‹ Pression Veineuse au Cours de l'AsystolieChapitre 3 sur 39 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Si l’on étudie les phénomènes tensionnels qui régissent la colonne sanguine depuis son entrée dans l’aorte jusqu’à son arrivée au cœur droit, on assiste à une série de faits qui se déroulent dans un ordre immuable et qu’on peut comparer schématiquement à ce qui se passe lors de l’écoulement du liquide dans les tubes piezométriques de Bernouilli.

Pendant la traversée des canaux artériels le courant sanguin est continu mais non pas uniforme, Si l’élasticité des parois artérielles réalise la continuité de son écoulement, les pulsations cardiaques lui envoyent des renforcements saccadés. Qu'on enregistre maintenant ces saccades intermittentes on verra qu'elles se montrent sous forme d’une série d’oscillations, d’amplitudes inégales, se dessinant sur un fond continu.

A mesure que le cours du sang approche les capillaires, on note la baisse de sa tension. En même temps les renforcements systoliquées diminuent d’in-

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tensité et le sang tend à circuler uniformément. Au niveau même descapillaires, latensionsanguinetombe brusquement. Le fait analogue se produit dans les tubes piezométriques branchés sur la partie rétrécie du tube horizontal. De plus, comme les capillaires présentent une résistance considérable au passage des molécules sanguines, nous voyons s’éteindre les saccades systoliques envoyées par les pulsations cardiaques ; ainsi la circulation du sang devient uniforme.

Une fois passé dans les veines, le courant sanguin chemine sous une pression treize fois moindre que celle du système artériel, et pendant la traversée des vaisseaux veineux, nous voyons cette pression dépendre principalement de la vis à tergo. Ce fait est visible surtout dans l’expérience suivante : . « Chez un chien curarisé, privé par conséquent de respiration et de tout mouvement musculaire, et que l’on entretienne en vie par la respiration artificielle, on peut susprendre celle-ci à divers intervalles : la circulation veineuse continue à se faire sous l’influence de la seule pression ou vis à tergo, résidu de l'impulsion cardiaque, qui existe dans les veines (1). » Enfin, plus on approche des cavités droites du cœur, la pression s’abaisse encore pour devenir négative dans les grostroncs veineux. | Tel est le régime circulatoire de l’homme normal.

Ajoutons qu’actuellement, l'étude du système cir-

. 4. Gley, Physiologie, 4! éd. Baillière, 1918, p. 444. |

DNORT | Eu culatoire chez l'homme vivant a fait des grands progrès.

La mesure de la tension artérielle est maintenant une méthode bien mise au point, surtout avec la combinaison de la méthode auscultatoire et oscillométrique.

Depuis, on a étudié la circulation dans les capillaires grâce à la méthode très simple et ingénieuse de la capillaroscopie.

Enfin, récemment, depuis les travaux de notre maître M. le professeur agrégé Maurice Villaret, Saint Girons et Grellety Bosviel,la mesure de la pression veineuse est devenue une méthode extrêmement simple donnant des chiffres très exacts et pouvant être recherchée sans difficulté dans les cas normaux comme dans les cas pathologiques.

C'est ainsi que l'étude de la dynamique circulatoire se trouve solidement assise et ses trois chaïinons : artériel, capillaire et veineux mis à la portée du clinicien.

Cependant, si des causes pathologiques d'origine cardiaque ou extra cardiaque viennent à troubler l’équilibre circulatoire, nous assisterons aux perturbations modifiant l’écoulement du sang dans les vaisseaux et atteignant leur maximum au cours de l’asystolie.

Ainsi, pour avoir l'idée de la valeur fonctionnelle du myocarde le clinicien sera-t-il amené d’explorer attentivement le système artériel comme le système

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veineux puisqu'ils sont intéressés tous les deux dans cette affection. |

Mais jusqu'alors, ce double examen fut complètement négligé. Certains auteurs tels que Potain furent frappés du peu de renseignements donnés par l'étude de la tension artérielle et soupçonnaient déjà l’importance des modifications apportées à la circulation de retour. Gallavardin du reste, dans son remarquable traité sur la tension artérielle, exprime une pensée si suggestive et d’un si haut intérêt que nous croyons utile de la reproduire intégralement. « Le trouble uniforme provoqué par la plupart des cardiopathies primitives d’origine valvulaire ou autre consiste en un obstacle à la circulation intra cardiaque du sang ou à son évacuation dansles vaisseaux. Dès lors, c’est en arrière du cœur que se déroulent toutes les modifications tensionnelles intéressantes.

Pour prendrele cas le plus simple, celui des lésions mitrales, c’est en amont du barrage mitral qu'il serait instructif de pousser la sonde afin de juger des modifications de tension dans l'oreillette gauche, dans les veines pulmonaires,dans l'artère pulmonaire et jusque dans le cœur droit. En aval, c’est-à-dire dans le tube d'évacuation il ya bien aussi quelques modifications de la pression ; mais elles sont minimes et dépendent au moins autant de l’encombrement circulatoire périphérique que de la défaillance myocardique. De plus elles se manifestent lorsque, depuis les signes physiques jusqu'aux symptômes fonctionnels tout crie à la déroute cardiaque. C’est dire qu’elles appor-

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tent plus d’aide à la compréhension physiopathologique exacte des troubles circulatoires, que de secours véritable au diagnostic ou au pronostic. Le

médecin peut presque les négliger(r). »

Avec la technique que nous allons exposer dans

les pages suivantes, il devient possible de pousser la sonde dans la circulation de retour, de mesurer la stase qui y règne et d’objectiver ainsi par une mesure précise le degré du syndrome asystolique.

Mais avant d'entrer dans l’exposé de ce travail, je tiens à exprimer ma profonde gratitude à M. le professeur Gilbert dont j'ai été élève et qui m’a honoré en acceptant la présidence de ma thèse.

Je suis particulièrement reconnaissant à M. le professeur agrégé Maurice Villaret qui m'a inspiré l’idée de ce travail et m’a accordé toujours avec bienveillance ses conseils.

Non moins vifs sont mes remerciements à M. le docteur Aubertin, médecin de l’hôpital Saint-Louis, qui m'a reçu avec tant de bonté et d’obligeance dans son service.

A M. Pierre Grellety Bosviel, interne des Hôpitaux, je dois mon affectueuse reconnaissance, car c’est lui qui m'initia à l’étude de la pression veineuse et me guida au cours de ce travail avec une sollicitude qui m’a touché profondément.

1. Gallavardin, Tension artérielle en clinique, 1921, p. 572.

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