I.ES CAUSES DE LA MISÈRE
leté, ni l’activité, ni la moralité des travailleurs ne sauraient détourner.
Le mauvais emploi des ressources est une cause de misère plus fréquente peut-être que leur insuffisance. La misère morale est, dans ce cas, la source de la privation et de la souffrance dans l’ordre matériel. A ce point de vue, on rencontre, entre des populations qui vivent dans les mêmes lieux et qui sont en possession de ressources égales, les différences les plus marquées. Aux uns l’esprit d’ordre et d’économie donne, avec de faibles ressources, une véritable aisance, tandis que, par l’effet de leur incurie ou de leurs désordres, les autres se trouvent, avec les mêmes revenus, réduites au dernier degré du dénuement et de l’abjection.
D’autres fois la misère, avec l’abaissement moral et matériel qui en est le caractère saillant, aura sa source dans les conditions mêmes où s’exerce le travail. L’atmosphère de 1 atelier, l’asservissement à un genre de travail pénible et monotone, le mélange des âges et des sexes, l’entassement des populations ouvrières dans les lieux proches de la manufacture, toutes ces causes, et d’autres encore, énerveront à la fois l’homme moral et l’homme physique, et réduiront l’ouvrier à la condition de ces êtres chétifs et dégradés que nos grandes villes manufacturières renferment malheureusement en si grand nombre.
Classification des causes de la misère. — Envi-
sagées d ensemble, ces causes diverses de la misère peuvent être ramenées à quatre chefs principaux, dont je vais donner une notion sommaire.
1® L’état général de la société.
La première condition de l’aisance des populations, c’est que leur travail soit assez fécond pour leur assurer le
préocciipfltions 6t des aff6Clions diverses. 1 uis il fuudiîi tenir compte encore des diversités cjui se rencontrent en si grand nombre parmi les faits extérieurs et accessoires de l’existence humaine, et qui exercent, parles habitudes, une action considérable sur les joies et les peines de la vie, en tant que leur source peut être en ces choses extérieures et accessoires. Lorsque nous caractériserons succinctement, dans les pages qui vont suivre, les divers genres de misères et les causes auxquelles il faut les attribuer, on pouiia se convaincre de la justesse de ces observations.