SCÈNE XII
PLATEN, puis ÉLISABETH.
PLATEN
Morbleu ! voilà une sotte histoire!
ÉLISABETH, entrant on scène.
Que se passe-t-il donc?
Il se passe que voire Kœnigsmark a d’étranges amitiés, madame, que le docteur Rasimus n’est autre que Busche en personne, et qu’à l’iinilation de son noble ami il vient de sauter par cette fenêtre.
ÉLISABETH
Quoi c’était !...
PLATEN
Oui, Buschel — Il parait que le colonel a des secrets pour vous, madame. Vous a-t-il parlé du moins de certaine clef qu’il attendait, accompagnée de certaine lettre ?
ÉLISABETH
Que voulez-vous dire ?
• PLATEN
Tenez, madume, voici ce que je viens de Irouver entre les mains du page de la duchesse, 'n présente h Elisabeth nne petite clef et une lettre itécachetée.) Le pelil diable n'a Jamais voulu me dire pour qui était son message, et, par précaution, je l’ai l'ail mettre au cachot. Mais le contenu de la lettre dit assez, malgré la discrétion de l’enveloppe, à qui elle s’adresse. Lisez!... c’est charmant... et instructil'.
ELISABETH , prenant la lettre et lisant.
« Ami, je crois rêver encore, je vais être libre et je le serai par vous. Mainienant que tout est décidé, le temps me parait bien long; mais il était prudent d’attendre minuit. Je vous envoie la clef de la petite grille, vous trouverez la porte du pavillon enlr’ouverle! Est-ce que vraiment jo ne rêve pas?... Sophie. »
PLATEN
Il y a un post-scriptum.
ÉLISABETir.
« Comme je ne suis pas méchante, je souhaite qu'Alla h console madame la comtesse!... L’amour passe, mais la bague reste I »
PLATEN
Qu’en dites- vous?
ÉLISABETH, à elle-même.
.\h! le lâche!... le lâche I... ce n’est pas assez de me sacrifier à cette duchesse, il me livre à ses railleries! Et elle I... Oh! l'honnête femme!... Ede rit de cette bonne fortune de son amantl 11 va lui conter l’aventure, et elle ntl... Ainsi il me trompait, il mentait! et moi, aveugle, qui n’ai rien vu, rien deviné! Je pardonnais, j’aimais, et cela prêtait à rire ! Ah ! le misérable !
PLATEN
Que comptez-vous faire?
ÉLISABETH
Vous le demandez ? tout dire au duc. avoir un ordre de lui, ce soir, à l’instant même; les tuer tous les deux, lui sous les yeux de sa maitresse, elle sur le cadavre de son amant !
Mais vous ne pouvez pas montrer cette lettre à monseigneur !...
ÉLISABETH
Ah! c’est vrai!... Eh bien ! est-ce que ma parole ne suffit pas ?