‹ Présentées à la Faculté des Sciences de Paris pour obtenir le grade de docteur ès sciences naturellesChapitre 3 sur 42 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les différents êtres, animaux et végétaux, peuvent consiituer entre eux des associations qui les unissent plus ou moins étroitement. Ces associations sont ordinairement formées par les rapports qui s’établissent entre deux êtres de nature différente.

Si les deux êtres profitent de la vie commune, il se forme des associations dites symbiotiques. Si un seul être en tire profit, aux dépens de l’autre, ce sont des associations parasitaires ; dans ce dernier cas, le premier être est le parasite, le second est l'hôte. Lorsque l'hôte est une plante, l’association a reçu le nom de cécidie; c’est à ce dernier groupe qu'appartiennent les associations parasitaires que nous avons l'intention d'étudier ; suivant que le parasite est une plante ou un animal, la cécidie prend le nom de phytocécidie ou de zoocécidie.

Très souvent, les cécidies sont accompagnées de transformations plus ou moins considérables de l’hôte, tels que des changements de forme, des phénomènes d'hypertrophie, conduisant à la formation de productions particulières qui ont reçu le nom de galles ; mais le mot de cécidie n’impli-

que pas forcément l'existence de ces transformations.

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D'ailleurs, il est très difficile de donner du mot galle une définition précise. Réaumur appelle ainsi « cesexcroissances, ces tubérosités qui s'élèvent sur les différentes parties des plantes et des arbres, et qui doivent leur naissance à des insectes qui ont crû dans leur intérieur ». Ce sont là en effet lesgalleslesplustypiques. Pour M. de Lacaze-Duthiers(1) «ce sont toutes les productions pathologiques développées sur les plantes par l’action des animaux, plus particulièrement des insectes, quels qu’en soient la forme, le volume et le siège ». Cette définition est déjà moins restreinte. Mais des galles peuvent être formées par des plantes ; une Péronosporée, le Cystopus candidus Lév., peut amener dans les organes des Crucifères où il se développe des hypertrophies dont l'aspect extérieur est entièrement comparable à celui des galles produites par les Insectes; ne sont-ce pas aussi des galles que les excroissances déterminées par une Urédinée, le Gymnosporangium clavarüforme Rees., sur les feuilles et les jeunes rameaux de l’Aubépine ?

1 est difficile d'établir une délimitation précise entre les véritables excroissances et de légères déformations des organes. Il faut donc attacher au mot galle un sens vague ; il indique simplement que la cécidie correspondante est accompagnée d’hypertrophie ou de toute autre transformation qui la rend très apparente.

Les cécidies ont été étudiées à plusieurs points de vue.

Beaucoup de savants ne s’en sont occupés qu’en ce qui concerne le parasite ; c’est ainsi que les Champignons ou les Insectes parasites ont été décrits, classés, et que leur morphologie ou leur ontogénie ont fait l’objet de nombreuses recherches. Ces études ont élé accompagnées d’une descriplion superficielle des cécidies qu'ils déterminent, et l’on a indiqué, à propos de chaque parasite, le nom de l’hôte, ainsi que la nature générale des transformations qu'il subit. Il ne rentre pas dans le plan de ce travail de rappeler,

(4) De Lacaze-Duthiers, Recherches pour servir à l’histoire des galles (Ann. Sc, nat. Bot., 3° sér., XIX, 1853, p. 273).

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même en peu de mots, quels sont les progrès qui ont été accomplis dans cet ordre de recherches, grâce aux investigations de MM. Frank, Sorauer, Frauenfeld, Thomas, Lüw, Massalongo, Kieffer, Rubsaamen, Schlechtendal, Nalepa, etc.

Les cécidies ont été étudiées en second lieu au point de vue des modifications apportées dans la structure des organes attaqués. C’est ainsi que M. de Lacaze-Duthiers (1), M. Prillieux (2) ont fait l’étude anatomique de galles produiles par des Cynipides, M. Courchet (3) de galles produites par des Aphides ; plus récemment MM. Wakker (4) et Fentzling (5) ont étudié les modifications anatomiques que subissent les plantes attaquées par différents Champignons.

On s’est borné presque exclusivement jusqu’à présent à l'étude des cécidies qui se forment sur la racine, la tige et les feuilles; aucun travail d'ensemble n'existe concernant les cécidies florales, c’est-à-dire celles qui se produisent aux dépens des organes floraux de l'hôte; ce sont ces dernières sur lesquelles vont porter nos recherches.

Nous étudierons seulement les transformations morphologiques et anatomiques que subissent les organes floraux, végétatifs ou sexuels ; certains faits, parmi ceux que nous aurons l’occasion d'observer, nous renseigneront d’ailleurs sur les changements physiologiques subis par les diverses parties de la fleur.

Il existe de nombreuses observations éparses concernant ces cas deparasitisme ; nousen rappellerons plusieurs au sujet des fails que nous observerons. Nous verrons que, s’il existe quelques travaux concernant les changements de morpho-

(1) De Lacaze-Duthiers, Loc. cit.

(2) Prillieux, Étude sur le développement de quelques galles (Ann. Sc. nat. Bot., 6° sér., III, p. 113).

(3) L. Courchet, Étude sur les galles produites par des Aphidiens. Montpellier, 14879.

-(4) Wakker, Untersuchungen über den Eïnfluss parasitischer Pilze auf îhre Nührpflanzen (Pringsheim’s Bot., XXIV, 1892, p. 499).

-(5) Fentzling, Untersuch. von Verand. welche durch Rostpilze hervorgerufen werden (Inaug. Dissert., 1892, Freiburg i. B.).

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logie extérieure que subissent les organes floraux sous l’action des divers parasites, que si l’on rencontre, signalés d’une manière isolée, quelques faits concernant les modifications anatomiques qui surviennent dans les cécidies florales, aucun botaniste ne s’est occupé, même accidentellement, des transformations subies par les cellules sexuelles soumises à des actions parasilaires. Nous signalerons d’ailleurs, ayant l'étude de chaque groupe de cécidies florales, les principaux travaux qui les concernent.

Nous ne voulons rappeler ici que ceux qui se rapportent à l'infertilité de l'hôte déterminée par les parasites. M. Giard a observé chez les animaux et les végétaux un grand nombre de faits consistant dans la diminution ou la suppression totale de la fécondité ; il a rangé tous ces faits sous la désignation de castration parasitaire (1) ; l'auteur entendparcemot «l’ensemble des modifications produites par un parasite, animal ou végétal, sur l'appareil générateur de son hôte ou sur les parties de l’organisme en relation indirecte avec cet appareil ». MM. Roze, Magnin, Kellerman et Swingle, Vuillemin, de Lustrac ont signalé chez les végétaux plusieurs faits se rapportant à cet ordre d'idées; nous renvoyons pour l'étude détaillée de la question au mémoire fondamental de M. Giard et à un résumé que M. C. Julin (2) a fait récemment paraîlre des faits connus et de leurs conséquences.

Nous aurons l’occasion, au cours de ce travail, d'étudier de nombreux cas de castration parasitaire et nous essayerons de déterminer la façon dont ils s'effectuent.

Les diverses cécidies florales que nous allons étudier seront classées d’après la nature du parasite. Notre travail se divisera par suile de la manière suivante :

(1) Giard, Nouvelles recherches sur la castration parasitaire (Bull. scient. N EUX, Der 12) À (2) G. Julin, La castration parasitaire el ses conséquences biologiques (Rey,

gén. des Sc., 1894, V, p. 597).

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1° PARTIE. — Phytocécidies. Nous n'étudierons que des cécidies florales produites par des Champignons (Mycocé-

cidies).

Cette partie comprendra trois chapitres : | CHAPITRE 1. — Cécidies florales produites par de Péronosporées.

CnaprrRe 11. — Cécidies florales produites par des Urédinées.

CHapirRe it. — Cécidies florales produites par des Ustilaginées.

2° PARTIE. — Zoocécidies. Cette partie comprendra également trois chapitres :

CaapirRe 1v. — Cécidies florales produites par des Hémiptères (Hémiptérocécidies).

Les cécidies produites par des Aphides nous occuperont seules.

CHapitRe v. — Cécidies florales produites par des Diptères (Diptérocécidies).

CHAPITRE vi. — Cécidies florales produites par des Acariens appartenant au groupe des Phytoptides (Phytoptocécidies).

Nous donnerons en quelques mots, à la fin de chaque chapitre, les caractères généraux présentés par chaque groupe de cécidies florales. Dans un résumé général nous grouperons les faits observés, d’après la nature même de ces faits.

Je n’ai rien de particulier à dire concernant les procédés de technique que j'ai employés ; ce sont les procédés classiques de coupe après inclusion dans la paraffine; eux seuls pouvaient me permettre de pratiquer des coupes dans des organes souvent délicats et de leur conserver leur disposition respective ; de plus, il y avait intérêt, dans certains cas, à avoir des coupes en série. J'ai employé le seul procédé de

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coloration possible dans le cas présent, la coloration sur dames.

J'ai recueilli presque tous les échantillons à Presles (Seine-et-Oise) ; à moins d'indication contraire c’est de cette localité qu’ils proviennent.

Qu'il me soit permis de remercier ici M. Giard d’avoir bien voulu me donner plusieurs exemplaires de cécidies florales qu’il a récoltées à Wimereux (Pas-de-Calais).

AE

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