‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 25 sur 65 · MADAME DROUIN · texte numérisé non relu

MADAME DROUIN

C'était une gaillarde : elle joua tous les emplois , Chimène comme madame Patin ; elle joua surtout les caractères, \ulle ne posait plus magistralement le poing sur la hanche. A la rentrée de 1763 elle voulait elle-même prononcer le compliment. « Et pourquoi, disait-elle, les femmes ne harangueraient-elles pas aussi bien que les hommes? Apprenez, monsieur Dauberval, que je ne resterai pas court. J'ai en poche un compliment qui vaut beaucoup mieux que tous ceux que vous pourrez faire. ^

Dauberval voulut défendre son droit, mais conune elle n'en voulait pas démordre, il fallut que le gentilhomme ordinaire intervint. 11 fut décidé que Dauberval prendrait la parole, mais pour prononcer le compliment de madame Drouin.

Mademoiselle Clairon lui rima ces couplets dans le grand style :

Au temple glissant des hasards , Tant qu'a duré notre voyage , Tu me pardonnas mes écarts, Je te pardonnai d'être sage.

Contente d'un peu plus que rien , Et fiére de ton esclavage , Tu cherchas le suprême bien Dans ton âme et dans ton ménage.

Moi, condamnée à plus d* éclat, A Tamour, au faste , au tapage , Je n*ai vu dans mon célibat Que les tourbillons de T orage.

Je laisse la parole à mademoiselle Clairon : « Mademokellc Dubois était béte et pour le moins aussi coquine ; mais elle faisait le bonheur de tous les gentibhommes de la chambre, n Est-ce pour cela que mademoiselle Dubois fit cette rapide fortune qui défwssa celle de toutes les actrices du temps de Louis XV? Mademoiselle Clairon continue : « 11 n'est point de peine que je ne me sois donnée pour former mademoiselle Dubois : hélas! je n*eu ai pu faire que mon singe! Son début donnait les plus grandes espérances, parce que j'étais derrière le rideau. »

Dorât a une autre opinion de mademoiselle Dubois :

toi , dont les attraits embellissent la scène , Toi que l'Amour jaloux dispute à Melpomène, Séduisante Dubois, répohds à nos désirs.

C'est asseï sommeiller dans le sein des plaisirs; Ose enfin te placer an rang de tes modèles ; La gloire te sourit et te promet des ailes.

Ose, et prenant ton vol vers l'immortalité.

Fixe par le talent l'éclair de la beauté.

Mais Dorât n'était pas seulement le poète , mais l'amant de mademoiselle Dubois.

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