‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 10 sur 54 · TATION · texte numérisé non relu

TATION

Vénus se lèfe A Hiornon; Â mes pieds Tétoile amoureuse De sa lueur mystérieuse Blancbit les tapis de gaxon.

De ce hêtre au feuillage sombre J'entends frissonner les rameaux :

On dirait autour des tombeaux Qu'on entend 'voltiger une ombre.

Tout-A-coup y détaché des cienx , Un rayon de l'astre nocturne, Glissant sur mon front taciturne , Vient mollement toucher mes yeux.

Doux reflet d'un globe de flamme »

Charmant rayon , que me Teux-tu?

Viens-tu dans mon sein abattu Porter la lumière A mon ftme ?

Descends-tu pour me révéler Des mondes le divin mystère.

Ces secrets cachés dans la sphère Où le jour va te rappeler ?

Une secrète intelligence T'adresse- t-elle aux malheureux ?

Viens-tu la nuit briller sur eux Comme. un rayon de l'espérance?

Viens-tu dévoiler l'avenir

Au coBur fatigué qui l'implore ?

Rayon dÎTin , es-tu l*aurore Du jour qui ne doit pas finir ?

Mon cœur à ta clarté s'enflamme, Je sens des transports inconnus, Je songe à ceux qui ne sont plus :

Douce lumière , es-tu leur âme ?

Peut-étré-ces mftnes heureux Glissent ainsi sur le bocage.

£n'?eloppé de leur image, Je crois me aentik plus près d'eux !

Ah! si c'est tous, ombres chéries!

Loin de la foule et loin du bruit, Reyenex ainsi chaque nuit Vous mêler à mes réTeries.

Ramenez la paix et l'amour Au sein de mon âme épuisée.

Comme la nocturne rosée Qui tombe après les feux du jour.

Yenex! . . . Mais des Tapeurs funèbres Montent des bords de l'horizon :

Elles Toilent le doux rayon, Et tout rentre dans les ténèbres.

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L IJHMORTALITE.

Lb foleil de nos jours pâlît dès son aurore , Sur nos fronts lançnissans é peine il jette encore Quelques rayons tremblans qui combattent la nuit ) L^ombre erott, le jour meurt, tout s^efface et tout fuit.

Qu'un autre à cet aspect friMQpine ou s'attendrisse , Qu'il recule en tremblant des bords du précipice, Qu'il ne puisse de loiu entendre sans frémir Le triste chant des morts tout prêt A retentir , Les soupirs étouffés d'une amante ou d'un l^re, Suspendus sur les bords de son Ut funéraire , Ou l'airain Démissent, dont les sons éperdus Annoncent aux mortels qu'un malheureux n'est plus ! Je te salue , ô Mort ! Libérateur céleste , Tu ne m'apparais point sous cet aspect funeste Que t'a prêté long-temps TépouTante ou l'erreur; Ton bras n'est point armé d'un glaiye destructeur , Ton front n'est point cruel , ton œil n'est point perfide ; Au secours des douleurs un Dieu clément te guide ; Tu n'anéantis pas, tu délivres : ta main, Céleste messager , porte un flambeau divin ; Quand mon œil fatigué se ferme à la lumière, Tu viens d'un jour plus pur inonder ma paupière ; Et l'espoir près de toi , rêvant sur un tombeau , Appuyé sur la foi , m'ouvre un monde plus beau.

'Viens donc, viens détacher mes chaînes corporelles.

Tiens , ouvre ma prison ; viens , prête-moi tes ailes.

Que tardes-tu ? Parais ; que je m'élance enfin

Vers cet être inconnu , mon principe et ma fin.

Qui m'en a détaché ? Qui suis-je , et que dois-je être ?

Je meurs , et ne sais pas ce que c'est que de naître.

Toi, qu'en vain j'interroge, esprit, hôte inconnu,

Avant de m 'animer, quel ciel habitais-tu ?

Quel pouvoir t'a jeté sur ce globe fragile ?

Quelle main t'enferma dans ta prison d'argile ?

Par quels nœuds étonnans, par quels secrets rapporta

Le corps tient-il à toi comme ta tiens au corps ? Quel jour séparera Pâme de la matière ?

Pour quel nouTcau palais quitteras-tu la terre ? As-tu tout oublié ? Par-delà le tombeau, Yas-tu renaître encor dans un oubli nouveau ? Yas-tu recommencer une semblable vie ?

Ou dans le sein de Dieu , ta source et ta patrie , Affranchi pour jamais de -tes liens mortels, Yas-tu jouir enfin de tes droits éternels ?

Oui, tel est mon espoir, ô moitié de ma vie < C'est par lui que déjà mon âme raffermie A pu voir sans effroi sur tes traits enchanteurs Se faner du printemps les brillantes couleurs ; C'est par lui que, percé du trait qui me déchire , Jeune encore, en mourant vous me verres sourire , £t que des pleurs de joie , à nos derniers adieux , A ton dernier regard , brilleront dans mes yeux. Yain espoir ! s'écrira le troupeau d'Épicure , £t celui dont la main, disséquant la nature, Dans un coin du cerveau nouvellement décrit , Yoit penser la matière et végéter l'esprit , Insensé! diroot-ils, que trop d'orgueil abuse, Regarde autour de toi : tout commence et tout s*use, Tout marche vers un terme et tout naît pour mourir ; Dans ces prés jaunissans tu vois la fleur languir ; Tu vois dans ces forêts le cèdre au front superbe Sous le poids de ses ans tomber, ramper sous l'herbe Dans leurs lits desséchés tu vois les mers tarir ; Les cieux même , les cieux commencent à pâlir ; Cet astre dont le temps a caché la naissance , Le soleil, comme nous, marche à sa décadence Et dans les cieux déserts les mortels éperdus

Le chercheront un jour, et ne le verront plus!

Tu vois autour de toi dans la nature entière

Les siècles entasser poussière sur poussière ,

£t le temps , d'un seul pas confondant ton orgueil ,

De tout ce qu'il produit devenir le cercueil.

Et rhomme, et Thomme seul , 6 sublime foKe !

Au fond de son tombeau croit retrouver la vie ;

Et dans le tourbillon au n^ant emporté ,

Abattu par le temps, rÀve l'éternité!

Qu'un autre vous réponde , d sages de la ferre !

Laissez-moi mon erreur : j*aime, il faut que j'espère ;

Notre faible raison se trouble et se confond.

Oui , la raison se tait ; mais l'instinct vous répond.

Pour moi , quand je verrais dans les célestes plaines

Les astres, s'écartant de leurs routes certaines,

Dans les champs de Téther l'un par l'autre heurtés, .

Parcourir au hasard les deux épouvantés ;

Quand j'entendrais gémir et se briser la terre ;

Quand je verrais son globe errant et solitaire

Flottant loin des soleils, pleurant l'homme détruit,

Se perdre dans les champs de l'étemelle nuit ;

Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres,

Entouré du chaos; de la mort, des tendres.

Seul je serais debout : seul, malgré mon effroi.

Être infaillible et bon, j'espérerais en toi,

Et , certain du retour de l'étemelle aurore ,

Sur les mondes détruits je t'attendrais encore !

Souvent, tu t'en souviens, dan« cet heureux séjour

Où naquit d'un regard notre immortel amour.

Tantôt sur les sommets de ces roches antiques ,

Tantôt aux bords déserts des lacs mélancoliques,

Sur l'aile du désir, loin du monde emportés,

Je plongeais avec toi dana ces obscmitéf.

Le." ombres , à longs plis descendant des montagnes ,

Un moment à nos yeux dérobaient les campagnes ;

Mais bientôt , s'avançant sans éclat et sans bruit ,

Le chœur mystérieux des astres de la nuit ,

Nous rendant les objets voilés à notre vue ,

De ses molles lueurs revêtait retendue :

Telle, en nos temples saints par le jour éclairés ,

Quand les rayons du soir pâlissent par degrés ,

La lampe, répandant sa pieuse lumière.

D'un jour plus recueilli remplit le sanctuaire.

Dans ton ivresse alors tu ramenais mes yeux ,

Et des cieux à la terre, et de la terre aux cieux :

Dieu caché , disais-tu , la nature est ton temple !

L'esprit te voit partout quand notre œil la contemple ;

De tes perfections, qu*il cherche A concevoir,

Ce monde est le reflet, l'image, le miroir ;

Le jour est ton regard , la beauté ton sourire ;

Partout le comir t'adore el l'âme te respire ;

Éternel , infini , tout^puîssant et tout bon ,

Ces vastes attributs n'achèvent pas ton nom ,

Et l'esprit, accablé sous ta sublime essence,

Célèbre ta grandeur jusque dans son silence*

Et cependant, 6 Dieu! par sa sublime loi.

Cet esprit abaftfu s'élance encore à toi.

Et , sentant que l'amour est la fin de son être ,

Impatient d'aimer, brûle de te connaître.

Tu disais ; et nos cœurs unissaient leurs soupirs Yen cet être inconnu qu'attelaient nos désirs: A genoux devant lui , l'aimant dans ses ouvrages,

Et Taurore et le loir lui portaient nos hommages , Et nog yeux eniyrés contemplaient tour A tour La terre notre exil , et le ciel son séjour.

Ah ! si dans ces instans où l'àme fugitive

S'élance et veut briser le sein qui la captive,

Ce Dieu , du haut du ciel répondant A nos vœux,

D'un trait libérateur nous eût frappés tous deux !

Nos âmes, d'un seul bond remontant vers leur source,

Ensemble auraient franchi les mondes dans leur course |

A travers Tinfini, sur l'aile dç Tamour,

Elles auraient monté comme un rayon du jour y

Et jusqu'à Dieu lui-mérae arrivant éperdues ,

Se seraient dans son sein pour jamais confondues !

Ces vœux nous trompaient-ils ? Au néant destinés ,

Est-ce pour le néant que les êtres sont nés ?

Partageant le destin du corps qui la recèle,

Dans la nuit du tombeau l'âme s'engloulit-elle ?

Tombe-t-elle en poussière ? ou , prête A s'envoler,

Comme un son qui n'est plus, va-t-elle s'exhaler ?

Après un vain soupir, après l'adieu suprême

De tout ce qui t'aimait, n'est- il plus rien qui t'aime ?...

Ah ! sur ce grand secret n'interroge que toi !

Yois mourir ce qui t'aime , Elvire , et réponds-moi !

siznu

LE VALLOIf.

Mon cœur, lassé de tout, même de respérance , '

NHra plue de ses Tœax importuner le sort ; Prêtez-moi seulement , -vallons de mon enfance, Un asile d*un jour pour attendre hi mort.

Yoici l'étroit senlier de l'obscure Tallée :

Du flanc de ces coteaux pendent des bots épais , Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée , Me couYrent tout entier de silence et de paix.

Là , deux ruisseaux cachés sous des ponts de yerdure , Tracent en serpentant les contours du Talion ; Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure , £t non loin de leur source ils se perdent sans nom.

La source de mes jours comme eux s'est écoulée ; Elle a passé sans bruit , sans nom et sans f etour : Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.

La fraîcheur d8 leurs lits, l'ombre qui les couronna , M'enchainent tout le jour sur les bords des ruisseaux ; Gomme un enfant bercé par un chant monotone , Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.

Ah ! c'cst'là qu'entouré d'un rempart de verdure, D'un horizon borné qui suffit à mes yeux, J'aime à fixer mes pas , et , seul dans la nature f A n'entendre que l'onde , à ne voir que les cieux.

/ J'ai trop TU, trop senti, trop aimé dans ma Tie;

{ Je Tiens chercher TiTant le calme du Léthé :

Beaux lieux , soyez pour moi ces bords où l'on oublie L'oubli seul désormais est ma félicité. '

Mon cœur est en repos , mon âme est en silence ; Le bruit lointain du monde expire en arrivant,

Gomme un son éloigné qu'affaiblit la ^isianec, A l'oreille incertaine -apporté par le vent.

D'ici je Yois la Vie, à travers un nuage, S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé; L'amour seul est resté : <;omme une grande image Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Repose-toi y mon âme, en ce dernier asile,

Ainsi qu'un voyageur qui, le cœur plein d'espoir,

S'assied, avtia^d'entrer, aux portes de la ville,

Et respire un m||pent l'air embaumé du soir. /

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière; L'homme par ce chemin ne repasse jamais; Comme lui , respirons au bout de la carrière Ce calme avant-coureur de l'éternelle paix.

^es jours , sombres et courts comme des jours d'automne, Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux ; L'aniiitié te trahit , la pitié t'abandonne , Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ; Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours : Quand tout change pour toi , la nature est la même , Et le même soleil se lève sur tes jours.

De lumière et d'ombrage elle t'entoure encore : Détache ton amour des faux biens que tu perds ; Adore ici fécho qu'adorait Pythagore , Prête avec lui l'oreille aux célestes concerts.

Sois le jour dans le cîel, suit Pombre sur la ierre; Bans les plainetf de Tair Tole avec l'aquilon ; ÂTec les doux rayons de l'astre du mystère Glisse à trairers les bois dans l'ombre du vallon.

Dieu, pour le conce-voîr, a fait l'intelligence : Sous la nature enfin découvre son auteur!

Une Toix à l'esprit parle dans son silence :

Qui n'a pas entendu cette voix dans son cœur?

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