‹ Premières poésies, 1876-78 (volume 2)Chapitre 16 sur 42 · MON AMI RODOLPHE · texte numérisé non relu

MON AMI RODOLPHE

ALORS que je log^eais, bien humble pensionnaire, Au numéro vingt-trois de ce quartier ancien, J'eus longtemps — grâce au ciel moins qu'au propriétaire Pour voisin de mansarde, un drôle de voisin.

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Le garçon dont je parle était un grand phthisique, Qui, pour les sottes gens et les gens prévenus, Passait, mal à propos, pour un être excentrique, Ayauit rapport avec les archanges cornus.

Mon pauvre ami Rodolphe avait pour habitude, >— Il tenait le scalpel de Balzac dans sa main — De faire de lui-même un cabinet d'étude, D*où ses yeux voyaient clair au fond du cœur humain.

Il recevait chez lui, mais en robe de chambre, Artistement couché dans son fauteuil mouvant. Le spleen le venait voir quelques fois en ^ptèmbre, Quand le ciel s'avisait de lui souffler du vent.

Avait-il, mon voisin, quelque peine secrète ? Ses amis là-dessus ne savait que penser.

Il Vivait retiré comme un anachorète, Retenant bien son cœur pour ne pas le blesser.

Oui, mon ami Rodolphe était un grand problème. Le dernier jour de Tan (est-ce un rêve a$sez noir ?) Il fermait bien sa porte et se jetait tout blême, Dans son fauteuil gothique, en face d'un miroir.

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Pendant ime heure entière, il restait immo|)ile, Promenant ça et là son grand regard distrait ; Mais quand minuit sonnait aux clochers de la ville, Plus pâle que jamais Rodolphe se levait.

Sa lampe ne donnait qu'une faible lumière ;

Son chat dormait dans Tombre en rond sur son divan.

Alors, plus pâle encore, il soulevait son verre,

Et portait dans la nuit un toast au nouvel an.

Shakespeare en eût fait quelque chose d'étrange. Les bigots du quartier en faisait un démon.

Était-il un démon ?-^ Passait-il' pour un ange ? Pour moi qui Tai éonnû, je vous dirai que non.

Nous étions quatre amis ; — Rodolphe était des nôtres. S'il vécut à la hâte, il mourut sans souci.

C'était un franc garçon ; son cœur était aux autres. Les vieux qui l'ont soigné vous le diront aussi.

J'ai revu ces gens là ; — la vieille était contente. 'C'était un jour vêtu d'azur et de soleil.

Le vieux m'a fredonné — car le bonhomme chante L'air que mon pauvre ami chantait à son réveil.

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Le chat est mort, je crois, sur le lit de son maître. Le fauteuil de Rodolphe a Tair de s'ennuyer.

On a fermé sa chambre — on a clos la fenêtre, Où les jours de tristesse il venait s'appuyer.

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