HISTOIRE CONTEMPORAINE
Nous l'admmettons, disent certains faux savants déguisés en philantropes, autrefois les religieux et les prêtres avaient leur raison d’être et nous reconnaissons même qu'ils ont pu faire un peu de bien. Mais aujourd’hui, on se passerait volontiers de tous ces prêtres, de ces religieux et de ces religieuses qui vivent au dépens du peuple et nous font payer fort cher les rares services qu'ils nous rendent ”
Je voudrais savoir tout d'abord ce que les religieux et les prêtres ont coûté à ceux qui les attaquent ainsi. Je crois que cela se réduit à fort peu de chos:, ou plutôt, je suis presque certain que plus d’ua point d'interrogation, s’il se confessait sincèrement, serait forcé d’avouer qu'il a des obligations envers ceux qu’il dénigre si méchamment.
‘ On peut se passer aujourd’hui de l’interven-
ants IX et s re-
tion bienfaisante du clergé, les siècles de baïbarie, de grandes misères et d'invasion sont loin...”
Ah bah ! Les exploits des communards sont-ils donc complètement oubliés ? Les uns, les Vandales, les Normands étaient-1ls plus sauvages et plus barbares que les disciples de Danton, de Marat, de Robespierre, de Carrier et des autres. philosophes de la grrrande révolution, que les amis de Rochefort, de Cluseret, de Vermesch, de Gaillard et des autres... philanthropes ou ‘ filous en troupes ” de la sanglante et crapuleuse Commune ?
Et n’y a-t:1l plus de misères à soulager? Ne faut-il plus d’'hôpitaux, même pour y recevoir et soigner charitablement les points d'interrogation, convertis ou non, rendus au bout de leur carrière et privés de cette fortune tant désirée que “ la cruelle destinée a refusée à leurs incontestables talents ? ”” On a vu des aboyeurs à la soutane qui étaient des géants cent fois plus formidables que nos points d'interrogation, remercier les larmes aux yeux les mains bénies qui pansaient leurs plaies. Si l’espace ne m'était pas mesuré, je pourrais raconter ici des douzaines d’histoires édifiantes. Pendant le choléra de 1866, on a vu un ennemi enragé du clergé, à deux genoux devant une religieuse qu'il avait insultée et à laquelle 1]
re
devait, après Dieu, la guérison de son enfant. T1 lui detnandait pardon, s’excusait.….
— Je n'ai fait que mon devoir, répondait sim-
plement la sœur.
Quel était l’état de la France à l’époque de la lerreur, lorsque les prêtres, captifs, exilés ou conduits à l’échafaud, ne pouvaient plus exercer leur saint ministère? Les cannibales sont des citoyens respectables et pacifiques comparés aux pourvoyeurs de la guillotine et à leurs amies les tricoteuses, dont certains follicuiaires osent vanter les exploits.
Qu'ils nous parlent donc de leurs propres œuvres, ces moralistes “ vertueux ” qui s’en prennent a tout un peuple et prétendent lui tracer une ligne de conduite! Qu'un Canadien essaie d'aller tenir une pareille conduite en France? Mais ici le peuple est bon, il hausse les épaules et va son chemin,
Pour s'appuyer au moins sur quelque chose, les calomniateurs de notre clergé si vaillant, si dévoué, si charitable et si éclairé, si digne sous tous les rapports de sympathie et de respect, les calomniateurs, dis-je, ont cité Voltaire et Jean-Jacques Rousseau.
Examinons un peu la conduite de ces deux saints de l'Eglise des points d'interrogation.
Voltaire — pour ne peindre qu'une partie de
son caractère — était riche, avare, poltron. Riche, il devait sa fortune à la traite des nègres, c'est-àdire au commerce de chair humaine et aux héritages que lui léguèrent des membres de sa famille retirés du monde. ‘ Vous n’auriez point quatrevingt mille livres de rente, lui écrivit une tante religieuse, si quelques-uns de vos parents n'avaient pris le froc ou le voile.”
Ce même Voltaire trouvait surtout que les couvents faisaient beaucoup de mal, “ parce qu'ils nuisalent au développement de la race humaine.” Rousseau, lui, était d'un avis contraire: il trou: vait que le monde était trop peuplé. C'est sans doute pour cela qu'il abandonna ses pauvres petits enfants et qu’il se suicida.
Pour en revenir à Voltaire, l’insulteur des Français et le flatteur des Prussiens, comme il se trouvait un jour avec des libres-penseurs qui niaient l'existence de Dieu: % Doucement, dit-il, ne parlez pas de ces choses devant mes domestiques.
— Pourquoi cela? lui demanda un de ses convives, |
—- Parce que je ne voudrais pas me faire assassiner, répondit le philosophe.
Voltaire était prudent. C'est bon de blaguer, mais s1 les théories des points d'interrogation pouvaient prévaloir, les grands hommes, trop fins
nn Re
pour prier, mais très soucieux de leur conservation, ne dormiraient plus en paix. Voilà pourquoi Voltaire et les autres beaux parleurs n'aimaient pas à être pris au mot.
Une bonne chance encore: les trois ? ? ® veulent bien faire au bon Dieu l'honneur de le tolérer ici-bas. Ils ne nient pas son existence, mais ils mettent Jésus-Christ sur la même ligne que Voitaire, ce qui est un grand pas de fait vers l'abolissement complet de ‘‘la gènante et encombrante Divinité !”
Quant aux Evêques, aux prêtres et aux religieux, 1} n'en faut plus. Même les ministres pro testants ne trouvent pas grâce devant ces terribies niveleurs.
Pourquoi ne faut-il plus ni Evêques, ni prêtres ni religieux ? ‘ Parce que, disent les calomniateurs honteux, ce sont tous des menteurs, des trompeurs, des ignorants et des gens de mauvai se vie et mœurs, grâce ruxquels tous les Canadiens français et catholiq'ies sont des crétins. ”
Dans les six lignes qui précèdent, j'ai résumé à peu près tout ce que disent les trois points d'interrogation. Ils accusent bien la population canadienne-française d'être corrompue jusqu’à la moëlle des os, mais ceci n’est que la conclusion
de leur plaidoyer. Ils trouvent aussi que les journaux canadiens-français sont superlativement
PRE es
bêtes ; mais, comme ils ont fourni pas mal de copie aux dits journaux, 1ls sont plus ou moins dans leur droit, s'ils ne parlent que de leurs propres produits. ‘“ Propres ” est, ici, adjec:f possessif,
Nos Evêques, nos prêtres et nos religieux, calomniés par des polissons qui n’ont pas même le courage de signer leurs écrits, ne s’en trouveront pas plus mal. Ce qu'ils sont, nous le savons tous ; ce qu'ils ont fait et ce qu'ils font encore tous les jours, nous le voyons continuellement. Ils vivent et ils agissent en plein jour, sous l'œil de leur divin Maître qui les connaît et les bénit. S'ils se cachent parfois, c'est pour pratiquer la charité, pour porter l’auraôme du corps et celle di cœur et de l’âme aux infortunés courbés sous le poids du malheur. Beaucoup parmi eux seraient riches s'ils le voulaient ; beaucoup pourraient prétendre aux plus hautes fonctions, aux places les plus enviées. S'ils travaillent, c’est pour Île bien ; s'ils ont de l’ambition, c’est pour 12 gloire de Dieu. Demandez aux colons ce qu'est pour eux jeur curé ; demandez à ceux qui souffrent, ce que font pour eux les prêtres, les religieux et les religieuses. Depuis le moment de sa naissance jusqu'à l'heure de sa mort, le catholique sait toujours qu'il peut compter sur l’aide et sur l'appui de ceux quise sont donné pour mission
de soulager, dans la limite de leurs forces, toutes les misères physiques et morales.
Le Christ, fondateur de notre sainte Religion, pardonna, du haut de sa Croix, aux Juifs qui l'avaient torturé, aux misérables qui l’insultaient.
Les martyrs mouraient en priant pour leurs bourreaux qui, bien souvent, se convertissaient à la vue de tant de charité.
L'Archevêque de Paris, le Curé de la Madeleine et beaucoup d’autres illustres victimes de la Commune sanglante, criblés de balles et sur le point de rendre leur belle âme à Dieu, bénissaient les malheureux égarés dont la main était encore rouge du sang versé.
C'est ainsi que se vengeront les Evèques, les prêtres et les religieux canadiens, insultés, calomniés par des polissons. Ils ne répondront que par leurs actes : et ces actes, notre population honnête les a jugés depuis longtemp*. Ils continueront à bâtir des écoles, des hôpitaux et des églises partout où le besoin s’en fera sentir ; ils marcheront avec nos vaillants colons à la con: quête du sol, ils reculeront les limites des pavs civilisés, ils seront ce qu'ils ont toujours été : ‘“ Les Mienfaiteurs du Canada. ”
OO ACONO) “AY x" FN