‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 274 sur 479 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

La première loi que Dieu donna jamais à l'homme, ce l'ut une loi de pure obéissance : ce fui un commandement, im et simple, où l'homme n'eut rien à connaître et à causer*, d'autant que^ l'obéir est le propre office d'une àme raisonnable, reconnaissant un céleste, supérieur et bienfacteur^. De l'obéir et céder nait toute autre vertu, comme du cuider^, tout péché. Et au rebours, la première tentation qui vint à l'humaine nature de la part du diable, sa première poison^, s'insinua en nous par les promesses qu'il nous fit de science et de connaissance, Eritis sicut d'à, scientes bonum et malum^. Voilà pourquoi l'ignorance nous est tant recommandée par notre religion, comme pièce propre^ à la créance et à l'obéissance.... *

Oui démeul^ l'àme, qui la jette plus coutumièrement à la manie^ que sa promptitude, sa pointe*^, son agilité, et enfin sa force propre? De quoi se fait la plus subtile folie que de la plus subtile sagesse? Comme des grandes amitiés naissent des grandes inimitiés, des santés vigoureuses les mortelles maladies : ainsi des rares et vives agitations de nos âmes les plus excellentes manies** et plus détraquées; il n'y a qu'un demitour de cheville à passer de l'un à l'autre. Aux actions des hommes insensés, nous voyons combien proprement

I. Var. : niisonner (1580-8).' — Cdusi'r {chose?' est la forme ancienne et populaire de ce inotj, discuter.

"2. lyautaut qi/e... péchés add.

de 1;)95: FA nu rebours... obcissfince, de 1588.

7). Forme savante de bienfaiteur.

-i. Cf. -p. 179, n. 8.

5. Poison M-'U' féminin jusipi'au xvii" siècle (d'apiès le lai. polit)nem) et l'est encore aujourd'hui dajis la plupart des patois.

(). u Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. »

{Geïièse, 111, 5.)

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