LA DE BRIE
Quand Molière devint amoureux de la Duparc, il jugea que le plus sûr chemin pour arriver à elle, c'était de passer par la De Brie. Molière était un philosophe qui savait que c'est par la jalousie , presque toujours , que Ton prend le cœur des femmes.
Cette comédienne avait la beauté et la grAce. Mais son vrai charme était un certain air de jeunesse qu'elle conserva si longtemps , je parle sur la foi des contemporains , qu'à cinquante ans elle jouait encore l'Agnès de l'Ecole des femmes avec toute la fraîche candeur de la seizième année. Ces vers témoignent que le temps a passé près d'elle sans la marquer de ses ailes jalouses :
Il faut quelle ait été charmante.
Puisque aujourd'hui, malgré ses ans, A peine des attraits naissants Egalent sa beauté mourante.
Elle créa les rôles d'Antigone dans la Thihaide, de la Bohémienne dans le Mariage forci, de Cynthie dans la Princesse d'Élide, d'Élianthe dans le Misanthrope, de A|arianne dans Tartuffe, enGn d'Agnès dans l'Ecole des femmes, son plus beau triomphe, puisque Molière put s'écrier à la fin de la pièce : a Vous éles de moitié dans ma comédie. »
Déjà elle était de moitié dans sa vie , sans doute elle fut de moitié dans les droits d'auteur.
Elle joua les reines et les caractères, mais on jugea qu'elle était née vieille, singulier contraste à madame De Brie, qui mourut jeune fort vieille.
C'était la petite-fille du célèbre Baron; elle débuta sous les yeux de son aïeul en 1729, par le rôle de Céiimcne. Baron
décida que madame Molière elle-même n'avait pas plus fièrement soulevé son éventail. Mais ce fut comme un soleil levant bientôt couvert de nuées ; après avoir ébloui tout le monde , elle disparut pendant six ans, sans qu'on sût où elle était allée. — L* Amour le savait sans doute. Quand elle fit sa rentrée , le prestige s'était évanoui , elle eût beau dire : C'est moi, on ne voulut plus la reconnaître.