LIVRE I
n'éteb p»as en vie. Ou, si vous l'aimez mieux ainsi, vous êtes mort après la vie : mais, pendant la vie, vous êtes mourant : et la mort touche bien plus rudement le mou* rant que le mort, et plus vivement et essentiellement. Si vous avez fait votre proulit * de la vie, vous en êtes repu, allez-vous en satisfait :
Cur non ut plenus vit?e conviva recedis-?
Si vous n'en avez su user 5, si elle vous était inutile, que vous chaut-il de l'avoir perdue? A quoi faire la voulez-vous encore?
Cur amplius addere qu?eris Rursum quod pereat inale, et ingratum occidat omne*?
La vie n'est de soi ni bien ni mal : c'est la place du bien et du mal, selon que vous la leur faites. Et, si vous avez vécu un jour, vous avez tout vu : un jour est égal à tous jours. Il n'y a point d'autre lumière ni d'autre nuit. Ce soleil, cette lune, ces étoiles, cette disposition, c'est celle même que vos aïeux ont jouie, et qui entretiendra vos arrière-neveux :
Non alium vidcre patres aliumve nepotes Aspicient^.
Et au pis aller, la distribution et variété de tous les actes de ma comédie se parfournit^ en un an. Si vous
1. Co chanjrpinent de o en ow, l'ivijmMi! an wr siècle, n'est poiiil purement graplii(jue;co lut lunj^temps une mode, à la cour dos derniers Valois, de prononcer approurht', arruitse, clwuse, ete.
Voy. Darmosteter et Hatzfeid, La Iniitjue française au àvi' siécU', § ^29.
t. « Pourquoi ne viHis retirezvous point, comme un convive rassasié de la vie?» (Lucrèce, lil, 951.;