LIVRE I
premier effort. Toutes sortes de nouvelles débauches puisent heureusement* en cette première et féconde source les images et patrons^ à troubler notre pohce...
Si me semble-il, à le dire franchement, qu'il y a grand amour de soi et présomption d'estimer ses opinions jusques-là que, pour les établir, il faille renverser une paix publique et introduire tant de maux inévitables et une si horrible corruption de mœurs que les guerres civiles apportent et les mutations d'état en choses de tel poids 3, et les introduire en son pays propre. Est-ce pas mal ménagé* d'avancer tant de vices certains et connus, pour combattre des erreurs contestées et débattables? Est-il quelque pire espèce de vices que ceux qui choquent la propre conscience et naturelle connaissance?...
Cette si vulgaire considération m'a fermi en mon siège, ^t tenu^ ma jeunesse même, plus téméraire, -en bride de ne charger mes épaules d'un si lourd faix que de me rendre répondant d'une science de telle importance, et oser en cette-ci ce que, en sain jugement, je ne pourrais oser en la plus facile de celles auxquelles on m'avait instruit et auxquelles la témérité de juger est de nul préjudice; me semblant '^ très-inique de vouloir soumettre les constitutions et observances publiques et immobiles à l'instabilité d'une privée fantaisie (la raison privée n'a qu'une juridiction privée), et entreprendre sur les lois divines ce que nulle police ne supporterait aux civiles. (Chap. XXll)