‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 52 sur 54 · CHANT D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANT D'AMOUR

Si tu pouvais jamais égaler^ 6 ma lyre!

Le doux frémissement des ailes du lépHire

A travers les rameaux, 0» l'onde qui murmure en caressant ces rives, I. 26

302 MÉDITATIO?IS

Ou le roucoulement des colombes plaintives, Jouant aux bords des eaux ;

Si , comme ce roseau qu'un soufiSe heureux anime , Tes cordes exhalaient ce langage sublime.

Divin secret des cieux, Que , dans le pur séjour où l'esprit seul s'envole , Les anges amoureux se parlent sans parole ,

Gomme les yeux aux yeux;

Si de ta douce voix la flexible harmouie, Caressant doucement une âme épanouie

Au souffle de l'amour , La berçait mollement sur de vagues images , Gomme le vent du ciel qui berce les nuages

Dans la pourpre du jour :

Tandis que sur les fleurs mon amante sommeille, Ma voix murmurerait tout bas à son oreille

Des soupirs, des accords Aussi purs que l'extase où son regard me plonge , Aussi doux que le son que nous apporte un songe

Des ineffables bords.

Ouvre les yeux, dirais-je, à ma seule lumière! Laisse-moi, laisse-moi dans ta paupière

Ma vie et ton amour .

Ten regard languissant est plus cher à mon àme Que le premier rayon de la céleste flamme

Aux yeux privés du jour.

Un de (e> bn* fléebil mu* •on con qui le preue , L'intie «UT ion bein fiont relombe btoc mollaut

Et le cauTra i demi :

Telle, pour ■•ouneiller , li blanche tnuiterolle Courbe lun coa d'albltie et Tamèna ton ■ils

Soi ion œil endoriDi.

Le doux g^mitaement de ion Min qni laipire Se mile au bruit plaintif de l'onda qui loupire

A flota harmonieui; Et l'ombie de lea cil), que le léphjr soulèTe, Flotte légèrement comme l'omjite d'un réiv

Qui paue aoua >ei yeux.

Laiue-moi reipirer lur cei lèvrea Tenneillea Ce aouCBe parfumé... Qii'ai-Je fait ? Tu t'éiùllea.

L'aïur Toilé dea cieui Vient chercher douoemeat ta timide pBDpièrei Mail toi... ton daoi regard, en lofiut la lumiira ,

S'a cherché que maa jeo^

Ah! que Boa longt regarda ae lui Gamme deux pura ray ona l'un da

Et portent tour i tour Dana le cœur l'un de l'autre une Ce jour intérieur que donne aeal

Le regard de l'amour!

Jusqu'à ce qu'une larme aux bords de ta paupière , De son nuage errant te cachant la lumière,

Tienne bai(per tes yeux, Comme on voit au réveil d'une charmante aurore Les larmes du matin qu'elle attire et colore,

L'ombrager dans les cieux.

Parle-moi ; que ta Toix me touche !

Chaque parole sur ta bouche

Est un écho mélodieux.

Quand ta voix meurt dans mon oreilfe ,

Mon âme résonne et s'éveille ,

Comme un temple à la voix des dieux.

Un souffle , un mot , puis un silence , C'est assez : mon âme devance Le sens interrompu des mots; Et comprend ta voix fugitive , Comme le gason de la rive Comprend le murmure des flots.

Un son qui sur ta bouche expire , Une plainte, un demi-sourire.

Mon cœur entend tout sans effort :

Tel , en passant par une lyre , Le souffle même du zéphire Devient un ravissant accord !

Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage ? Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage :

Rougis-tu d'être belle , ô charme de mes yeux ? L'aurore , ainsi que toi , de ses roses s'ombrage. Pudeur, honte céleste, instinct mystérieux, Ce qui brille le plus se voile davantage ; Gomme si la beauté, cette divine image, m'était faite que pour les cieux!

Tes yeux sont deux sources vives Où vient se peindre un ciel pur, Quand les rameaux de leurs rives Leur découvrent son azur.

Bans ce miroir retracées, Chacune de tes pensées ' Jette en passant son éclair ; Gomme on voit sur l'eau limpide Flotter l'image rapide Des cygnes qui fendent l'air.

Ton front , que ton voile ombrage

Et découvre tour à tour.

Est une nuit sans nuage

Prête à recevoir le jour;

Ta bouche, qui va sourire.

Est l'onde qui se retire

Au souffle errant du zéphyr ,

Et sur ses bords qu'elle quitte

Laisse au regard qu'elle invite,

Compter les perles d'Ophir.

Tes deux mains sont deux corbeilles

Qui laiiient passer le jour; Tes doigts de roses ireraieilles En eouronneDt le contour.

Sur le gasoQ qui l'embrasse Ton pied se pose , et la grâce , Comme un divin instrument, Aux sons égaux d'une lyre Semble accorder et conduire Ton plus léger mouvement.

Pourquoi de tes regards percer ainsi mon âme ?

Baisse , oh ! baisse tes yeux pleins d'une chaste flamme :

Baisse-les, ou je meurs.

Viens plutôt, lève-toi! Mets ta main dans la mienne! Que mon bras arrondi t'entoure et te soutienne

Sur ces tapis de fleurs.

Aux bords d'un lac d'azur il est une colline Dont le front verdoyant légèrement s'incline

Pour contempler les eaux ; Le regard du soleil tout le jour la caresse , Et l'haleine de l'onde y fait flotter sans cesss

Les ombres des rameaux.

Entourant de ses plis deux chênes qu'elle embrasse , Une vigne sauvage à leurs rameaux s'enlace ,

Et , couronnant leurs fronts , De sa pâle verdure éclaircit leur feuillage ,

Puis sur des champs coupés de lumière et d'ombrage Court en rians festons.

Là , dans les flancs creusés d*un rocher qui surplombe. S'ouvre une (protte obscure, un nid où la colombe

Aime à gémir d'amour ; La irigne , le flguier , la Toiient , la tapissent ; £t les rayons du ciel , qui lentement s'y glissent ,

T mesurent le jour.

La nuit et la fraîcheur de ces ombres discrètes Conservent plus long-temps aux pâles TÎolettes

Leurs timides couleurs; Une source plaintive en habite la voûte, Et semble sur vos fronts distiller goutte à goutte ' Des accords et des pleurs.

Le regard , à travers ce rideau de verdure. Ne voit rien que le ciel, «t Tonde qu'il azuré;

Et sur le sein des eaux Les voiles du pécheur , qui , couvrant sa nacelle , Fendent ce ciel liquide, et battent comme l'aile

Des rapides oiseaux.

L'oreille n'entend rien qu'une vague plaintive Qui , comme un long baiser , murmure sur sa rive ,

Ou la voix des zéphyrs.

Ou les sons cadencés que gémit Philomèle , Ou l'écho du rocher dont un soupir se mêle

A nos propres soupirs.

308 MÉDITATIORS

Vient f cherohont cette ombre propice Jatqu'à l'heure où de ce séjour Les fleurs fermeront leur calice Aux regards lanfpiissans du jour.

Voilà ton ciel, ô mon étoile!

Soulèye, oh! soulève ce yoile, Éclaire la nuit de ces lieux ; Parle , chante , rêve , soupire , Pourvu que mon regard attire Un regard errant de tes yeux.

Laisse-moi parsemer de roses La tendre mousse où tu t'assieds , Et près du lit où tu reposes Laisse-moi m'asseoir à tes pieds.

Heureux le gazon que tu foules^ Et le bouton dont tu déroules Sous tes doigts les fraîches couleurs !

Heureuses ces coupes yormeilles Que pressent tes lèvres, pareilles A l'abeille, amante des fleurs!

Si l'onde des lis qu'elle cueille

Roule les calices flétris ,

Des tiges que sa bouche effeuille

Si le vent m'apporte un débris^

Si la boucle qui se dénoue

Vient , en ondulant sur ma joue ,

De ma lèvre effleurer le bord ;

Si son souffle léger résonne ,

Je sens sur mon front qui frissonne

Passer les ailes de la mort.

Souviens-toi de llieure bénie Où les dieux , d'une tendre main , Te répandirent sur ma vie Gomme Tombre sur le chemin.

Depuis cette heure fortunée, Ma vie à ta vie enchaînée, Qui s'écoule comme un seul jour, £st une coupe toujours pleine, Où mes lèvres à longue haleine Puisent l'innocence et l'amour.

Un jour, le temps jaloux, d'une haleine glacée, Fanera tes couleurs comme une fleur passée

Sur ces lits de gazon ; Et sa main flétrira sur tes charmantes lèvres Ces rapides baisers , hélas ! dont tu me sèvres

Bans leur fraîche saison.

Mais quand tes yeux , voilés d'un nuage de larmes , De ces jours écoulés qui t'ont ravi tes charmes

Pleureront la rigueur ; Quand dans ton souvenir , dans l'onde du rivage Tu chercheras en vain ta ravissante image ,

Regarde dans mon oœur.

Là ta beauté fleurit pour des siècles sans nombre ; Là ton doux souvenir veille à jamais à l'ombre.

De ma fidélité, Gomme une lampe d'or dont une vierge sainte

310 MÉDITATIOTIS POÉTIQUES.

Protège avec la main , en travenant l'enceinte , La tremblante clarté.

Et quand la mort Tiendra, dW autre amour suivie, Éteindre en souriant de notre double vie

L'un et l'autre flambeau , Qu'elle étende ma couche A cété de la tienne , Et que ta main fidèle embrasse encor la mienne

Dans le lit du tombeau.

Ou plutôt puissions-nous passer sur cette terre , Gomme on -voit en automue un couple solitaire

De cygnes amoureux Partir , en s'embrassant , du nid qui les rassemble , Et vers les doux climats qu'ils vont cbercher ensemble

S'envoler deux A deux !

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IMPROVISEE A LA GRANDE GHARTRI^USE.

JnioT4 de la terre a consacré les cimes ; Elles sont de ses pas le divin marchepied :

C'est là qu'environné de ses foadres sublimes Il Tole, il descend, il s^assied.

Sina , rOlympe même , en couservent la trace ; L'Oreb, en tretsaillant, s'inclina sous ses pasj Thor entendit sa Toix, Gelboé vit sa face; Golgolha pleura son trépas.

Dieu que THébron connaît, Dieu que Cédar adore! Ta gloire à ces rocbers jadis se dévoila ; Sur le sommet des monts nous te cherchons encore ; Sei(^eur , réponds-nous ; est-tu la ?

Paisibles habitans de ces saintes retraites, Gomme au pied de ces monts où priait Israël, Dans le calme des nuits, des hauteurs où tous êtes N'entendes-Tous donc rien du ciel?

Ne yoyes-TOUs jamais les divines phalanges Sur vos dômes sacrés descendre et se pencher ? N'entendez-yous jamais des doux concerts des anges Retentir l'écho du rocher?

Quoi! rame en vain regarde, aspire, implore, écoute; Entre le ciel et nous est-il un mur d'airain ? Vos yeux, toujours levés vers la céleste voûte , Vos yeux sont-ils levés eif vain?

Pour s'élancer. Seigneur, où ta voix les appelle, Les astres de la nuit ont des chars de saphirs ; Pour s'élever à toi , l'aigle au moins a son aile : Nous n'avons rien que nos soupirs !

Que la voix de tes saints s^élève et te désarme ;

La pTÎère du juste est l'encens des mortels; £i nous, pécheurs, passons «.nous n'avons qu'une larme A répandre sur tes autels.

VnrOT-BIZIBMB

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