‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 292 sur 479 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

etdecire, allongeable, ployable et accommodable à tout biais et à toutes mesures : il ne reste que la suftîsance de le savoir contourner.... Moi qui m'épie de plus près, qui ai les yeux incessannnent tendus sur moi, comme celui qui* n'a pas fort à iaii^e ailleurs,

Quis sub Arcto Rex gelida? nietuatur or^e, Qiiid Tiridatem terreat, iinicè SecLiriis-,

à peine oserais-je dire la vanité et la faiblesse que je trouve chez moi. J'ai le pied si instable et si mal assis^, je le trouve si aisé à crouler*, et si prêt au branle^, et ma vue si déréglée, qu'à jeun je me sens autre qu'après le repas : si ma santé me rit et la clarté d'un beau jour, me voilà honnête honnne^ : si j'ai un cor" qui me presse l'orteil, me voilà renfrogné, mal plaisant et inaccessible. Un même pas^ de cheval me semble tantôt rude, tantôt aisé; et même chemin à cette heure plus court, une autre fois plus long: et une même forme ores^ plus, ores moins agréable. Maintenant je suis à tout faire, maintenant à rien faire *o : ce qui m'est plaisir à cette heure me sera quelquefois peine. 11 se fait** mille agitations indiscrètes et casuelles** chez moi: ou l'humeur mélancolique me tient, ou la colérique*^ et, de son autorité privée, à cette heure le chagrin prédomine

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