‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 418 sur 479 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

cités à cela, et l'honneur de sa mémoire, je leur ajoutai bien clairement que je serais très-marri que chose quelconque fît autant d'impression en ma volonté, comme avaient fait autrefois en la sienne leurs atfaires, et leur ville, pendant qu'il l'avait en gouvernement, en ce lieu même auquel ils m'avaient appelé. Il me souvenait de l'avoir vu vieil, en mon enfance, Tame cruellement agitée de cette tracasserie publique, oubliant le doux air de sa maison, où la faiblesse des ans l'avait attaché longtemps avant, et son ménage et sa santé; et méprisant, certes, sa vie, qu'il y cuida perdre", engagé pour eux à des longs et pénibles voyages. Il était tel; et lui partait cette humeur d'une grande bonté de nature ; il ne fut jamais âme plus charitable et populaire-. Ce train, que je loue en autrui, je n'aime point à le suivre; et ne suis pas sans excuse...

Je ne veux pas qu'on refuse, aux charges qu'on prend, l'attention, les pas, les paroles, et la sueur et le sang

au besoin :

Non ipse pro caris amicis Aut patria, tiinidus perire^,

mais c'est par emprunt, et accidentellement, l'esprit se tenant toujours en repos et en santé; non pas sans action, mais sans vexation*, sans passion. L'agir simplement lui coûte si peu, qu'en dormant même il agit : mais il lui faut donner le branle avec discrétion ; car le corps reçoit les charges (ju'on lui met sus, justement selon qu'elles sont; l'esprit les étend et les appesaulit souvent à ses dépens, leur donnant la mesure que bon lui semble. On fait pareilles choses avec divers elTorls et ditférente contention de volonté; l'un va bien sans l'autre 5 : car combien de gens se hasardent tous les

1. Qu'il faillit y perdpe. iNous dirions encore « qu'il pensa y peidre ».

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