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Prime le chat botte op recueils 10/2012

Un meunier ne laissa pour tous biens, à trois enfants qu'il avait, que son moulin, son âne et son chat. Les partages furent bientôt faits: ni le notaire ni le procureur ny furent appelés ; ils auraient eu bientôt mangé tout le pauvre patrimoine. L'aîné

eut le moulin. Le second eut l'âne. Et le plus jeune neut que le chat.

Ce dernier ne pouvait se consoler d’avoir un si pauvre lot.

« Mes frères, disait-il, pourront gagner leur vie honnêtement en se mettant.

ensemble ; pour moi, lorsque j'aurai mangé mon chat et que je me serai fait un manchon de sa peau, il faudra que je meure de faim. »

Le Chat, qui entendait ce discours, mais qui nen fit pas semblant, lui dit d'un air

posé et sérieux: « Ne vous affligez point, mon maître ; vous navez qu'à me donner un sac et me faire une paire de bottes pour aller dans les broussailles, et vous verrez que vous n'êtes pas si mal partagé que VOUS croyez. »

Quoique le maître du Chat ne fit pas grand fond là-dessus, il lui avait vu faire tant de tours de souplesse pour prendre des rats et des souris, comme quand il se pendait par les pieds ou qu'il se cachait dans la farine pour faire le mort, qu'il ne désespéra pas d’en étre secouru dans sa misère.

Lorsque le Chat eut ce qu'il avait demandé, il se botta bravement, et, mettant son sac à son cou, il en prit les cordons avec ses pattes de devant, et sen alla dans une garenne où il y avait grand nombre de lapins. Il mit du son et des lacerons dans

son sac ; et, s'étendant comme sil eût été ort, il attendit que quelque jeune lapin peu instruit encore des ruses de ce monde / Vint se fourrer dans son sac pour y manger ん ce qu'il y avait mis.

A peine fut-il couché qu’il eut contentement: un jeune étourdi de lapin entra dans son sac ; et le maître Chat, tirant aussitôt les cordons, le prit et le tua sans miséricorde.

Tout glorieux de sa proie, il sen alla chez le roi et demanda à lui parler.

On le fit monter à l'appartement de Sa Majesté, où, étant entré, il fit une grande révérence au roi, et lui dit:

« Voilà, sire, un lapin de garenne que M. le marquis de Carabas (c était le nom quil prit en gré de donner 4 son maitre) m'a chargé de vous présenter de sa part.

— Dis a ton maitre, répondit le roi, que je le remercie et qu il me fait plaisir.

Une autre fois, il alla se cacher dans un blé, tenant toujours son sac ouvert ; et, lorsque deux perdrix y furent entrées, il tira les cordons et les prit toutes deux.

Il alla ensuite les présenter au roi, comme Le Chat continua ainsi, pendant deux ou il avait fait du lapin de garenne. Le roi reçut trois mois, à porter de temps en temps au roi encore avec plaisir les deux perdrix, et lui du gibier de la chasse de son maître. Un jour fit donner pour boire. qu'il sut que le roi devait aller à la promenade |

sur le bord de la rivière avec sa fille, la plus belle princesse du monde, il dit à son maître:

« Si vous voulez suivre mon conseil, votre fortune est faite ; vous n'avez qu'à vous

baigner dans la rivière, à l'endroit que je vous montrerai, et ensuite me laisser faire. » Le marquis de Carabas fit ce que son chat lui conseillait, sans savoir à quoi cela serait bon.

Dans le temps qu'il se baignait, le roi vint à passer ; et le Chat se mit à crier de toute sa force:

« Au secours! Au secours! voilà M. le marquis de Carabas qui se noie! »

A ce cri, le roi mit la tête à la portière ; et, reconnaissant le Chat qui lui avait apporté tant de fois du gibier, il ordonna à ses gardes qu on allât vite au secours de M. le marquis de Carabas.

Pendant qu’on retirait le pauvre marquis de la rivière, le Chat, sapprochant du carrosse, dit au roi que, dans le temps que son maître se baignait, il était venu des voleurs qui avaient emporté ses habits, quoiqu'il eût crié au voleur de toute sa force. Le drôle les avait cachés sous une grosse pierre.

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Le roi ordonna aussitôt aux officiers de sa garde-robe daller quérir un de ses plus beaux habits pour M. le marquis de Carabas.

Le roi lui fit mille caresses ; et, comme les beaux habits qu’on venait de lui donner relevaient sa bonne mine (car il était beau et bien fait de sa personne), la fille du roi le trouva fort à son gré ; et le marquis de Carabas ne lui eut pas plus tôt jeté deux ou trois regards fort respectueux et un peu tendres qu'elle en devint amoureuse à la folie.

Le roi voulut qu'il montât dans son carrosse et qu’il fût de la promenade.

Le Chat, ravi de voir que son dessein commençait à réussir, prit les devants ; et ayant rencontré des paysans qui fauchaient un pré, il leur dit:

« Bonnes gens qui fauchez, si vous ne dites au roi que le pré que vous fauchez appartient à M. le marquis de Carabas, vous serez tous hachés menu comme chair à pâté. »

Le roi ne manqua pas à demander aux faucheurs à qui appartenait ce pré qu'ils fauchaient.

« C’est à M. le marquis de Carabas, dirent-ils tous ensemble, car la menace du Chat leur avait fait peur.

— Vous avez lá un bel héritage, dit le roi au marquis de Carabas.

— Vous voyez, sire, répondit le marquis ; C'est un pré qui ne manque point de rapporter abondamment toutes les années.

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Le maître Chat, qui allait toujours devant, rencontra des moissonneurs et leur dit:

« Bonnes gens qui moissonnez, Si vous ne dites pas que tous ces blés appartiennent à M. le marquis de Carabas, vous serez tous hachés menu comme chair à pâté. »

Le roi, qui passa un moment après, voulut savoir à qui appartenaient tous les blés qu'il voyait.

« C'est à M. le marquis de Carabas », répondirent les moissonneurs.

Et le roi sen réjouit avec le marquis.

Le Chat, qui allait toujours devant le carrosse, disait toujours la même chose à tous ceux qu'il rencontrait et le roi était étonné des grands biens de M. le marquis

de Carabas.

Le maître Chat arriva enfin dans un beau château dont le maître était un Ogre, le plus riche qu'on eût jamais vu: car toutes les terres par où le roi avait passé étaient de la dépendance de ce château.

Le chat eut soin de s informer qui était cet Ogre, et ce qu'il savait faire, et demanda à lui parler, disant qu 让 navait pas voulu passer si près de son château sans avoir l'honneur de lui faire la révérence.

POgre le reçut aussi civilement que le peut un Ogre, et le fit se reposer.

« On m'a assuré, dit le Chat, que vous aviez le don de vous changer en toute sorte d’animaux ; que vous pouviez, par exemple, vous transformer en lion, en éléphant. »

ー Cela est vrai, répondit P Ogre brusquement, et, pour vous le montrer, vous m allez voir devenir un lion.

Le Chat fut si effrayé de voir un lion devant lui qu'il gagna aussitôt les gouttieres, non sans peine et sans péril, à cause de ses bottes, qui ne valaient rien pour marcher sur les tuiles.

Quelque temps apres, le Chat, ayant vu que Ogre avait quitté sa premiere forme,

descendit et avoua qu'il avait eu bien peur.

— On m'a assuré encore, dit le Chat, mais je ne saurais le croire, que vous aviez aussi le pouvoir de prendre la forme des plus petits animaux, par exemple, de vous changer en un rat, en une souris: je vous avoue que je tiens cela tout à fait impossible.

和 HK — Impossible ! reprit Ogre, vous allez voir.

Et en même temps il se changea en une souris, qui se mit à courir sur le plancher.

Le Chat ne leut pas plus tôt aperçue

qu'il se jeta dessus et la mangea.

Cependant le roi, qui vit en passant le

beau château de Ogre, voulut entrer dedans.

Le Chat, qui entendit le bruit du carrosse qui passait sur le pont-levis du château, courut au-devant et dit au roi :

— Votre Majesté soit la bienvenue dans ce château de M. le marquis de Carabas!

— Comment! monsieur le marquis, s'écria le roi, ce château est encore à vous? Il ne se peut rien de plus beau que cette cour et que tous ces bâtiments qui l’environnent : voyons le dedans, s'il vous plaît.

Le marquis donna la main à la jeune princesse et, suivant le roi qui montait le premier, ils entrèrent dans une grande salle, où ils trouvèrent une magnifique collation que l’Ogre avait fait préparer pour ses amis, qui le devaient venir voir ce jour-là, mais qui n'avaient pas osé entrer, sachant que le roi y était.

Le roi, charmé des bonnes qualités de M. le marquis de Carabas, de même que sa fille qui en était folle, et voyant les grands biens qu'il possédait, lui dit, après avoir bu cinq ou six coupes :

« Il ne tiendra qu'à vous, monsieur le marquis, que vous ne soyez mon gendre. »

Le marquis, faisant de grandes révérences, accepta l'honneur que lui faisait le roi ; et dès le jour même il épousa la princesse.

Le Chat devint grand seigneur, et ne

courut plus après les souris que pour se divertir.

Imprimé par Pollina, Luçon France - L61955 - 08/2012 - Dépôt légal : janvier 2000 Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse

Exemplaire offert pour l'achat d'un recueil du Père Castor

ISBN : 978-2-0812- 8904-8

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