‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 150 sur 479 · Oui d«Hournerait le peuple de (sens étymolo^'^ique · texte numérisé non relu

Oui d«Hournerait le peuple de (sens étymolo^'^ique

8. Ces souvenirs personnels et cette profession de toi sur l'innocuité' du théâtre (jusqu'à Pour revenir à mon j)7'(}fH)s) sont une add. de 1588, les dernières U't (jn'nu.r villes... occultes) de 1595.

Voltaire, qvù défendait la même thèse, eu a transcrit toute la lin dans ki préface de ÏEcussdise.

92 MO>'TAIGNE.

Pour revenir à mon propos, il n'y a tel que d'allécher l'appétit et l'atrection : autrement on ne fait que des ânes chargés de livres; on leur donne à coups de fouet en garde leur pochette pleine de science; laquelle, pour bien faire, il ne faut pas seulement loger chez soi, il 1 faut épouser. (Chap. XXV)

La ((Servitude volontaire » de La Boétie*,

C'est un discours auquel il donna nom la Servitude VOLONTAIRE : mais ceux qui l'ont ignoré l'ont bien proprement depuis rebaptisé le Contre un. Il l'écrivit par manière d'essai en sa première jeunesse 2, à l'honneur de

1. Etienne de La Boétie naquit à Sarlat le 1" novembre 1550; orphelin de bonne heure, il fut élevé sous la direction de son oncle, Nicolas Gaddi, évéque de Sarlat, prélat remarquable et épris du culte de l'antiquité; tout ensuivant les cours de droit de la célèbre école d'Orléans, où il eut.pour maître Anne Dubourg, il se plongeait dans l'étude des auteurs classiques et écrivait des vei's grecs, latins et français. C'està cette époque que, selon Montaigne, il aurait composé le Cotitr'un; mais l'ouvrage fut certainement remanié plus tard, soit par lui-même, soit par les éditeurs, car il y est question de Ronsard, de Baif ot de Du Bellay en des termes (jui seraient inexplicables à cette époque.

Pourvu très-jeune (20janvier 1555) d'une charge de conseiller au Parlement de Bordeaux, il fut chargé d'nnportantes missions en Agenais (15()l-4), où sévissait la guerre civile; il s'y distingua par sa prudence, sa modération et son impartialité. Il fut enlevé, à l'iige de trente-trois ans, par une attaque de dysenterie (18 août 1565).

Montaigne, qui le connaissait depuis 1557, conserva toute sa vie un véritable culte pour la mémoirt»

de cet ami unique, si tôt enlevé à son atfection et (jui la méritait si bien. Les œuvres fraïu^aises de La Boétie ont été réim|)rimées de nos jours par P. Fougère (1846) et par

M. P. Bonnefon (189^2). Ce dernier les a fait précéder d'une excellente étude biographique.

2. Montaigne avait d'abord écrit (1580-8) : %i'aijant jxis atteint le dix- huitième an de so7i âge, et un peu plus loin il dira : Oi/ons un peu j)atier ce garçon de seize ans\ mais diverses pages du Contr'uii témoignent d'une maturité d'esprit et de style inconciliable avec cette affirmation. Montaigne aura à dessein rajeuni l'auteur pour diminuer la portée de l'œuvre. Aujourd'hui encore le fond de la pensée de La Boétie reste une énigme : il y a en elVet contradiction absolue entre sa vie, qui fut celle de l'homme le plus nu^déré, le plus conciliant, le plus attaché a son prince, et son pamphlet, où souille un vent de révolution, presque d'anarchie, et dont la conclusion logique serait le régicide (dont l'apologie est du reste fornu^llement présentée). Qu'il n'y ait là qu'une « exercilation d'écolier », c'est ce que Montaigne ne nous persuadera pas aisément :

n'avoue-t-il pas lui-même, peu soucieux de la contradiction, que La Boétie w était assez consciencieux pour ne mentir pas, même en se jouant »? Le plus vraisemblable est que La Boelie exprimait fort sérieusement des idée^dangereuses, médiocrement mûries du reste, et simple écho de ses lectures. C'était une sorte « d'utopie »

MONTAIGNE

la liberté contre les tyrans. Il court piéça* es mains des gens d'entendement, non sans bien grande et méritée recommandation, car il est gentil et plein ce qu'il est possible*; si y a-il bien à dire que ce ne soit le mieux qu'il pût faire 5 : et si, en l'âge que je l'ai connu, plus avancé, il eût pris un tel dessein que le mien, démettre par écrit ses fantaisies, nous verrions plusieurs choses rares, et qui nous approcheraient bien près de l'honneur dej'antiquité; car notamment en cette partie des dons de nature je n'en connais point qui lui soit comparable. Mais il n'est demeuré de lui que ce discours, encore pai rencontre (et crois qu'il ne le vit onques depuis qu'il lui échappa), et quelques Mémoires sur cet édit de janvier*, fameux par nos guerres civiles, qui trouveront encore ailleurs peut-être leur place ^. C'est tout ce que j'ai pu retrouver de ses reliques (moi qu'il laissa, d'une si amoureuse recommandation," la mort entre les dents, par son testament, héritier de sa bibliothèque et de ses papiers), outre le livret de ses œuvres, que j'ai fait mettre en lumière 6. Et si suis obligé particulièrement à cette pièce, d'autant qu'elle a servi de moyen ^ à notre première accointance ; car elle me fut montrée longue

à laqueHe il ne prétendait point sacrifier son repos et la sûreté de l'Etat. Mais le jour vint où les protestants entendirent se servir de cette arme, que l'auteur luimême avait voulu laisser au four-

Montaii?ne

reau; c est alors que refusa de se taire leur complice en l'imprimant de nouveau et usa de toute son habileté pour en atténuer la signification. Ce souci est très sensible dans toute la fin de notre Extrait.

1. Cf. p.ll.n.l.La première édition du Contr'un (incomplète) est de 157i (dans le Réveil-matin des Fî^ançais): il y en eut une seconde en 1576 (dans les Mémoires de Vétat de France sous Charles IX par Simon Goulardj.

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