LIVRE ÏII
notre rôle, mais comme rôle d'mi personnage emprmité; du masque et de l'apparence, il n'en faut pas faire une essence réelle, ni de l'étranger, le propre : nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise ; c'est assez de s'enfariner le visage sans s'enfariner la poitrine*. J'en vois qui se transforment et se transsubstancient en autant de nouvelles figures et de nouveaux êtres qu'ils entreprennent de charges, et qui se prélatent- jusques au foie et aux intestins, et entrainent leuroflice jusques en leur garde-robe : je ne puis leur apprendre à distinguer les bonnetades^ qui les regardent de celles qui regardent leur commission, ou leur suite, ou leur mule; tantum se foriunce permittanty etiam ut naturam cledisccint^ : ils enilent et grossissent leur ame et leur discours naturel^, selon^ la hauteur de leur sijège magistral. Le maire et Montaigne ont toujours été deux, d'une séparation bien claire. Pour être avocat ou linancier, il n'en faut pas méconnaître la fourbe qu'il y a en telles vacations: un honnête honnne n'est pas comptable du vice ou sottise de son métier, et ne doit pourtant en refuser l'exercice; c'est l'usage de son pays, et il y a du prolits il faut vivre du monde, et s'en prévaloir^, tel qu'on le trouve. Mais le jugement d'un empereur doit être audessus de son empire, et le voir et considérer connue accident étranger: et lui doit savoir jouir de soi à part.
conservé par Jean do Sali>l)urv, Polycraticiis, 111. 81.)
1. C.-à-cl. le cœur, les sentiments. On sait «jiie les bou(Tons se couvraient le visage de farine.
.ette proposition est une adil..
de 15Jo.
2. Se t'ont prélats; ce joli mot, dont le sens dilTère de celui de se prr lasser^ a été formé par Montaigne.
3. Coup de chapeau, mot espagnol (bonetada, de bonrte)^ qui .l'était oi^cliniaté au wi" s. dans quelques dialectes méridionar
4. K Ils s'abandonnent tellement A leur condition qu'ils en oublient leur naiure. » (Quinte Curce, Ul, II, 18.)