‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 43 sur 66 · SOLITUDE · texte numérisé non relu

SOLITUDE

Silences de la nuit, temples de la pensée.

Immortelles clartés, lustres mystérieux.

Vous êtes beaux et doux à notre âme oppressée. Quand ce reflet divin, le calme, prend les cieux. Vous êtes beaux et doux, sommeil des monts sublimes. Esprits, dont Taile passe en nos rêves brûlants. Aigles qui tournoyez au-dessus des abîmes Et plongez tout à coup au sein des glaciers blancs. Oh ! vous êtes si grands qu'à peine on peut vous croire. Pourtant, tel est l'éclat de vos vastes splendeurs Que l'âme, en son ivresse, unie à votre gloire, Se surprend à rêver d'ineffables bonheurs !

mon Dieu, se peut-il que l'homme vous renie!

Vous dont la main puissante a dispensé pour nous Votre amour dans les cœurs, dans les cieux l'harmonie» Sur la terre ces monts qui retournent à vous ?

Oh! faites-moi mourir en cette heure si belle, Où mon faible regard plonge en Timmensité, Où votre œuvre terrestre et votre œuvre immortelle Vous bénissent, Seigneur, par leur sublimité, Oh ! faites-moi mourir! Quelle qu'ait été ma vie, Mon âme vous comprend, et je suis racheté!

Qu'elle monte vers vous, sans être poursuivie De sa faiblesse ou bien de son iniquité!

Je vous envoie ces deux petites pièces, mon Ami, avant de vous communiquer la première partie démon soi-disant poème, que je n'ai pas encore achevée, quoique mon épilogue soit terminé : vous voyez que je commence par les deux bouts. Envoyez-moi donc quelques vers.

Nous avons, toute chance possible pour la nonpublication de notre premier volume; car on exigera sans doute que nous fassions les frais de la première édition — en supposant qu'il y en ait une seconde — et nous ne sommes guère à même d'y mettre, pour le moins, douze cents francs, n'est-ce pas? Malgré ma résignation toute philosophique, je n'aimerais guère à rester entièrement ignoré; quand ne serait-*ce

que prouver à ma famille que je n'ai pas totalement perdu mou temps en France; et puis, cela ayant été mon rêve continuel, je vous avoue que je ne sais pas trop si je prendrais ma déception en patience. Au reste, il ne faut pas se désespérer avant que le mal soit venu. Écrivez-moi et n'oubliez pas, mon cher Ami, de réunir pour le moins mille vers aux huit cents que je vous ai envoyés, car j'en ai bien deux cents à ajouter.

Adieu.

Votre ami dévoué,

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