toutefois
MONTAIGNE
nient satisfait: je vois encore du pays au delà, mais d'une vue trouble, et en nuage que je ne puis démêler. Et entreprenant de parler indifléremment de tout ce qui se présente à ma fantaisie, et n'y employant que mes propres et naturels moyens, s'il m'advient, comme il fait* souvent, de rencontrer, de fortune-, dans les bons auteurs ces mêmes lieux^ que j'ai entrepris de traiter, comme je viens de faire chez Plutarque tout présentement son discours de la force de l'imagination, à me reconnaître, au prix de ces gens-là, si faible et si chétif, si poisant* et si endormi, je me fais pitié ou dédain à moi-même ; si me gratitie-je de ceci que mes opinions ont cet honneur de rencontrer souvent aux leurs, et que je vais au 'moins de loin après, disant que : voire^; aussi que® j'ai cela, que chacun n'a pas, de connaître l'extrême différence d'entre eux et moi ; et laisse, ce néanmoins, courir mes in\ entions ainsi faibles et basses comme je les ai produites, sans en replâtrer et recoudre les défauts que cette comparaison m'y a découvert. Il faut avoir les reins bien fermes pour entreprendre de'marchcr front à front avec ces gens-là ^ Les écrivains indiscrets de notre siècle, qui, parmi leurs ouvrages de néant, vont semant des lieux entiers des anciens auteurs, pour se faire honneur, font le contraire : car cette infinie dissemblance