvait dans son tombeau sans garde, Un juif arrive et le regarde,

Et parlant en soi-même ainsi,

Il se dit tout pensif: « Ceci

Est le corps du Cid, du grand homme,

Du vainqueur que partout on nomme !

On m'a raconté bien souvent

Que nul n'eût osé lui vivant,

Se risquer dans cette entreprise

De toucher à sa barbe grise.

Maintenant, il git morne et froid;

Son bras, qui répandait l'effroi,

La mort le désarme et l'attache :

Je vais lui toucher la moustache,

Nous verrons s'il se fâchera

Et quelle mine il nous fera ;

Le monde est loin, rien ne m'empêche

De tirer à moi cette mèche. »

— Afin d'accomplir son dessein, Le juif sordide étend la main....

Mais, avant que la barbe sainte Par ses doigts crochus soit attei: '?, Le noble époux de Ximena,

A plein poing prenant Tisons.

EN PASSANT A VERGARA. Si!

Sort du fourreau deux pieds de lame.... Le juif l'épouvante dans l'âme, Tombe le front sur le pavé, Et, par les moines relevé, Raconte l'aventure étrange ; Puis de religion il change, Et sous le nom de Diego Gil Entre au couvent. — Ainsi soit-il.

San-Pedro de Cardena.

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