A LA PRINCESSE BATHILDE
La cloche matinale enfin a sonné l'heure Où les pâles Wilis, qu'un jour trop vif effleure, Près du sylphe qui dort vont se glisser sans bruit Au cœur des nénufars et des belles de nuit; Giselle défaillante avec de molles poses Lentement disparait sous son linceul de roses, Et l'on n'aperçoit plus du fantôme charmant Qu'une petite main tendue à son amant.
— Alors vous paraissez, chasseresse superbe, Traînant votre velours sur le velours de l'herbe, Un sourire à la bouche, un rayon dans les yeux, Plusfraiche que l'aurore éclose au bord des cieux; Belle au regard d'azur, à la tresse dorée,
Que sur ses blancs autels la Grèce eût adorée; Pur marbre de Paros, que les Grâces, en chœur, Dans leur groupe admettraient pour quatrième sœur.
— De la forêt magique illuminant la voûte, Une vive clarté se répand, — et l'on doute Si le jour, qui rena.it dans son éclat vermeil, Vient de votre présence ou s'il vient du soleil ! Giselle meurt; Albert éperdu se relève,
Et la réalité fait envoler le rêve ;
Mais en attraits divins, eu chaste volupté,
Quel rô7e peut valoir votre réalité !