‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 36 sur 54 · L. DE V · texte numérisé non relu

L. DE V

Le feu divin qui nous consume Ressemble à ces feux indiscrets Qu'un pasteur imprudent allume Aux bords des profondes forêts :

Tant qu'aacun souffle ne réveille , L'humble foyer couve et sommeille; Mais sMl respire Taquil on, Tout à coup la flamme engourdie S'enfle , déborde ; et Pincendie Embrase un immense horizon !

Oition âme! de quels rivages Tiendra ce souffle inattendu?

Sera-ce un enfant des orages ^ Un soupir à peine entendu ?

yiendra-t-il , comme un doux zépbyre, Mollement caresser ma lyre , Ainsi qu'il caresse une fleur?

Ou sous ses ailes frémissantes Briser ces cordes gémissantes Du cri perçant de la douleur ?

Tiens du couchant ou de l'aurore, Doux ou terrible au gré du sort :

Le sein généreux qui t'implore Brave la souffrance ou la mort !

Aux cœurs altérés d'harmonie Qu'importe le prix du génie ?

Si c'est la mort, il faut mourir!...

On dit que la bouche d'Orphée, Par les flots de l'Ébre étouffée.

Rendit un immortel soupir.

Mais soit qu'on mortel vive ou meure , Toujours rebelle A nos souhaits, L'Esprit ne souffle c{u'é son heure ,

Et oe se repose jamak*

Préparons-lui des lèvres pures ,

Un œil cbaste, un front aaas souillures, .

(Comme , aux approches dn saint lieu.

Des enfansy des Tieigea Yoilées,

Jonchent de roses effeuiUéies

La route où va passer un Dieu !

Fuyant des bords qui Font vu naître y

De Laban Tantique berger

Un jour devant lui vil paraître

Un mystérieux étranger :

Dans Tombre , ses larges prunelles. }

Lançaient de pâles étinceUes,

Ses pas ébranlaient le vallon;

Le courroux gonflait la poitrine ,

£t le souffle de sa narine ,

Résonnait comme Taquilon.

Dans un formidable silence

Ils se mesurent un moment;

Soudain Tun sur l'autre s'élance^

Saisi d'un même emportement ;

Leurs bras menaçans se , replient , . ;

Leurs fronts luttent , leurs membres crient ,

Leurs flancs pressent leurs. flancs pressés ;

Gomme un chêne qu'on déracine ,

Leur tronc se balance et s'incline

Sur leurs genoux entrelacés*

Tous deux ils glissent dans la lutte , £t Jacob enfin terrassé

202 HËDITATIONS POÉTIQUES.

Chancelle, tombe, et dan» sa chute Entraine Fange renTené :

Palpitant de crainte et de rage , Soudain le pasteur se dégage Des bras du combattant des cienx , Uabat, le presse, le surmonte, £t sur son sein gonflé de honte Pose un genou victorieux!

Hais sur le lutteur qu'il domine Jacob encor mal affermi.

Sent à son tour sur sa poitrine Le poids du céleste ennemi :

Enfin, depuis les heures sombres Où le soir lutte avec les ombres, Tantôt Taincu , tantôt vainqueur , Contre ce rival qu'il ignore Il combattit jusqu'à Paurore...

Et c'était l'Esprit du Seigneur!

Attendons le souffle suprême Dans un repos «ilencieux ; * Nous ne sommes rien de nous-méme Qu'un instrument mélodiécix.

Quand le doigt d'en-haut se retire , Restons muets comme la Ivre Qui recueille ses saints transports; Jusqu'à ce que la main puissante Touche la corde frémissante Où donnent les divins accords.

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