‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 95 sur 131 · LE PIN DES LANDES · texte numérisé non relu

LE PIN DES LANDES

Et dans combien de jours, comme un peu de fumée, Des cœurs éteints s'envole une mémoire aimée.

Le voyage est un maître aux préceptes amers ; Il vous montre l'oubli dans les cœurs les plus cliers, Et vous prouve, — û misère et tristesse suprême! — Qu'ingrat à votre tour, vous oubliez vous-même ! Pauvre atome perdu, point dans l'immensité,' Vous apprenez ainsi votre inutilité.

Votre départ n'a rien dérangé dans le monde, Déjà votre sillon s'est refermé sur l'onde. Oublié par les uns, aux autres inconnu, Dans des lieux où jamais votre nom n'est venu, Parmi des yeux distraits et des visages mornes, Vous allez sur la terre et sur la mer sans bornes. Par l'absence à la mort vous vous accoutumez. Cependant l'araignée à vos volets fermés Suspend sa toile ronde, et la maison déserte Semble n'avoir plus d'àmc et pleurer votre perte, El le chien qui s'ennuie et voudrait vous revoir Au détour du chemin va hurler chaque soir.

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