Né en 1788, mort en
ton aux congrès de Vienne, de Vérone, et dans la mission extraordinaire du duc à Saint-Pétersbourg lorsque l'empereur Nicolas monta sur le trône. Parvenu aux rangs les plus élevés de la hiérarchie militaire anglaise, il devint en 1852, après la mort de son célèbre protecteur et ami, directeur général de l'artillerie, pair et membre du conseil privé. C'était vers lui que tous les yeux s'étaient tournés pour le commandement en chef de l'armée anglaise en Orient, et sa capacité militaire non moins que sa bravoure antique le désignait à cet honneur qui devait aussi lui coûter la vie.
Le 1 9 mai, le Berthollet débarquait à Varna, les deux chefs anglais et français accompagnés, comme nous lavons dit, du séraskier et de Rizza- Pacha. Les amiraux Hamelin et Dundas contrariés par un brouillard intense n'avaient pu arriver en temps utile. Mais Omer-Pacha ne s'était point fait attendre. Il apportait la nouvelle de l'investissement de Silistrie par les Russes, et il comptait d'ailleurs sur la résistance de cette place que gardaient dix-huit mille hommes de bonnes troupes.
La conférence eut lieu; elle dura cinq heures. Le maréchal de Saint-Arnaud ouvrit la séance en invitant Omer-Pacha à exposer en italien, langue qui était familière au général turc, l'ensemble de la situation militaire, et ses plans personnels pour résisier aux armées russes. II se chargeait de ira-
duire à lord Raglan les paroles du Pacha, et les ministres turcs se serviraient d'un interprète. Orner s'exprimant dans un langage net et concis fit connaître alors le nombre de ses troupes et les positions quelles occupaient, joignant à ces détails ses appréciations sur les forces russes et leurs opérations probables. Il y avait six mille Turcs à Varna, vingt mille à Kalafat et à Kiddlin , quarante-cinq mille à Scbumla et dix-huit mille à Silistrie. Ces troupes qui, en plaine et si on voulait offrir la bataille à l'ennemi, pourraient éprouver un échec, Omer-Pacha ne le dissimulait pas, montreraient derrière des retranchements une solidité à toute épreuve, et la défense de Silistrie l'a bien prouvé, en effet. Les Russes avaient quarante-cinq mille hommes devant cette place, et ce nombre ne tarderait pas à se grossir considérablement, car il entrait dans leurs plans de l'enlever à tout prix. Le maréchal Paskiewitch, auquel le commandement en chef venait d'être confié, était tellement cassé qu'il ne pouvait plus monter à cheval, mais son activité et son initiative militaire étaient très -redoutables. A chaque instant, d'ailleurs, les Russes recevaient des renforts. Omer-Pacha espérait que Silistrie tiendrait au moins six semaines, et quant à sa position personnelle à Schumla, il estimait que , si l'ennemi se hasardait à venir F y attaquer, il le battrait in-
IIe SÉRIE. — I. 20
failliblement. L'important à ses yeux était qu'un corps anglo-français se rapprochât de lui, et qu'il pût s'appuyer sur lui.
En conséquence, les généraux en chef décidèrent qu'une division française prendrait position à une lieue de Varna et s'y fortifierait, tandis qu'une division anglaise occuperait Dévena, à sept heures de Varna, point où existaient des ouvrages exécutés par les Russes pendant la campagne de 1828. Ces résolutions étaient excellentes; elles devaient avoir pour effet de relever le moral de l'armée turque et d'obliger le maréchal Paskiewitch à prendre un parti décisif de retraite ou d'attaque. Telle était, du moins, la pensée du maréchal de Saint- Arnaud. 11 écrivait aussi : « Nous nous verrons forcément entraînés à jeter rapidement toutes nos forces entre Varna et Schumla; mais nous ne serons jamais dans de meilleures conditions pour livrer bataille à un ennemi qui vient se placer devant des troupes fraîches, entre un grand fleuve et un camp retranché. Toute la question est dans les forces que nous pourrons mettre en ligne à coté des Turcs qui nous donneront soixante mille hommes de bonnes troupes et deux cents pièces de canon, bonne artillerie, » Le vrai était là, en effet : une position avantageuse occupée par les armées alliées entre Varna et Schumla, couvrant Constantinople pendant que les flottes combinées occupaient la mer Noire, suffisait
évidemment et forcément pour amener la fin de cette guerre et faire reprendre l'œuvre diplomatique interrompue par le canon. Cette vérité se dégage des faits eux-mêmes avec une irrésistible clarté lorsque, l'esprit se portant à quelques semaines plus tard, on voit les Russes lever le siège de Silistrie, renverser leurs batteries, détruire leur camp et, démoralisés, repasser le Danube !
L'expédition de la mer Baltique, préparée avec une grande activité, allait s'accomplir à son tour. Nous avons dit que l'amiral Parseval-Deschênes avait été désigné pour le commandement en chef de l'escadre. Le général de division Baragueyd'Hilliers, revenu de Constantinople, fut nommé chef du corps expéditionnaire, et le général Niel dut commander le génie faisant partie de ce corps. Les troupes embarquées à Calais dans la dernière quinzaine de juillet allaient être transportées au nord de F île de Gothland par suite d'un plan concerté entre les chefs dirigeant dans la Baltique les forces alliées de terre et de mer. 11 s'agissait d'une attaque des îles d'Aland et particulièrement du fort de Bomarsund, établissement important qui, par sa situation géographique, se trouvait à cheval sur les deux golfes de Bothnie et de Finlande me-
naçant la Suède, dominant la Baltique dans des conditions bien supérieures, au dire des hommes spéciaux, à celles où se trouvent les forteresses de Sweaborg et de Gronstadt.
Les travaux importants entrepris à Bomarsund depuis longues années par l'ordre des empereurs Alexandre et Nicolas avaient coûté des sommes très-considérables et prouvaient à quel point la Russie les supposait de nature, non-seulement à affermir de ce cuté, mais encore à accroître sa prépondérance; le port d'Aland était, suivant les marins, devenu magnifique et la difficulté de son accès augmentait encore son importance au point de vue militaire. Toutes les forces navales alliées furent donc dirigées vers la baie de Ledsund située à l'extrémité sud de l'île d'Aland; manœuvre qui présentait l'avantage d'intercepter toute communication entre cette île et la cote de Finlande d'où les Busses auraient pu facilement recevoir des secours, notamment de la ville d'Abo où se trouvaient massées des troupes en nombre assez considérable, mais, d'un autre côté, elle avait l'inconvénient de déAoiler immédiatement à l'ennemi le but qu'on voulait atteindre. Tous les bâtiments et transports chargés du matériel ne purent se trouver réunis que le 6 août. Les navires montés par les troupes se dirigèrent alors vers la baie de Lumpar au nord de laquelle s'élevait la forteresse de Bomarsund
située sur le bord de la mer et ayant derrière elle deux lacs ou marais qui en défendaient les approches.
Cette forteresse de Bomarsund, bâtie sur des rochers granitiques, était couverte et protégée par trois grandes tours solidement et soigneusement construites d'un diamètre de trente mètres environ. Deux étages casemates à l'épreuve de la bombe étaient percés chacun de quatorze embrasures. Audessus des voûtes à l'épreuve se trouvait une toiture en zinc percée de lucarnes par lesquelles les tirailleurs finlandais, armés de carabines à tiges pouvaient plonger au loin dans la campagne; le parement extérieur de ces tours était comme celui de la forteresse composé de blocs de granit dont les joints, qui avaient une forme pentagonale, donnaient à la maçonnerie l'aspect d'une mosaïque1.
Le général Baraguey-d'Hilliers s'était, dès son arrivée, concerté avec les amiraux Napier et Parseval-Deschênes pour reconnaître les points les plus favorables au débarquement. On en désigna trois, afin de détourner plus sûrement l'attention de l'ennemi : le premier, situé an nord de l'île, à la hauteur de Halta, devait être occupé par le général anglais Harry Jones ayant sous ses ordres neuf cents hommes de troupes anglaises et deux mille