INTIMITE
Adieu, madame, adieu ! — Dans son palais de neige, L'hiver aux blancs frimas que le soleil assiège, Doucement s'est éteint sur son lit de glaçons ; Et le printemps tout vert, sous les bois, dans les plaines, Berçant rameaux et fleurs de ses tièdes haleines, Remplit l'air de parfums et le ciel de chansons.
146 Œillades et Soupirs
Adieu ! Mai nous revient et sa senteur m'enivre.
Je veux courir les champs, je veux me sentir vivre ;
La liberté pour moi, voyez- vous, c'est un bien.
Je m'en irai joyeux — si je disais morose,
Qui sait si vous croiriez que vous êtes la cause
De ce chagrin ? Pour moi, vraiment, je n'en sais rien.
Mais qu'importe, après tout ? Croyez-m'en sur parole : Je vous quitte à regret comme l'oiseau s'envole, Triste, quand vient le froid, de son nid parfumé. Maintenant, au hasard ! Mon pauvre cœur vous reste ! Je m'en vais seul. A moi vallons ! nature agreste ! A moi verte campagne et ton air embaumé !
Vous ici ; moi, là-bas : que c'est triste, madame ! Je ne vous aurai plus pour retremper mon âme D'un mot de votre cœur, d'un regard de vos yeux. L'ennui ! partout l'ennui ! froid dégoût de moi-même ! Mais au moins, j'aurai là tant de choses que j'aime : L'immensité, la mer, les grands lacs et les cieux.
Et cinq mois loin de vous, c'est long comme une année !
Au souvenir d'hier — illusion fanée —
Mes rêves s'en iront pour voler jusqu'à vous.
Mais vous, qui sait encor ? vous m'oublierez peut-être,
Vous qui m'avez aimé, vous qui m'avez vu naître,
Vous qui m'avez, enfant, bercé sur vos genoux.
Œillades et Soupirs
Ah ! non, non, loin de moi ! Ces lignes vous font rire. J'en suis charmé ; j'y tiens : c'est un dernier sourire, Un gage qui me reste encor de vos bontés. Au revoir ! Espérons ! Après l'été, l'automne ; Après juin qui fleurit, septembre qui moissonne.
Et mon retour alors — si vous le permettez.