ALICE, FREDY
ALICE
Dans ma maison je ne veux pas Un seul visage antipathiqu', C'est la, chez mon tres cher papa, Le plus enracine des tics.
FREDY
Ne vous genez pas, je vous prie, Le precede n'est pas banal !
Je me soumets, sans tricherie, A votre examen integral.
(II salue militairement et se place droit devant elle.) ALICE
Defac'?
(Elle le regarde.)
Pas trop mal.
FREDY
ga me flatf !
ALICE
(Meme jeu.)
Suffisant !
^a m'epat' !
La taille est bien, c'est evident.
Et j'ai garde toutes mes dents,
(II les montre.) ALICE
Caractere ?
Profil?
FREDY
Ce n'est pas a moi De vous le reveler, je crois.
ALICE
Q.u'importe, je puis le connaitre a fond. On ne me troinpe pas, non ! non !
(Elle le regarde de tres pres.)
Volontaire, ga s' devine, Tres amoureux du nouveau.
Rien qu'a voir ton nez, ta mine, Je connais ce que tu vaux.
Vers son but droit s'achemine, Ne craint pas les durs travaux.
Oui. voila ce qu'on pent lire dans vos yeux Audacieux...
FREDY
Et voila ce qu'on pent lire dans mes yeux Audacieux...
ALICE
En les r'gardant. Ton pense Plus d' choses qu'on n'en dit...
Que votre complaisance M'explique un pen ceci.
ALICE, entre ses dents
Hum ! Hum ! lalala, la la !
Pantomime
FREDY
Chez celle qui sera mon chef
II ne me faut pas
Voir trop d'appas.
Car je pourrais bien, de ce chef^ Commettre nombre d'erratas.
ALICE
Voyez done s'il vous est possible En ma presence travailler.
Car il vous faut rester La nuit, le jour, impassible A mes cotes !
FREDY De fac' ?
(11 la regarde.)
Sans grace,
ALICE, A^exee
C'est parfait.
{II la regarded
FREDY Profil?
Hommasse !
ALICE, pointue
Quel succes !
Ma taille, assurement deplait, Mes dents ne sont pas au complet.
•-(Elle les montre.)
FREDY
Caractere ?
ALICE
Ce n'est pas a moi De vous le reveler, je crois !
FREDY, rexaniinant
Je vols, du premier coup, ccci :
L'amour n'a rien a faire ici, Dieu merci! Dieu merci
4Jl la regarde de tr^s pres.)
Volontaire, tyrannique, Tres infatue' de soi, Comme un homme colerique...
Done, rien a craindre pour moi.
De la coquett'ri' cynique Manquant du « Je ne sais quoi »
Oui, voila ce qu'on peut lire dans vos yeux Trop orgueilleux !
ALICE
Et voila ce qu'on peut lire dans mes yeux Trop orgueilleux ! •
FREDY En les r'gardant Ton pense Plus d' choses qu'on n'en dit...
ALICE
Que votre complaisance
M'explique un peu ceci.
etc.
■ ALICE Alors, je n'ai pas le bonheur de vous plaire ?
FREDY
Non. Et je m'en rejouis. Puisque vous serez mon chef, et qu'il faudra vous coudoyer sans cesse, il me plait que vous me deplaisiez. et que vous ne soyez pas mon type.
ALICE, pincee
Et peut-on vous demander quel est, au juste, votre type ?
FREDY, tres detache
A vrai dire, en fait de femmes, je n'estimais jusqu'ici que les grues. Mais j'en suis las, et je me sens porte a present vers les jeunes fiUes. (Gesie d'Alice.) Je parle des vraies. Par malheur, elles sont rares, et je n'en ai pas encore vu une seule qui m'agree.
(Alice va pour repondre, lorsque la sonnerie du telephone relentit. EUe court au bureau, decroche le recepteur.)
ALICE, au telephone
Non, quoi? Monsieur Tom Couder arrive? Bon, recevez-le dans le hall; je vais prevenir papa.
(Elle va vers le fond, sans plus faire attention a Fredy.) FREDY, I'arretant
Pardon? Quand dois-je prendre mon service?
ALICE, sechement
Tout de suite. Je vais vous installer. Suivez-moi.
FREDY
A la bonne heure. Voila le vrai ton de commandement. II faut qu'un chef soit toujours insupportable.
ALICE, se deridant un peu
Vous me prenez done pour un monstre ?
FREDY repond par le refrain du duo
Hum ! Hum ! la la !
N" 4 his de la Partilion (Us sortenl lentement, par le fond a droite.)
Chancre me Jit a vue
DEUXifiME TABLEAU
Le Hall de Thotel Couder.
Au fond^ a gauche, escalier praticable. — A gauche, deuxieme plan, grande porte.
Au lever du rideau, la domesticite est groupee sur les marches de I'escalier.
Olga entre par le fond, suivie de Tom et de Dick. Tous trois en costume de voyage excentrique. Des domestiques les accompagnent, porteurs des bagages a main.