LA PETITE FILLE ET LES ALLUMETTES
leurs comme celles qui ornent les fenêtres des magasins, semblaient lui 24 sourire. La petite éleva les deux mains ; l'allumette s'éteignit ; toutes les chandelles de Noël montaient, montaient, et elle s'aperçut alors que ce n'était que 25 les étoiles. Une d'elles tomba et traça une longue raie de feu dans le ciel.
"C'est quelqu'un qui meurt,"20 se27 dit la petite, car sa vieille grand'mère, qui n'était plus, mais qui seule avait été bonne pour elle, lui répétait souvent, " Lorsqu'une étoile tombe, c'est qu'une 28 âme monte à Dieu."
Elle frotta encore une allumette sur le mur. Il se fit 29 une grande lumière, au milieu de laquelle était la grand'mère debout avec un air si doux et si radieux !
" Grand'mère," s'écria la petite, " emmène-moi. Lorsque l'allumette s'éteindra je sais que tu n'y seras plus. Tu disparaîtras comme le poêle de fer, comme l'oie rôtie, comme le bel arbre de Noël."
Elle frotta promptement le reste du paquet, car elle voulait garder sa grand'mère, et les allumettes répandirent un éclat plus vif que celui du jour. Jamais 3° la grand'mère n'avait été si grande ni si belle. Elle prit la petite fille sur son bras, et toutes les deux s'envolèrent joyeuses au milieu de ce rayonnement si haut, si haut, qu'il n'y avait plus31 ni froid, ni faim, ni angoisse; elles étaient chez Dieu.
Mais dans le coin, entre les deux maisons, était assise quand vint la froide matinée,32 la petite fille, les joues toutes33 rouges, le sourire sur la 34 bouche, morte, morte de froid, le dernier soir de l'année. Le jour de l'an se leva sur le petit cadavre assis là avec ses allumettes dont un paquet avait été presque tout brûlé. " Elle a voulu se chauffer," dit quelqu'un. Tout le monde ignora 35 les belles choses qu'elle avait vues,36 et au milieu de quelle splendeur elle était entrée avec sa vieille grand'mère dans la nouvelle année.