Montaigne exagère, puisqu'il
avait été 'en Allemagne jusqu'à
Munich, en Italie jusqu'à Rome.
S'il faut désirer mourir au milieu des siens.
Si je craignais de mourir en autre lieu* que celui de ma naissance, si je pensais mourir moins à inon aise, éloigné des rniens; à peine sortirais-je hors de France : je ne sortirais pas sans efTroi hors de ma paroisse; je sens la mort qui me pince continuellement la gorge ou les reins. Mais je suis autrement fait; elle m'est une partout. Si toutefois j'avais à choisir, ce serait, ce crois-je, plutôt à cheval que dans un lit; hors de ma maison et loin des miens. 11 y a plus de crèvecœur que cle consolation à prendre congé de ses amis; j'oublie volontiers ce devoir de notre entregent- : car des offices de l'amitié, celui-là est le seul déplaisant; et oublierais ainsi volontiers à dire ce grand et éternel adieu. S'il se tire quelque commodité de cette assistance, il s'en tire cent incommodités. J'ai vu plusieurs, mourant bien piteusement, assiégés de tout ce train: cette presse les étoulTe. C'est contre le devoir, et est témoignage do peu d'aflection et de peu de soin, de vous laisser mourir en repos: l'un tourmente vos yeux, l'autre vos oreilles, l'autre la bouche ; il n'y a sens ni membre qu'on ne vous fracasse. Le cœur vous serre de pitié d'ouïr les plaintes des amis, et de dépit, à l'aventure, <l'omr d'autres plaintes feintes et masipiées. Oui a toujours eu le goût tendre» aifaibli, il l'a encore plus : il hii faut, en une si grandi^ nécessité, une main douce et acconnnodée à son sentiment, pour le gratter jusiement où il lui cuit; ou qu'on ne le gratte point d\i tout. Si nous avons besoin de sagefemme, à nous mettre au monde, nous avons bien besoin d'un honnne encore plus sage à nous on tirer^. Tel, et