‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 7 sur 66 · A VINGT ANS XI · texte numérisé non relu

A VINGT ANS XI

esprits. Ceux qui ont lu Maurice de Guérin — et quel lettré l'ignore? — savent quelle tendresse Tunit à Hippolyte de la Morvonnais ; ils se plaisent à relire les confidences qu'échangeaient le poète du Centaure et le poète de la Thébaïde des Grèves, D'autres, les mêmes plutôt, ont savouré naguère les lettres de Montalembert et de Cornudet, et furent en joie, cet été, quand ils virent, aux étalages des libraires, la Correspondance de Taine avec Prévost-Paradol et ses autres camarades de rÉcole normale.

Comme ceux-là, Charles Leconte de Lisle et Julien Rouffet, à vingt ans, étaient sans secret l'un pour l'autre. Us se communiquaient leurs enthousiasmes et leurs espoirs ; ils partageaient les tristesses de leurs déceptions; ils s'excitaient mutuellement aux nobles passions qui font l'unique beauté de la vie. Fraternité d'aspirations et d'idées, épanchements de cœurs trop pleins où

XII LECONTE DE LISr.E

s'abandonnait et se dépensait la pure ardeur de leur jeunesse.

Les lettres de Julien Rouffet sont perdues, avec ses vers. De ceux-ci, pourtant, il nous reste les quelques bribes que Leconte de Lîsle nous a conservées, en les citant. C'est peu ; c'est assez, avec ce que nous apprend son ami, pour que se dessine nettement la figure du petit Breton d'Auray, du petit clerc de notaire de Lorient.

Julien Routîet n'avait rien, sans doute, de ses grands compatriotes, d'un Chateaubriand, ni d'un Lamennais, ni d'un Renan. Mais en lui frissonnait l'âme tendre et profonde, l'âme rêveuse de sa Bretagne, une âme à la Brizeux, comme le dit avec justesse Leconte de Lisle. Peut-être démêlerait-on un peu de littérature dans son cas; peut-être René et

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