‹ Premières poésies, 1883-1886Chapitre 5 sur 34 · SENSUALITE · texte numérisé non relu

SENSUALITE

N'écoute plus Tarchet plaintif qui se lamente Gomme un ramier mourant le long des boulingrins; Ne tente plus l'essor des rêves pérégrins Traînant des ailes d'or dans l'argile infamante.

Viens par ici : voici les féeriques décors, Dans du Sèvres les mets exquis dont tu te sèvres, Les coupes de Samos pour y tremper tes lèvres, Et les divans profonds pour reposer ton corps.

Viens par ici : voici i^irdente ërubescence Des cheveux roux piqués de fleurs et de béryls, Les étangs des yeux pers, et les roses avrils Des croupes, et les lis des seins frottés d'essence

Viens humer le fumet — et mordre à pleines dents A la banalité suave de la vie.

Et dormir le sommeil de la bête assouvie. Dédaigneux des splendeurs des songes transcendants.

Assez d abstinences moroses :

De Schiraz effeuillons les roses

Au bord du lac sacré, Et que pour moi l'amour ruisselle De sa lèvre d'alme pucelle,

Plus doux qu'un vin sucré.

Assez de chrjsolithe terne :

Que Ton me montre la caverne

Des kohinors-soleils, Et des saphirs plus bleus que Tonde, Et des clairs rubis de Golconde

Au sang- des Dieux pareils.

Assez d'existence servile :

Que Ton m'emporte dans la Ville

Où je serai le Khan, Infaillible comme un prophète Et dont la justice parfaite

Prodigue le carcan.

LES SYRTBS 87

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