‹ Premières poésies, 1876-78Chapitre 13 sur 19 · ENTRE NOUS · texte numérisé non relu

ENTRE NOUS

N'en déplaise, madame, à la mode nouvelle, L'action que je crois la meilleure, est bien celle, Non d'avoir des rubans et des fleurs, non d'avoir Des parfums de Lubin embaumant son boudoir, Mais de faire — entre nons — ce que fait cette femme, Qui n'est pas riche et qui met sa bourse et son âme, Au service de ceux qui vont par le chemin, Frapper de porte en porte et demander du pain.

Dix pauvres vont dîner, les samedis, chez elle, En hiver.

S'il fait froid, si le mercure gèle.

Vers midi, l'on peut voir, femmes, maris, enfants, Revenir prendre place à sa table, et contents Paisiblement sortir par la porte bâtarde.

Cette femme — elle est veuve — habite une mansarde, Avec ses deux enfants, deux garçons, deux petits. Et le soir, quand ses gens — les pauvres — sont partis. Qu'il fait bon près du fou, que la veuve s'ennuie, Assise dans sa chaise, en vieux cuir de Russie, Elle songe, en voyant ses enfants bien couverts :

— Le bon Dieu devrait bien supprimer les hivers.

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A EDMOND DUPliE

A EDMOND DUPEE

Dans nos grands froids d'hiver, Edmond, lorsque la nei^ Crie et grince, le soir, sous le pied des passants, Quand Décembre grelotte ou que janvier assiège. Comme un soldat le fort, tes verrous blanchissants,

Que de fois, sous ce toit où l'amitié fidèle Offre, malgré le temps, un abri pour mon^cœur. Ne suis-je pas venu, morne, traînant de l'aile, Dérober un moment'de calme et de bonheur !

Que de fois, dans ces nuits —nuits de vague tristesse — Oïl l'on sent sur son front peser le doigt de Dieu, N'ai-je pas recousu mes lambeaux de jeunesse, Assis à tes côtés, à la clarté du feu !

Ah ! vois-tu, j'ai compris dans ce siècle de doute,

Où le calme jamais n'attend le pèlerin,

Que le destin, ami, t'avait mis sur ma route.

Pour comprendre mon cœur, pour me tendre la main.

Et puis, j'ai dit alors : — Viennent les jours d'orage ! Viennent les jours de deuil, de misère et d'ennui 1 Qu'importe ? le soleil disperse le nuage.

Et tu restes toujours, quand tant d'autres m'ont fui.

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