‹ Premières poésies, 1876-78Chapitre 17 sur 19 · DERNIÈRE NUIT · texte numérisé non relu

DERNIÈRE NUIT

Je te vois à travers ton linceuil.

Pour jamais, Ah ! tu fermes tes yeux comme si tu dormais. Tu souris. La pâleur sied bien â ton front d'ange. C*est demain que tu pars, c'est demain qu'un archange, Sous son aile, en passant, va venir te chercher. Pauvre enfant, pour toujours, il te faudra coucher ! Nous t'avons fait creuser un lit au cimetière. C'est la première nuit que tu dors dans ta bière :

Ne vas pas t'é veiller sous la terre demain... Quand j'y songe, vois-tu, je cache dans ma main Mon front pâle, et je sens que mon cœur agonise. On chantera pour toi quelque chose à l'église : Peut-être les adieux que tu chantais un soir. Nous irons te porter alors au grand dortoir. Plus blêmes et plus froids que tes mains, jeune fille ! Les amis poseront leurs genoux sur la grille, Le prêtre chantera pour bénir ton cercueil ;

Et puis nous reviendrons avec nos cœurs en deuil.

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