‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 107 sur 131 · LA VIERGE DE TOLÈDE · texte numérisé non relu

LA VIERGE DE TOLÈDE

Percent ma peau comme des javelines, Et sur mon front perle mon sang royal. Le bec pointu du vautour héraldique Fouille mon flanc en proie aux noirs soucis : Sur son rocher, le Prométhée antique N'était qu'un roi sur son fauteuil assis.

De mon olympe entouré de mystère,

Je n'entends rien que la voix des flatteurs;

C'est le seul bruit qui des bruits de la terre

Puisse arriver à de telles hauteurs ;

Et si parfois mon peuple, qu'on outrage,

En gémissant entre-choque ses fers :

— Sire! dormez, me dit-on, c'est l'orage;

Les cieux bientôt vont devenir plus clairs.

,1e puis tout faire, et je n'ai plus d'envie.

Ah! si j'avais seulement un désir!

Si je sentais la chaleur de la vie !

Si je pouvais partager un plaisir!

Mais le soleil va toujours sans cortège;

Les plus hauts monts sont aussi les plus froids;

Et nul été ne peut fondre la neige

Sur les sierras et dans le cœur des rois!

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