LIVRE
*ophanes le Gramrriairien * n'y entendait rien, de reprendre en Epicurus la simplicité de ses mots, et la tin de son art oratoire, qui était perspicuité^ de langage seulement. L'imitation du parler, par sa facilité, suit^ incontinent tout un peuple : l'imitation du juger, de l'inventer ne va pas si vite. La plupart des lecteurs, pour avoir trouvé une pareille robe, pensent très-faussement tenir un pareil corps. La force et les nerfs ne s'empruntent point; les atours let le manteau s'empruntent. La plupart de ceux qur me hantent parlent de même les Essais^, mais je ne sais s'ils pensent de même. Les Athéniens, dit Platon, ont pour leur part le soin de l'abondance et élégance du parler; les Lacédémoniens, de la brièveté, et ceux de Crète, de la fécondité des conceptions plus que du langage : ceux-ci sont les meilleurs^. Zenon disait qu'il avait deux sortes de disciples : les uns qu'il nommait 9tXoX6youç, curieux d'apprendre les choses, qui étaient ses mignons; les XoyoçîXouç, qui n'avaient soin que du langage. Ce n'est pas à dire que ce ne soit une belle et bonne chose que le bien dire; mais non pas si bonne qu'on la fait; et suis dépit® de quoi notre vie s'embesogne^ toute à cela. Je voudrais premièrement bien savoir ma langue, et celle de mes voisins où j'ai plus ordinaire commerce.
C'est un bel et grand agencement sans doute que le grec et latin, mais on l'achète trop cher. Je dirai ici une façon d'en avoir meilleur marché que de coutume, qui a été essayée en moi-même : s'en servira qui voudra. Feu mon père, ayant fait toutes les recherches ({u'homme peut faire, parmi les gens savants et d'entendement, d'une
1. Aristophane de Byzance, grammairien alexandrin (ii* s. av.
J.--(J.)i tit faire de grands progrès à la critique des textes homériques.