BERBERAH
Il est curieux de comparer avec les rapports les plus récents le récit du premier voyageur européen qui ait visité Berberah.
Le Portugais Bartema , qui écrivait au xvi^ siècle, s'exprime comme il suit sur Barbara et sur l'ile d'Ethiopie :
« Après que la tempête se fut apaisée, nous déployâmes nos voiles et en peu de temps nous arrivâmes dans une île nommée Barbara, dont le prince est mahométan. Cette île n'est pas grande, mais elle est très-fertile et bien peu-
^.i8 PREMIERS PAS
plée. On y trouve de la viande en abondance. Les habitants y sont à peu près noirs. Toute leur richesse consiste en troupeaux de bétail. ))
Je ne puis comprendre pourquoi Bartenia affirme que Barbara est une ile, à moins qu'il n'entende par là une presqu'île. Il est vrai d'ailleurs que pendant les plus fortes marées la ville se trouve entourée d'eau.
Voyons maintenant ce qu'écrit le lieutenant Cruttenden, de l'armée des Indes, qui a visité Berberah en i8i8 :
« La foire annuelle de Berberah offre un des plus intéressants spectacles dont on puisse jouir sur cette côte. On voit s'y réunir les tribus les plus diverses et les plus lointaines, qui ensuite se dispersent dans toutes les directions. Avant que les tours de Berberah (l) fussent construites, le lieu était complètement désert depuis avril jusqu'à octobre et Ton n'y rencontrait pas même un pêcheur; mais dès que la saison change, les tribus de l'intérieur commencent à s'approcher de la
(1) Il s'agit ici de quatre tours que le Hadji Scharmai kay, gouverneur de Zayla, avait bâties au bord de la mer et dans lesquelles il avait idacc une garnison d'une trentaine de fusiliers arabes. Elles ont été démantelées \n\r suite d'ordres vetiucs d'Aden.
{Note de l auleur.)
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côte et à s'y établir pour y recevoir les étrangers. Les petites barques de l'Yénien, dont les patrons sont toujours empressés de conclure leurs achats' avant l'arrivée des grands navires, paraissent les i)remières dans la baie. Trois semaines plus tard, elles sont suivies par les vaisseaux sortis des ports de l'Arabie ou de la côte de l'Inde la plus rapprochée du golfe Persique. Au milieu de cette concurrence, c'est le riche marchand de Bombay ou des villes voisines qui, grâce à son habileté supérieure et à l'abondance de ses capitaux, l'emporte sur tous ses rivaux.
« Durant l'activité de la foire, Berberah est une véritable Babel quant à la diversité des langages et à la confusion générale. Il ne s'y trouve aucun chef reconnu, et pour toute loi l'on observe uniquement l'usage traditionnel. Les disputes qui s'élèvent journellement entre les tribus se règlent avec la lance et le poignard. Afin de ne point troubler le commerce, les combattants se rendent à quelque distance de la ville, au bord de la mer. Nuit et jour arrivent ou partent de longues files de chameaux conduits généralement par des femmes. L'apparition de quelques groupes d'enfants accablés de fatigue et couverts de poussière signale l'arrivée de la caravane des esclaves de Harar et d'Efat.
« A Berberah , le marchand d'esclaves de Harar ou de Gurague rencontre ses correspondants de Bassora, de Bagdad ou de Bender-Abbas. On voit le sauvage Gudabirsi portant, en guise de perruque , une peau de mouton teinte en écarlate, vendre tranquillement ses plumes d'autruche et sa gomme au pacifique marchand de Bombay, qui, vivant prudemment à bord de son navire, a soin de ne jamais risquer à terre qu'une petite partie de son argent ou de ses marchandises à la fois.
« Vers la fin de mars, la foire est à peu près terminée et les navires, tous fortement chargés, partent successivement pour effectuer leur retour vers les contrées d'où ils sont venus. Dès la première huitaine d'avril , Berberah se trouve être de nouveau un lieu désert. De la population de vingt mille âmes qui s'y agitait peu de jours auparavant, il ne reste d'autres traces que de nombreux ossements de moutons ou de chameaux, et les charpentes légères des huttes qu'on démonte avec soin et qu'on range ensuite sur la plage pour être employées l'année suivante. Les bêtes féroces se rapprochent alors de la mer, et durant les chaleurs de l'été on voit les lions s'abreuver aux puits de la ville. Moimême, en avril dernier, une semaine après la
fin (le la foire, j'ai aperçu trois autruches se promenant tranquillement sur le rivage. »
L'origine de Berberah est peu connue. On l'attribue, avec une grande probabilité, à des chefs arabes qui avaient reconnu la suzeraineté des anciens rois de Perse. Ce qui semble certain, c'est que vers l'an 522 de l'ère chrétienne, les troupes du roi Chosroès Nourschirwan chassèrent les Abyssiniens de l'Yémen et y restaurèrent un prince indigène sous le vasselage de la Perse. La tradition locale affirme également que le port de Berberah a été successivement occupé par les Perses, les Arabes, les Turcs, les Gallas et les Somals.
La décadence actuelle de Berberah est produite surtout par les rivalités et les querelles incessantes des tribus. Les Habr-Gerhajis sont en guerre perpétuelle avec les Habr- Awal , et ces derniers , divisés en clans rivaux, se battent entre eux dès qu'ils ne sont plus en présence de l'ennemi commun. Chaque parti veut régner d'une manière exclusive et le commerce souffre profondément de ces dissensions qui engendrent une suite ininterrompue de combats, de pillages et de massacres.
Mais revenons à mes aventures.
L'extrême fatigue est rarement suivie d'un
long sommeil. Le jour avait à peine paru quand je m'éveillai; j'entendis aussitôt un bruit confus de voix ; c'était un rassemblement qui s'était formé devant ma porte pour voir le nouvel étranger arrivé durant la nuit. Informé par le Baudet que nous étions venus en cinq jours des montagnes des Girhis, les gens de Berberah juraient que la chose était impossible, et ils ajoutaient qu'il n'était pas vrai que nous eussions été à Harar. Après être parvenu par des assurances réitérées à dissiper leurs doutes, j'allai visiter mes trois compagnons. Ils souriaient avec complaisance, car ils sentaient qu'ils s'étaient acquittés de leur tâche, et ils se réjouissaient d'avoir adroitement trompé la malveillance de leurs ennemis les Ayyal- Ahmed, qui naturellement devaient être furieux. Ils avaient aussi trouvé dans un copieux repas de riz, de dattes et de thé, un autre puissant motif de satisfaction morale. Enfin, sous peu de jours, ils espéraient revoir leurs femmes et leurs enfants. Les pauvres mules devaient se ressentir plus longtemps de l'épreuve qui leur avait été imposée. Leur tête se penchait tristement, leur dos était entamé jusqu'aux os, et leurs cuisses portaient les marques sanglantes de la pointe des lances. J'ordonnai qu'on les baignât dans la mer, qu'on pansât leurs plaies avec des ban-
dages imbibés d'eau froide. Ce devoir accompli, je commençai l'inspection de Berberah.
La Mère-du-Pauvre, tel est le nom que les Arabes donnent à Berberah, est située à peu près comme Zavla. Son emplacement occupe l'extrême bord de la plaine d'alluvion, qui descend en pente douce depuis le pied des derniers contre-forts de la montagne jusqu'à la mer. Elle est actuellement restreinte à la sixième partie de l'espace qu'elle couvrait autrefois ; car dans un rayon d'un mille au delà du groupe des misérables cabanes qui la composent, le sol est parsemé de morceaux de verre et de poterie. L'ignorance de ses stupides possesseurs a gardé d'ailleurs le site le plus défavorable. Mos mujorum est le code du Somali. Là où le père a construit jadis, le fils construit encore aujourd'hui, et le petit-fils construira plus tard. A l'ouest, touchant la ville, aboutit la petite baie qui fait la prospérité commerciale du pays. Un long banc de sable et de rochers défend contre les brises du nord ce port naturel dont la largeur est d'environ trois quarts de mille (1,200 mètres), et dont la profondeur varie de six à quinze brasses.
A sept milles au sud sont les derniers contré-forts de la montagne. Une large ouverture entre ces collines permet, lorsque le temps
est clair, d'apercevoir les cimes granitiques du AVagar et du Gulays, dont la hauteur est de cinq mille sept cents pieds anglais au-dessus de la mer. Dans ces montagnes, couvertes en partie par des forêts de sapins, l'air est parfaitement salubre, et le gibier abonde, depuis le petit oiseau jusqu'à Téléphant. A l'est et à l'ouest , la chaîne montagneuse se prolonge indéfiniment.
Frappé de la réunion de ces conditions favorables, je m'étonnais profondément de la faute qu'on a commise en préférant Aden à Berberah, qui possède à la fois un climat salubre, de l'eau en abondance, un sol fertile, un excellent port et des abords faciles. C'est, de plus, le marché naturel de toute cette partie de l'Afrique, et avec la moitié des sommes absorbées par les folies de pierre de nos ingénieurs, nous aurions déjà couvert de maisons, d'arbres et de jardins toute la plaine de Berberah.
L'OEil-de-Yémen, au contraire, est un lieu de misère, d'où le regard n'embrasse qu'un ensemble désolé de sables et de rochers arides. Le camp, placé dans une situation diabolique, soumis aux alternatives du simoun et des tempêtes de sable, est étouffant de chaleur pendant neuf mois de l'année. Autour de nos murailles on ne voit ni une goutte d'eau, ni u
arbre, ni un brin d'herbe. Un moineau n'y trouve pas à vivre; l'expérience en a été faite. La corneille elle-même n'a pu y demeurer. En un mot, l'Inde entière voudrait voir le cratère de l'ancien volcan s'ouvrir de nouveau, pour rendre absolument inhabitable ce cap maudit. Lorsque j'eus exploré la plaine, visité les ruines des anciennes mosquées qu'on trouve dans toutes les directions, examiné les restés de l'aqueduc de sept milles de longueur, qui amenait à la ville l'eau des montagnes, il ne me resta plus aucun motif de différer mon départ. La chaleur, sous notre hutte de paille, était devenue intolérable. Le vent et la poussière étaient aussi incommodes qu'à Aden, et la saleté dont nous étions entourés était une souffrance plus grande encore. Comme toujours, je n'avais pas un seul moment de liberté. Arabes et Somals s'arrogeaient également le droit d'entrer dans notre cabane, de s'y asseoir, d'y tout examiner et d'y causer à leur aise. Avant mon départ, toutefois, j'eus à régler une difficulté sérieuse. Le Hammal avait naturellement choisi pour mon abban son beau-père, Burhale Nuh, de la tribu des Ayyal-Gedid, lequel était déjà chargé de proléger le lieutenant Herne. Ce Burhale se trouvait être un misérable; il avait montré à la fois de l'insolence et de la friponnerie, et sou-
vent il avait contrarié les projets de l'officier qui l'employait; mais la coutume du Somali ne permet pas que Ton divorce aussi facilement avec son abban qu'avec sa femme, et les services du Hammal méritaient mes plus grands égards. D'un autre côté, un chef influent des Ayyal-Ahmed, nommé Jami-Hassan, m'ayant rencontré un an auparavant à Aden, avait reçu de moi une bague comme gage de la protection que je lui avais demandée alors. En mon absence, il s'était chargé du lieutenant Stroyan. Le matin même de mon arrivée, il était venu me visiter, s'était assis devant moi sa lance à la main, avait exhibé ma bague et réclamé l'exécution de ma promesse. En vain j'objectai que le gage qu'il produisait lui avait été remis en vue d'un autre voyage, et que je ne pouvais désavouer le Hammal. Jami répondait qu'un abban est toujours un abban ; qu'il détestait le Hammal et toute sa tribu, et qu'il ne voulait entrer dans aucune communauté avec Burhale Nuh. Sa bonne conduite et son courage m'étaient attestés d'ailleurs par le lieutenant Stroyan, ce qui compliquait le cas. En dernier lieu, il insista rudement pour emmener son protégé dans une autre partie de la ville. Cette prétention dépassa les limites de notre patience, et fit résoudre la question contre lui.
Pendant quelques jours la discorde régna entre les rivaux. A la fin il fut convenu que je choisirais moi-même mon abban en présence d'une assemblée générale des anciens. Les chefs prirent place sur le rivage; chacun d'eux avait derrière lui les hommes de son clan réunis en un même groupe. Tous les assistants étaient accroupis sur la terre ayant leur lance et leur bouclier plantés devant eux dans le sable. Quand j'eus été averti, j'entrai dans le cercle, portant mon sabre dans ma main, et je m'assis en attendant qu'on m'adressât la parole. Lorsque le bruit des colloques particuliers fut apaisé, Jami me demanda à haute voix :
— Qui est ton abban?
— Burhale Nuh , répondis-je aussitôt.
Sachant d'ailleurs combien peu le kconisme
est prisé chez les Somals, je ne manquai pas de faire suivre cette réponse d'une allocution dont la longueur était à peu près celle d'un sermon ordinaire ; puis, me levant et reprenant mon sabre, je quittai brusquement l'assemblée. Mes sauvages amis restèrent en séance jusqu'à la nuit, et mon souper finissait quand m'arriva l'heureuse nouvelle d'un dénoûment pacifique. Jami avait demandé à Burhale de jurer qu'il ^n'avait eu aucune intention d'offense personnelle en se chargeant d'un étranger qui était
lié par un autre engagement. Burhale avait prêté le serment qu'on lui demandait, et la paix était rétablie entre les braves de Berberah.
Le o février, prenant congé de mes camarades, je montai à bord d'une barque nommée El-Rasab ou le Roseau. Mes trois Somals étaient dans la joie de leur cœur. Ils pouvaient à peine croire qu'ils quittaient Berberah sains et saufs ; ils y avaient été exposés à des dangers réels. Irrités par un meurtre commis quelques jours avant notre arrivée, tous les Habr-Gerhajis avaient quitté la ville, et ils se rassemblaient au nombre de cinq mille, pour y venir attaquer les Habr-Awal. Ceux-ci, se voyant menacés, étaient exaspérés, et sans notre présence, ils auraient rudement traité les trois membres de la tribu ennemie.
Le lendemain, vers midi, notre petit navire était devant Siyaro, lieu d'aiguade, situé à dix-neuf milles à Test de Berberah. Quelques douzaines de Bédouins d'un kraal voisin étaient accroupis sur le rivage, avec leurs lances plantées devant eux. De loin ils ressemblaient à une bande de corbeaux. Quand nous primes terre, ils exigèrent impérieusement de l'argent avant de nous permettre d'aller visiter les puits, dont ils tirent leur principal revenu. ISe voulant pas céder à une demande faite d'un
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ton menaçant, et résolu d'éviter toute querelle dans le voisinage de Berberah , j'avais repris immédiatement le chemin de notre barque, lorsqu'un de ces hommes accourut pour me dire que nous pouvions aller où bon nous semblait. Il excusa sa conduite et celle de ses camarades en alléguant une extrême misère, que sa maigreur ne confirmait que trop.
Ayant visité les puits, je dis adieu aux Bédouins, que je comblai de joie en leur distribuant quelques petits cadeaux, et nous reprîmes notre voyage le long de la côte. Le jour suivant, après que nous eûmes fait vingt milles en vingt-quatre heures, le capitaine du Roseau nous mit à terre dans une petite baie voisine d'Aynterad. Là, nous apprîmes par l'équipage d'un bateau pécheur qu'un corps de Bédouins était en marche pour attaquer Aynterad, dont le fort appartenait à un homme du pays qui s'était placé sous notre protection. J'armai aussitôt mes gens, et ordonnant au capitaine du Roseau de se trouver le lendemain à la pointe du jour devant Aynterad, je me dirigeai rapidement vers ce village, dont nous étions éloignés de trois milles seulement. Arrivés au fort, nous trouvâmes que les esclaves du propriétaire absent ne savaient rien de l'attaque projetée. Ils nous accueillirent de leur mieux et nous firent partager leur maigre
souper. Après le repas, une dispute s'éleva entre le Hammal et un homme de la tribu des Habr-Tiil-Jailah, qui possède ce canton. Ce Bédouin, h qui ma personne avait le malheur de déplaire, déclara qu'il voulait me passer sa lance à travers le corps ; à quoi le Hammal répondit que dans ce cas il rendrait coup pour coup. Une longue querelle s'ensuivit, et les -assistants étaient émerveillés de la dédaigneuse indifférence avec laquelle je semblais l'écouter. NaturelleQ;ient la dispute se termina d'une façon toute pacifique, et mon lit ayant été préparé jjar les esclaves, j'allai y dormir en paix.
Il faut que vous sachiez, cher lecteur, qu'à bord du Roseau, grâce à ma libéralité, nous consommions un mouton par jour, et que pour les Somals ^ucun régal n'est délicieux comme la chair du mouton. Or, j'avais laissé à bord un bon reste de provisions. Aussi, quand je m'éveillai, le lendemain dès l'aurore, au lieu de trouver le navire devant notre gîte, il n'était pas encore en vue. A huit heures c'était un point noir à Thorizon ; à midi seulement il s'approcha de la terre, et, malgré mes signaux répétés, une heure de plus s'écoula avant qu'un canot vînt me prendre. Je résolus de punir le capitaine et son équipage. En montant sur le pont je criai d'une voix de tonnerre :
— Qu'on mette à la voile sur-le-champ ! Or, la mer agitée par un vent violent était
couverte d'écume et les vagues étaient trèsfortes.
Une stupéfaction profonde suivit mes paroles. Le capitaine tremblant dit à mes gens :
« Mais assurément il ne voudra pas faire voile par une mer pareille.
— Il le voudra, répondit le Hammal avec un majestueux signe de tête.
— Mais il vente si fort, objecta le rais,
— Et s'il ventait du feu, » répliqua le Hammal d'un air goguenard, voulant faire entendre par là que contre l'obstination d'un Franc il n'y a pas de remède.
Un silence de mort s'ensuivit; et, pour ne pas céder à l'envie de rire, je me retirai dans ce qu'on appelait la cabine du navire. De là j'entendais les supplications de l'équipage qui pressait en vain mes gens de solliciter de moi un jour de délai. Enfin, un des matelots accompagné par le capitaine, qui frissonnait, résolut de recourir à l'expédient désespéré d'un déluge de phrases persuasives, destinées à convaincre la dure intelligence du Franc. Malheureusement l'exorde de la harangue n'était pas achevé, quand l'orateur, saisi par sa laineuse chevelure et par un autre endroit plus substantiel de sa personne , se trouva porté hors
de la cabine, et jeté sur le pont comme un sac de biscuit.
Évidemment le cas était sans remède; aussi, tout ce qui était étranger au navire sauta surle-champ à la mer, mode de débarquement généralement employé dans cet heureux pays. Toutes les voiles furent déployées, et l'infortuné Roseau se mit à sauter sur les vagues avec autant de grâce qu'un alderman contraint à danser la polka.
Pour la première fois de ma vie j'éprouvai la satisfaction de voir des Somaîs incapables de manger, même du mouton. En proie à la terreur et au mal de mer, le capitaine, l'équipage et les passagers nous abandonnèrent le repas qu'ils s'étaient préparé, et nous le fîmes disparaître avec un plaisir tout particulier. Pendant la nuit la mer fut très-mauvaise. La Fin-des- Temps s'occupa religieusement à réciter certaines oraisons qu'il croyait propres à calmer la fureur des flots. Il eût prolongé indéfiniment cet exercice, si le Long-Guled ne l'eût prié de remarquer qu'après chacune des plus emphatiques périodes, il se manifestait un redoublement dans la violence du vent. Le capitaine, libertin débouté, renommé pour son savoir en fait de vers erotiques et pour son goût du beau sexe, priait avec ferveur ; il était imité par ses matelots, qui trouvaient appa-
remnient quelque charme dans la nouveauté (le leur ardeur pieuse. Au milieu de la nuit, un sultan de la mei\ espèce de baleine qui aime à renverser les petits navires, se montra tout à coup près de notre bord : ce fut un cri général de terreur, un chorus d'exclamations religieuses.
Le 9 février, de bonne heure, nous étions en vue du pic d'Aden, et avant que la journée s'achevât, je me retrouvai au milieu de mes amis et de mes camarades.
Post-Scrlptuni.
Le samedi 7 avril 1855, le schooner de la Compagnie des Indes, le Mahi, entrait dans le port de Berberah, et saluait de ses canons le débarquefnent de l'expédition du Somali.
Berberah était alors dans un état de confusion ; la veille seulement était arrivée la grande caravane de Harar, comptant trois mille personnes et autant de bêtes de somme. Durant tout le jour, et même durant la plus grande partie de la nuit, les rues retentirent du bruit des voix des acheteurs ou des vendeurs. Sans
parler des autres denrées, cinq cents esclaves des deux sexes étaient exposés sur le marché. De longues files de chameaux se succédaient sans interruption sur les sables de la plage. Comme on avait signalé l'approche de quelques partis de maraudeurs, des troupes d'hommes armés de lances sortaient de la ville en poussant des cris aussi sauvages que ceux des bêtes féroces. Déjà beaucoup d'étrangers avaient repris le chemin de leur pays, et l'on voyait décroître chaque jour le nombre de huttes en nattes construites temporairement pour la durée de la foire.
Notre petite troupe se composait, en tout, de quarante-deux personnes. Avant de quitter Aden, j'avais officiellement demandé qu'on me permît de prendre quelques Somals dans le corps de la police; mais ma requête n'avait pas été accueillie. Nous fûmes donc obligés de recruter une douzaine d'hommes de divers pays; c'étaient des Égyptiens, des Nubiens, des Arabes et des nègres, qui furent armés de sabres et de fusils. Indépendamment de nos domestiques, nous avions encore une vingtaine de Somals, parents ou clients de nos deux abbans, Jami Hassan et Burhale Nuh. Le rais ou capitaine de notre katllah, nommé Mahmud-El-Balyuz, avait la réputation d'être un homme habile, et de connaître à merveille
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les usages ainsi que la géographie du Somali.
Notre camp établi sur Tun des rochers, non loin de l'emplacement proposé pour la future agence britannique, se trouvait à portée de fusil de l'extrémité méridionale de la baie, à environ trois quarts de mille de la ville. Nous avions choisi cette position parce qu'elle était protégée par les canons du Mahi. J'avais demandé que ce bâtiment restât sur la cote et fût témoin de notre départ; mais malheureusement un motif politique exigea sa présence ailleurs. Nos tentes étaient disposées en une seule ligne; celle du lieutenant Stroyan était à l'extrême droite, à une douzaine de pas du pavillon que je partageais avec le lieutenant Herne ; le lieutenant Speke était placé à pareille distance, à l'extrême gauche. Durant le jour chacun restait sur ses gardes, et pendant la nuit on postait deux sentinelles, qui étaient régulièrement relevées et surveillées par le rais et par nous-mêmes.
Je n'avais pas lieu d'être mécontent de l'accueil que j'avais trouvé à Berberah. Les chefs, il est vrai, avaient paru peu satisfaits de l'emprisonnement d'un ancien abban du lieutenant Speke; mais ils avaient écouté avec une attention respectueuse la lettre par laquelle le résident d'Aden leur enjoignait de nous traiter avec considération et hospitalité.
Il y avait eu quelques discussions avec Burhale ^uh et les anciens de la tribu des Eesa- Musa, relativement au salaire des hommes chargés de la conduite des chameaux et des chevaux; mais en Afrique de tels incidents sont insignifiants. Mon ami de Harar, Cheick- Jami, était venu nous rendre visite plusieurs fois ; il avait mangé avec nous le pain et le sel ; il nous avait recommandé à ses compatriotes, et il avait usé de mon intervention auprès de quelques capitaines de navires pour obtenir le passage gratuit de plusieurs pèlerins indigents qui se rendaient en Arabie. Après nous avoir vu tuer quelques éléphants, les gens de Berberah avaient singulièrement abaissé le ton de bravade qui leur est ordinaire. Ils nous avaient aidés à creuser un puits et nous avaient offert leurs services comme guides ou comme chameliers. Plusieurs fois même ils étaient venus chercher protection dans le voisinage de notre camp; en un mot, nous n'apercevions aucun motif d'appréhension. Favorisés par cet ensemble de circonstances, nous aurions pu nous mettre en roule aussitôt vers Tintérieur; nos chameaux, au nombre de cinquante-six, étaient achetés, et la caravane d'Ogadayn désirait obtenir notre escorte. Nous avions voulu cependant voir la tin de la foire, et nous attendions par le pro-
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Chain paquebot d'Europe des instruments, ainsi que plusieurs autres objets.
Le 9 avril, commencèrent les pluies de la mousson. Ce fut pour les Bédouins le signal du départ. Ils préfèrent voyager pendant la mousson, parce qu'alors l'eau ne manque pas. Le jour suivant, Berberah était un lieu à peu près désert. Nos protecteurs Jami et Burhale, ayant reçu la permission d'accompagner leurs fomilles et leurs troupeaux, nous avaient confiés aux soins de leurs fils et de leurs parents. Le 15 avril, le dernier navire mit à la voile, laissant notre petite troupe en possession exclusive de la plage.
Trois jours plus tard, c'est-à-dire le 18, un petit navire d'Aynterad, en route pour Aden, entra dans le port désormais solitaire de Berberah. Il avait à son bord une douzaine de Somals qui avaient désiré nous accompagner dans notre excursion vers la région méridionale d'Ogadayn. Ce bâtiment devait repartir le même soir; mais, par bonheur, j'ordonnai à mes gens de fêter le capitaine et son équipage, en leur offrant l'irrésistible appât d'un souper de riz et de dattes.
Au coucher du soleil, j'entendis le bruit d'une décharge de mousqueterie derrière les tentes. Il se trouva que la garde, ayant aperçu trois cavaliers qui pouvaient être des marau-
deurs, avait tiré par-dessus leurs têtes. Je réprimandai vivement nos gens pour cet acte de folie, leur ordonnant à l'avenir de réserver leur feu pour le cas où il serait nécessaire de tirer, non pas en l'air, mais en visant bien. Nous interrogeâmes ensuite les étrangers, soupçonnant qu'ils pouvaient être des espions, précurseurs ordinaires d'une attaque dans ce pays. Leurs réponses parurent si plausibles que le Balyuz lui-même , si grande que fût sa finesse, fut trompé comme nous. Les Bédouins avaient forgé un récit imaginaire. Ils annonçaient que leur vieil ennemi, le Hadji Scharmarkay attendait avec quatre navires, dans ie port voisin de Siyaro, l'occasion de s'emparer de Berberah et d'y élever un fort pour la troisième fois. Nos visiteurs jurèrent par le serment du divorce, le plus solennel de tous, qu'un bâtiment étant entré dans le port à cette époque inusitée, ils avaient été envoyés pour vérifier s'il n'était pas chargé de matériaux de construction. Ils finirent par nous demander en riant si nous redoutions quelque danger de la part de la tribu à laquelle appartenaient nos protecteurs. Nous crûmes à leurs paroles, et après avoir placé nos deux sentinelles, comme de coutume, nous nous retirâmes dans nos tentes. Entre deux et trois heures du matin, je fus
tout à coup réveillé par le Balyuz, qui me cria que nous étions attaqués. Entendant un bruit confus, je m'élançai de mon lit pour saisir mon sabre, et j'envoyai le lieutenant Hcrne reconnaître l'état des choses. Armé d'un revolver, cet officier se dirigea vers la gauche et les derrières du camp où paraissait être le danger, réunit quelques hommes de la garde, le reste ayant déjà disparu, et tira deux coups sur les assaillants. Se voyant seul alors, il revint à la hâte vers notre tente, et, chemin fiiisant, il abattit d'un troisième coup de pistolet un Somal qui avait fait mine de le frapper. Il m'annonça que l'ennemi était partout et la garde nulle part. Pendant ce temps, j'avais été réveiller les lieutenants Stroyan et Speke dans leurs tentes respectives. Le premier, sans doute, se leva aussitôt pour se défendre, mais nous ne le revîmes plus. Le second, qui avait cru d'abord à une fausse alarme, accourut à ma tente, que nous nous préparâmes à défendre aussi longtemps que nous le pourrions. Les assaillants étaient nombreux (1) : ils poussaient de grands cris pour nous intimider et pour montrer leur force. Dans l'obscurité de la nuit, ce n'était pas chose aisée
(1) Nos ennemis étaient au nombre d'environ trois cent cinquante, et appartenaient presque tous à la tribu des Eesa-Musa.
d'éviter les javelines qu on nous lançait de loin et les longs poignards à Taide desquels on cherchait à atteindre nos jambes à travers la toile de la tente. Nous nous tenions tous trois serrés en un seul groupe. Le lieutenant Herne était agenouillé à ma droite, tandis qu'à ma gauche se tenait le lieutenant Speke, gardant rentrée. Je restai debout entre eux, mon sabre à la main. Mes deux compagnons se servirent d'abord avec succès des revolvers; mais malheureusement nous n'en avions que deux, et, quand leur feu fut épuisé, la poire à poudre ne se retrouva pas. Bientôt nous découvrîmes qu'on cherchait à pénétrer par derrière dans notre tente, qui était déjà renversée à moitié. Si nous nous fussions laissés envelopper dans les plis de la toile, les lances de nos ennemis nous auraient percés sans que nous pussions nous défendre. Nous prîmes donc la résolution de nous échapper. Je sortis le premier, suivi du lieutenant Herne; le lieutenant Speke venait le dernier. Une vingtaine d'hommes étaient agenouillés ou accroupis devant l'entrée de la tente, tandis qu'un peu plus loin couraient des figures sombres qui poussaient le cri de guerre ou qui s'efforçaient d'entraîner nos chameaux à force de coups. Parmi les ennemis se trouvaient plusieurs de nos gens, qui naturellement cher-
chaient à s'enfuir vers la mer en tirant quelques inutiles coups de feu auxquels les assaillants répondaient par leurs flèches.
Après m'être ouvert un passage à travers le groupe qui bloquait l'entrée de notre tente, je crus entrevoir le corps du lieutenant Stroyan étendu sur le sable, et je me dirigeai aussitôt de ce côté, malgré une douzaine de Somals qui cherchaient à me frapper de leurs bâtons de guerre. Le Balyuz, en voulant m'entraîner hors de la mêlée, m'empêchait de me servir de mon sabre. Irrité de ses efforts inopportuns, je retournai mon arme contre lui. Il laissa échapper un cri d'effroi, et sa voix bien connue m'ayant fait éprouver un moment d'hésitation, un des assaillants en profita pour me porter un coup de javeline à la bouche et pour se retirer avant que j'eusse pu l'atteindre à mon tour. Dégagé comme par miracle, j'essayai de réunir autour de moi quelques-uns de nos hommes ; mais ils battaient en retraite aussitôt que je me rapprochais de l'ennemi. En ce moment parut de nouveau le Balyuz, qui me conduisit vers l'endroit où il croyait que mes trois camarades s'étaient réfugiés. Je le suivis, en ordonnant au seul homme qui montrât quelque présence d'esprit de se rendre à bord du navire d'Aynterad pour le faire approcher du rivage.
C'était notre seule chance de salut. Si ce bâtiment se fût éloigné, rien n'aurait pu préserver nos vies. Après de vains efforts pour retrouver mes camarades, je me couchai sur le sable, épuisé de fatigue, jusqu'à ce qu'on pût me transporter à bord, où je déterminai aussitôt l'équipage à s'armer et à me suivre pour visiter le lieu du désastre. Je fus bientôt rejoint par le lieutenant Herne, qui avait eu le bonheur de s'échapper sans blessure sérieuse. Le salut du lieutenant Speke fut une espèce de miracle. En sortant de la tente, il avait dirigé son revolver contre la poitrine d'un des assaillants; mais le canon refusa de tourner, et notre camarade fut renversé d'un coup de bâton sur la joue sans que nous nous en fussions aperçus. Aussitôt deux ou trois hommes sautèrent sur lui, lui lièrent les mains derrière le dos, le tâtèrent pour s'assurer qu'il ne portait pas d'armes cachées, et le conduisirent à l'écart. Le malheureux blessé, qui ressentait une douleur violente, demanda qu'on lui liât les mains par-devant, et sollicita une goutte d'eau pour apaiser la soif qui le dévorait. Le sauvage qui l'avait pris le défendit contre une autre troupe d'ennemis qui voulaient le percer de leurs lances, étendit sur le sol une pièce d'étoffe pour lui servir de lit, et enfin s'empressa de lui donner de l'eau.
Le lieutenant Speke resta dans cette position jusqu'à Taurore. Pendant cet intervalle, il fut témoin de la danse de guerre des sauvages, dont le spectacle le frappa profondément. Les guerriers marchaient en cercle autour des tentes et du butin, en récitant d'un ton solennel un chant d'actions de grâces. Non loin de là on entrevoyait dans l'obscurité quatre ou cinq hommes mortellement blessés, entourés par leurs parents qui répandaient de l'eau sur leurs blessures et qui plaçaient en vain des dattes (1) dans leurs mains crispées. Quand vint le jour, le partage du butin suscita des querelles violentes. Les morts et les mourants furent abandonnés. Un parti s'empara des bêtes de somme et les chassa à grands cris vers le désert; les uns se chargeaient de dépouilles; les autres, le poignard à la main, s'arrachaient les pièces de drap, tandis que ceux qui se voyaient déçus dans leurs prétentions vociféraient avec rage et brandissaient leurs lances. Plus d'une fois, saisis d'une terreur panique, ils se dispersèrent dans la plaine... Il est bien certain que si
(I) Les Somals placent des dalles dans les mains de riiomme blessé, afin de reconnaître si ralteinte est mortelle, pensant que celui qui est incapable de goûter un fruit aussi délicieux est dans un état désespéré.
notre garde avait tenté un effort, l'avantage aurait pu nous demeurer.
Le capteur du lieutenant Speke l'abandonna pour avoir sa part du butin. Pendant son absence survint un autre Somal, qui demanda en hindoustani au prisonnier ce qu'un Franc venait faire dans leur pays; il ajouta qu'il tuerait ce Franc s'il était chrétien, mais qu'il l'épargnerait s'il était musulman. Le blessé répondit qu'il allait à Zanzibar, qu il était Nazaréen, et qu'ainsi on pouvait se défaire de lui sans plus de retard. Le sauvage se mita rire et passa outre. Un second vint brandir son sabre autour de la tête du captif, puis le quitta sans lui faire aucun mal. A ces deux-là succéda un troisième dont la façon d'agir fut toute différente. Le lieutenant Speke, qui était parvenu à dégager ses mains, saisit la lance dirigée contre son cœur; mais au même moment un coup de bâton paralysa son bras et le força de lâcher prise. En défendant sa poitrine de divers coups successivement dirigés contre elle, il reçut plusieurs blessures graves, à la main, à l'épaule droite et à la cuisse gauche. Son féroce ennemi, après s'être arrêta un moment, sauta de l'autre côté et transperça sa jambe droite. Voyant qu'on en voulait décidément à sa vie, le lieutenant fit un effort suprême, se releva subitement, et, profitant de
la terreur du nùgre, se mit à courir de toutes ses forces vers la mer. En se retournant il évita la javeline lancée contre son dos, et il eut aussi le bonheur d'échapper aux nombreux projectiles dont il était le but. Enfin, la poursuite ayant cessé, il tomba sur le sable, épuisé par la perte de son sang. Un repos de quelques minutes lui rendit un peu de force, et il se traîna vers la ville, où de vieilles femmes le recueillirent pour l'amener ensuite de notre côté. Rencontré par quelques-uns de nos gens envoyés à sa recherche, il fut transporté à bord (1). Il avait parcouru plus de trois milles, soit en marchant, soit en courant, après avoir reçu onze blessures dont deux avaient traversé ses cuisses : ce qui prouve combien il est parfois diflficile de tuer un homme.
Lorsque les trois officiers qui avaient survécu furent réunis sur le navire, le capitaine arma ses hommes de mousquets et de lances, leur fit prendre terre près du camp, et reconnut que l'ennemi, redoutant une attaque, s'était retiré, emportant avec lui le drap, le tabac et les armes. Nous passâmes la journée occupés à retirer les objets qui pouvaient être
(1) Les blessures du lieulcnant Spcke n'ont eu aucunes suites sérieuses. Un mois après les avoir reçues, il pouvait s'embarquer pour lAngleterre.
sauvés. Le soir, impatient de revenir à Âden sous le plus bref délai possible, je fis brûler tout ce qui se trouvait trop pesant pour être enlevé. Dès le matin on avait apporté ù bord le corps déjà ruide et glacé du lieutenant Stroyan. Un coup de lance lui avait traversé le cœur, et un autre l'abdomen. Son front était fendu par un coup de sabre. La plupart des os avaient été fracturés par les massues, et les cuisses portaient les marques d'autres violences exercées après la mort. Cette mort était pour tous une cruelle affliction : nous avions vécu avec lui comme des frères, et ses solides qualités, qui semblaient le destiner à un brillant avancement, l'avaient fait chérir de chacun. Combien était cruel le contraste de la soirée qu'il avait passée la veille avec nous, plein de vie, et de cette matinée où nous avions sous les yeux un cadavre défiguré!
Après avoir rendu les derniers devoirs à cet excellent camarade, nous fîmes tourner les voiles du côté d'Âden, où, après quarantehuit heures d'une pénible navigation, nous arrivâmes, le cœur bien triste, pour raconter notre désastre à nos amis.