‹ Princesse et favoriteChapitre 61 sur 105 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

vous faire une cour longue et respectueuse, vous loucher à force de dévoûment... Mais la mort interrompt mes projets; que voulez-vous que j’y fasse? Il me faut supprimer le pre^ambule ou le dénomment; mettez- vous à ma place.

ÉLISABETH

Vous êtes fou, monsieur le comte, en vérité vous êtes fou. Jamais on ne m’a parlé de la sorte.

KOENIGSMARK

C’est que ma positioa n'est pas ordinaire non plus. Elle m’exempte de l’étiquelle. Je suis peut-être le seul homme qui puisse, sans mentir, vous offrir toute sa vie, songez-y.

ÉLISABETH, rUnt.

En vérité, je ne sais pourquoi je vous écoute; vous me dites des choses de l’autre monde.

Ma foi, peut s’en faut.

ÉLISABETH

La mort vous est donc indilférente?

KOENIGSMARK

Il y a si longtemps que nous nous connaissons... de vue I Voilà quinze ans que nous jouons ensemble sur tous les champs de bataille... Un peu plus tôt, un peu plus tard, comme dit la chanson! La différence ne vaut pas une épingle.

ÉLISABETH

Si vous m’aimez pourtant : mais je ne peux le croire.

KOENIGSMARK

Parbleu ! qu’un autre vous en donne une meilleure preuve ! Trouvez-moi beaucoup d’amoureux au pied de la potence I

ÉLISABETH

Il est vrai...

KOENIGSMARK, riant.

Ah ! vous en convenez 1

ÉLISABETH

Il le faut bien, mais cela ne vous avance guères; moi je ne vous aime pas.

KOENIGSMARK

Tant mieux, vous me pleurerez moins.

C’est-à-dire que vous n’avez pas grande estime pour les femmes, n’est-il pas vrai ?

KeEMGSMARK.

Moi? je vuus jure...

ÉLISABETH

Vous avez peut-être raison, car vous avez dû plaire à beaucoup... Pas de modestie, ce n’est pas un compliment. Je ne vaux pas mieux qu’une autre, mais avec vous du moins j’aurai le mérite de la franchise Vous me plaisez; je vous offre la vie, le grade de colonel des gardes, et... peut-être... copiment disait donc madame de Villedieu?... un pieu d’estime I

KOËNIGSHARK.

Voilà un vilain peut-être.

ÉLISABETH

Je ne vous demande en retour que votre dévoùment. Acceptez- vous ?

KOEMGSMARK.

Parbleu!... Mon dévoùment commencera-t-il bientôt?

ÉLISABETH

Je vais le mettre à l’épreuve... Le duc va repasser par ici, avant de partir pour la chasse! Vous lui raconterez que son frère a été l’amant de la princesse avant son mariage, et qu’en mourant il lui a renvoyé son anneau de fiançailles... C’est à peu près la vérité; cela suffira pour... Le reste me regarde. Eh bien !

KOFNIGSMARK.

C’est parfaitement combiné. Vous êles une forte tête, mon ange. En sorte que pour ce petit mensonge, je serai sain et sauf, colonel des gardes et...

ÉLISABETH

Peut-être.

KOEMGSUARK.

C’est bien tentant. Mais voyez ma vertu, je refuse.

ÉLISABETH

Quoi I...

KOËNIGSHARK.

Vous êles pourtant bien belle 1 mais j’aime mieux être pendu que d’obtenir à ce prix... un peu d’estime... Voilà touti

ÉLISABETH

Ce n’esl pas sérieux, je pense.

’ KOENIOSMARK.

La pendaison? c’est la chose la plus sérieuse de la vie.

ÉLISABETH

b’inissez ce badinage.

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