‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 15 sur 65 · LA BEAUVAL · texte numérisé non relu

LA BEAUVAL

Voulez-vous savoir la vie aventureuse de cette comédienne? Elle naquit en Hollande, elle fut exposée à la porte d'une église. C'était l'hiver, une blanchisseuse la recueillit, lui donna son lait, son pain et sa gaieté. Filandre, chef d'une troupe vagabonde , adopta à son tour l'enfant anonyme. Il la produbit sur son théâtre, mais ne la garda pas longtemps. A peine fut-il en France, qu'un autre chef de troupe, Paphelin, enleva la jeune fille qu'il adopta pareillement. Il y avait dans la .troupe de Paphetin un moucheur de chandelles qui se donnait orgueilleusement le nom de sieur de Beauval. La jeune fille, déjà courtisée par les plus beaux et les plus riches , se passionna pour le moocheur de chandelles. Paphetin chassa Beauval et obtint de Parchevéque de Lyon , car cet événement mémorable se passait à Lyon , un ordre qui défendait à tous les curés de son diocèse de marier ces deux fous. Que fit la belle? Un dimanche elle s'habille en mariée et va à la messe, cachant sa couronne d'oranger sons une coiffe noire. Le curé prêchait : à peine eut-il cessé de parier, que mademoiselle Bourguignon déclara , en présence de Dieu et des hommes, qu'elle prenait Beauval pour son légitime époux. Beauval, jusque-là caché, monta sur un banc, et déclara qu'il prenait la demoiselle Bourguignon pour sa légitime épouse.

L*archevêqae conseilla à Paphelin de marier ces amoureux résolus, pour effacer un peu le scandale. L'aventure avait fait du bruit; Molière décida, sans Tavoir vue jouer, qu'il y avait là une comédienne. 11 obtint un ordre du roi pour la faire débuter sur son théâtre. 11 lui donna le rôle de Nicole dans le Bourgeois gentilhomme. Elle déplut au roi : « Elle n'est pas jolie, dit Molière à Louis XIV, mais elle joue bien. » Le roi ne fut pas convaincu, mais permit qu'elle fût du théâtre de Molière. Comme toujours, Molière avait eu raison. Madame Bcauval fut une de ces vaillantes soubrettes qui marquaient au vif leur physionomie; qui traversaient hardiment la pièce comme le génie familier de la raison : tète haute, allures décidées, fortes en gueule.

Regnard la mit en scène dans le prologue des Folies amou^ reuses,

.... II serait beau, ma foi, Qoe messieurs les auteurs nous donnasscut la loi !

Nul ne donna la loi à madame Beauval, ni les auteurs, ni le public, ni M. Beauval; je me trompe, mademoiselle Desmares arriva un soir au théâtre avec un ordre de Versailles qui l'appelait à jouer les rôles de la soubrette de Molière. » Eh bien , dit madame Beauval , je vais apprendre à lire à mes enfants. » Elle en avait vingt, aussi jamais maîtresse d'école n'eut une plus rude tâche. Ses bonnes amies dirent tout haut qu'elle se vantait beaucoup en disant qu'elle apprendrait à lire à ses enfants, puisqu' elle-même n'avait jamais su lire. Ce n'est pas Molière qui lui eût mis une grammaire dans la main.

Que devint cette belle lignée? On n'a eu de nouvelles que d'une des flUes, celle qui épousa Beaubourg.

MADEMOISELLE BEJART.

C'était la sœur de la Béjart, qui donna à Molière une femme et au théâtre une grande coquette. Geneviève Béjart fut de la troupe du Palais-Royal et de la troupe de Guénégaud. Comme elle n'avait pas de talent, elle n'eut pas d'emploi et joua tous les rôles ,

pareille â son mari , Baptiste Aabry, maître paveur et poète tragique, qui fit représenter un DéméCrhu et un AgatkocU, avec autant de fierté que sHl eût écrit le Cid et PolyeueU. Aussi à la représentation de Déméirhu, ou d" AgaiAoele , car rhistoîre n*est pas fixée sur ce point important , un malin du parterre cria qa*0D voyait bien que Fautear n'avait pas travaillé à son grès,

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