‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 307 sur 479 · LIVRE ÎI · texte numérisé non relu

LIVRE ÎI

tretenir les premiers venus et tenir en haleine toute une troupe, ou amuser, sans se lasser, l'oreille d'un prince de toute sorte de propos ; la matière ne leur faillant janjais, pour cette grâce cpi'ils ont de savoir employer la première venue et l'accommoder à l'humeur et portée de ceux à qui ils ont affaire. Les princes n'aiment guère les discours fermes, ni moi à faire des contes*. Les raisons premières et plus aisées, qui sont communément les mieux prises^, je ne sais pas les employer : mauvais prêcheur de commune"'. De toule matière, je dis volontiers les plus extrêmes choses^ que j'en sais....

Au demeurant, mon langage n'a rien de facile et fluide; il est àpre^, ayant ses dispositions libres et déréglées; et me plaît ainsi, sinon par mon jugement, par mon inclination^: mais je sens bien que parfois je m'y laisse trop aller, et qu'à force de vouloir éviter l'art et Taffectation, j'y retombe d'une autre part ;

Brevis esse laboro,

Obscurus llo

Platon 8 dit qne le long ou le court ne sont propriétés qui (MenI ni qui donnent prix au langage. Quand j'entreprendrais de suivre cet autre style é(iual)le'\ uni et ordonné, je n'y saiu*ais advenir: et encore (pie les cou-

1. Cette pro|)()silit)n nimKjucru UiSO. En ivvaMch(\ loSO et S8 .ijeutent : O (luc j'ai à dire, je le (lis toujours de toute nui forer.

2. C.-à-d. le plus facilenient aco»*|)tées, connue Tindique la variante reçues (1580-8).

o. C.-à-(l. qui se ferait mal entendre du commun. Ces mots {mnu rais... feu sais) sont une add.

de l'iOo.

i. Les plus importantes, et je le dis à brûle pourpoint, sans me ))rcoccupei' de les amener, ni de

l«'.s d<''v»^lop|)rr.

5. Var. I.')S(^ : Mou lauffocje u'a rien (le (htu.r et fluide ( loSS : de faeile et fluide) ; // est see et épiueux (15SS : il est âpre).

C). Cette incidente [siuou...) est une add. de ir>î)o.

7. « Je m'elForce d'être bref et je deviens obscur. » (Horace, .4/7 poéf., 2\)

8. Cette pbrnse, où Mojitai<ine s'excuse \^ïi all(''',aianl Platon, est une add. de \o^^o.

y. Égal; ce mot aj. Vj\}o.

MONTAIGNE

pures et cadences de Salluste reviennent plus à mon humeur, si est-ce que je trouve César et plus grand et moins aisé à représenter^ ; et si- mon inclination me porte plus à l'imitation du parler de Sénèque, je ne laisse pas d'estimer davantage celui de Plutarque. Comme à faire, à dire aussi 5, je suis tout simplement ma l'orme naturelle : d'où c'est, à l'aventure, que je puis plus à parler qu'à écrire^. Le mouvement et action animent les paroles, notamment à ceux qui se remuent brusquement, comme jetais, et qui s'écliaufl'ent^ : le port, le visage, la voix, la robe, Tassiette peuvent donner quelque prix aux choses qui d'elles-mènjes nen ont guère, comme le babil....

Mon langage français ^ est altéré, et en la prononciation et ailleurs -, par la bnrbarie de mon cru : je ne vis jamais homme des contrées de deçà^ qui ne sentît bien évidemment son ramage et qui ne .blessât les oreilles qui sont pures françaises. Si n'est-ce pas pour être fort entendu en mon périgourdin : car je n'en ai' non plus d'usage que de l'allemand, et ne m'en chaut guère ; c'est ^ un langage ( comme sont autour de moi, d'une bande et d'autre, le poitevin, saintongeais, angoumoisin, limousin, auvergnat), brode *^, traînant, éfoiré^ Ml y

cl hémcnce, comme je fais, et qui s échauffent aisément (1588 : notamment à ceux qui se remuent Orus(jue?nent, cufnme je fais, et qui s'échauffent).

6. Var. : Je ne sais parte?' que la la )i que française, encore estelle altérée {imO),

7. C.-à-d. par ex. dans la syntaxe, ou remploi de certains mots.

8. En deçà de la Charente, qui sépare à peu près, en cette ré^non, le domaine de la langue d'oïl de celui de la langue doc.

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