LE PAYSAN
Le paysan, qui voit l'hiver 8'abattre comme un blanc fantôme, Au premier froid qui glace l'air, S'enferme sous son toit de chaume.
Et là, content si sa moisson Au fond de son grenier abonde, Il chante son humble chanson.
Dans un oubli complet du monde.
Le laboureur n'est pas méchant ; L'air qu'il respire rend honnête.
Il sait qu'aux bornes de son champ Le désir qu'il poursuit s'arrête.
Voyant son vieux réduit bien clos, Et du feu dans sa cheminée, Pour lui l'hiver c'est le repos, Le repos après la journée.
Sans regarder quel temps il fait, Par la vitre de sa chaumière.
Le jour il s'assied satisfait.
Le soir il s'endort sans lumière.
Le givre, en ruban festonné,
Au bord du toit coud ses dentelles ;
Mais un matin, tout étonné,
Il entend un chant d'hirondelles.
Alors, sachant qu'il plaît à Dieu Que la saison d'or soit éclose, Pour saluer l'horizon bleu, Il entr'ouvre sa porte close.
Il neige encor sur le chemin ; Mais déjà, dans sa joie extrême.
Il bénit le ciel qui demain Rendra fécond le sol qu'il aime.