Premières poésies, 1876-78
Personne plus que l'auteur de ces vers n'est convaincu que ce petit livre n'est pas un chefd'œuvre. Yoilà pourquoi le lecteur est prié de le lire avec toute l'indulgence dont il est capable. Le fait est que la plupart des pièces qu'il renferme ont été publiées, il y a déjà plusieurs années, dans un ouvrage intitulé : Premières Poésies, qui a été écrit à l'âge où la plume hésite et où la pensée est à peine éclose.
Ce n'est, pour ainsi dire, que la répétition d'un premier pas.
Toutefois, nous ne voyons pas pourquoi il ne nous serait pas permis de citer ici, en guise de préface, ce que deux de nos littérateurs les plus distingués écrivaient au sujet de ces vers, lors de leur première apparition. Nous ne donnerons que des extraits.
M. Napoléon Legendre :
" J'ai lu avec infiniment de plaisir le petit volume que " M. Evanturel vient de mettre devant le public. L'au- " teur est tout jeune encore, et ses Premières Poésies sont " bien véritablement ce que leur titre affirme. Elles ne " sont donc pas sans défauts ; mais, en revanche, elles " possèdent beaucoup de qualités remarquables. Il y a " dans l'idée, dans l'expression, dans le tour de phrase, *' quelque chose de neuf, d'original et de distingué. Ce " n'est pas cette versification banale qui se traîne dans le " vieux sillon et qui assujétit la pensée à la mesure et à " la rime ; c'est, au contraire, ce sentiment véritablement *' poétique qui suit son inspiration, et force le mot à se " courber sous l'idée. Je ne prétends pas que toutes les " pièces qui composent ce volume portent ce cachet ;
" mais j'affirme que tel est le caractère général de l'œuvre, " pour celui qui l'a lue sans parti pris. "
" Les pensées sont neuves et habillées dans un langage " élégant. Le vers est bien fait et l'idée y est à l'aise. On " n'y sent point le travail, parce que la matière a été hon- " nétement, consciencieusement travaillée. Plus une sta- " tue est parfaite, plus il y a de coups de ciseau et moins " on les aperçoit. "
" Voilà de la véritable poésie. C'est moderne, si vous '' voulez ; mais en est-ce moins beau ? "
" J'aime à constater dans cette œuvre l'absence de " trivialité et même de cette banalité qui dépare un si " grand nombre de nos ouvrages canadiens. De plus, le " langage est correct et châtié, ce qui est un attribut assez " rare chez nos auteurs. "
'' En somme, ce petit livre a beaucoup de qualités, et *' j'espère que le public l'acceuillera avec la faveur que " mérite tout travail consciencieusement fait dans le but " de faire progresser les lettres canadiennes ."
M. Joseph Marmette :
" Le plus grand nombre (les pièces) oôrent cet air de " contentement, de gaieté douce, dont on se sent pénétré,
durant l'été, au milieu des sereines beautés de la campagne. "
" Mais ce dont il faut, selon moi, louer notre jeune auteur, c'est la recherche constante du coloris, le soin qu'il prend d'éviter les redites, de marcher dans les sentiers battus de ces vulgaires versificateurs qui encombrent nos revues et nos journaux de leurs élucubrations, et font la cour aux Muses dans un langage fade et commun qui doit faire lever les épaules à ces grandes dames. "
'■ Au coloris M. Evanturel joint encore la vérité du dessin et beaucoup d'esprit d'observation. Son opticien est comme une jolie figurine en terre cuite et modelée d'après nature, et son charmant croquis des Orphelins a été esquissé sur le vif. "
" Certes, c'est là de la poésie de genre et frappée au bon coin. "