‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 32 sur 65 · LA BELLE HORTENSE · texte numérisé non relu

LA BELLE HORTENSE

Elle s'appelait Marie-Hortense de Grandval ; elle avait épousé Charles Dangeville ; elle doubla dans sa jeunesse la Duclos et la Desmares. Belle encore, elle voulut bien prendre Tcmploi des Gâraclëres , où elle excella. Mais pour la consoler, on lui donnait çà et là des rôles qui portaient moins de rides. Ainsi, après un quart de siècle de théâtre , elle joua Vénus dans le prologue du Ptutorfido.

Elle resta au théâtre de 1700 ou 1701 jusqu'en 1739. Elle vécut encore trente ans dans la retraite, et mourut le 4 juillet 1769.

MADEMOISELLE HLSS.

Elle joua beaucoup la comédie dans le monde galant, et un peu la tragédie au Théâtre-Français, où les spectateurs furent toujours fort divisés à son endroit. Ceux qui jouaient avec elle dans le monde la comédie galante la trouvaient sublime; les autres la trouvaient mauvaise.

Ce fut la mère de mademoiselle Huss , un bas bleu troué » qui donnant une pièce à la Comédie , tenta de prendre le public par ces quatre vers , dont le dernier est célèbre :

Par de longs compliments on vient poor vous séduire , El poor mendier un soccét; Je n*ai que deux mois à vous dire :

L'auteur est femme et vous êtes Français.

Servante de Molière et soubrette de Marivaux, d'une gaieté franche et spirituelle, elle mérita que le pîndariqoe Lebrun gravât ces deux vers sur son tombeau :

Eteinte dans sa fleur, cette actrice accomplie Pour la première fois a fait pleurer Thalie.

Griinm la salua ainsi à son premier pas : « Après tant de débuts que nous avons cru devoir passer sous silence, en voici un enfin qui nous laisse concevoir d*assez belles espérances, c'est celui de la demoiselle Joly, qui a joué, pour la première fois, sur le théâtre de la Comédie française, le mardi l"" mai 1781, le rôle de Dorine dans le Tartuffe, depuis celui de Lisette dans la Mélromanie, et de suite les principaux rôles de soubrette. C'est une enfant de la Comédie : elle a été élevée sur les planches de ce théâtre , où elle a rempli souvent le rôle de Joas et quelques autres rôles du même âge; elle y a dansé aussi plusieurs années. Sa figure, sans être régulièrement jolie, est pleine de vivacité et d'expression, et si cette expression n'était pas quelquefois un peu exagérée , sa physionomie y gagnerait encore plus d'agrément et de finesse. »

En septembre 1793, elle était passée dans les prisons avec la Comédie française. Quoique déjà malade de la poitrine, elle garda sa gaieté et montra au geôlier le rire de Dorine et l'esprit de Lisette.

Elle reparut au théâtre, mais elle mourut bientôt. Selon Lemazurier, elle fut universellement regrettée, a Plusieurs hommes de lettres s'empressèrent de répandre des fleurs sur sa tombe, placée , en conformité de ses dernières volontés , sur une colline appelée la Rochc-Saint-Quentin , à deux lieues de Falaise, eti laquelle on a donné depuis le nom de Mont-Joly. »

Nous voulons bien accorder quelque créance à ce grave historien , mais nous doutons que les hommes de lettres aient pris la poste pour aller « répandre des fleurs sur sa tombe » du côté de Falaise.

MADEMOISELLE JOUVENOT.

Le Mercure de France, qui était un oracle, décida à ses débuts que ce serait la plus sublime Camille et la plus belle Phèdre de la scène française. Mais elle tomba dans les confidentes et ne justifia pas l'oracle.

Celle-là aussi passa de rOpéra à la Comédie pour y jouer les amoureuses. Elle ne créa guère qu'un rôle, celui de la Vertu dans une comédie héroïque. Ce jour-là mademoiselle Gaussin jouait Vénus, mademoiselle Dangeville Cupidon, mademoiselle Desbrosses Minerve, mademoiselle Lamotte la Vérité. Les chroniqueurs du temps ne disent pas si mademoiselle Labat jouait la Vertu comme un rôle de son emploi.

Je viens de dire que mademoiselle Lamotte jouait la Vérité, elle en avait sans doute la figure, car aux répétitions de l'Oracle, Saint-Foix lui retira le rôle de la fée : « J*ai besoin d'une fée et non pas d*une sorcière, r dit-il en lui arrachant sa baguette. Elle voulut argumenter, mais Saint-Foix lui cria à tue-tête : tt Vous n*avez pas de voix ici , nous sommes au théâtre et non au sabbat. »

Page 1