‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 294 sur 479 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

noire sens froid et reposé. Vous récitez simplement une cause à Tavocat, il vous y répond chancelant et douteux; vous sentez qu'il lui est indifférent de prendre à soutenir l'mi ou l'autre parti : l'avez-vous bien payé pour y mordre et pour s'en formaliser*, connjience-il d'en être intéressé, y a-il écliautTé sa volonté? Sa raison et sa science s'y échauffent quand et quand : voilà une appareute et indubitable vérité, qui se présente à son entendement; il y découvre une toute nouvelle lumière, et le croit à bon escient, et se le persuade ainsi. Voire* je ne sais si l'ardeur qui navt du dépit et de l'obstination, à rencontre de l'impression et violence du magistrat^ et du danger, ou l'intérêt de la réputation* n'ont envoyé tel honuue soutenir jusques au feu l'opinion pour laquelle, entre ses amis et en liberté, il n'eût pas voulu s'échauder le bout du doigt....

Ouant à l'erreur et incertitude de l'opération des sens, chacun s'en peut fournir autant d'exemples qu^l lui |)laira.... Il n'est cœur si mol que le son de nos tabourins et de nos trompettes n'échauffe, ni si dur que la douceur de la nuisique n'éveille et ne chatouille; ni âme si revèche qui ne se sente touchée de quelque révérence, à considérer celte vaslité sond)i'e de nos églises, la diversité d'ornements et ordre de nos cérémonies, et ouïr le son dévot ieux^ de nos orgues et l'harmonie si posée ^ et religieuse de nos voix. Ceux même qui y entrent avec mépris sentent quelque frisson dans le cœur et quelque horreur"^ qui les met en défiance de leur opi-

1. Ce iiu)t, qui aitparait au xvi* siècle, a si|,^nili«'' d'al)ord prendre fait et cause pour ou contre, puis jiremlre fait et cause contre, et enfin solTenser.

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