BULL. SOC. Y AUD. SC. NAT. XXI
depuis la suspension de la frappe des écus d’argent,
par MM. Alfred SIMON et Léon WALRAS.
Pour achever d’exposer dans le dernier détail le système de monnaie auquel j’ai été conduit en quelque sorte malgré moi par la mathématique, j’aurais eu le désir de compléter mon étude théorique de la méthode de Jevons par une application pratique de cette méthode aux circonstances actuelles. Le résultat de mon étude m’obligeait seulement, on l’a vu, à modifier légèrement le but de cette application. Jevons emploie sa méthode à chercher la variation de valeur de la monnaie produite par la découverte des mines d’or de la Californie et de l’Australie, en 1850; je l’aurais employée à chercher le rapport de la variation de valeur de la monnaie survenue depuis la suspension de la frappe des écus d’argent, en 1878, à la moyenne géométrique des variations de valeur des marchandises durant la même période.
Mais ici se présentait une première difficulté. En vertu de sa théorie de la marée économique, Jevons aurait dû prendre, pour les comparer, les deux périodes 1841-50 et 1851-60. Pour des raisons que je n’examinerai point ici, il a pris les deux périodes 1845-50 et 1860-62. Quant à moi, je devais prendre les deux périodes 1869-78 et 1879-88. Or, d’un côté, il me paraissait difficile défaire entrer en ligne de compte l’année 1870, trop troublée par les événements politiques ; et, de l’autre, nous ne sommes encore qu’en 1885. Ainsi, l’application devait être forcément incomplète quant à l’espace de temps qu’elle pouvait embrasser. Toutefois, cette première difficulté ne m’a pas paru de nature à m’arrêter. Réduite aux huit années 1871-78, la première période constitue encore assez exactement une période de flux et reflux, avec marée haute en 1873 et marée basse en 1878 ; et, quant à la période des six années 1879-84, elle est suffisante pour permettre de voir au moins se dessiner le phénomène d’une baisse ou d’une hausse générale des prix.
ALFRED SIMON ET LÉON WALRAS
Il y aurait un intérêt évident à ce que la recherche, même ainsi limitée à la période 1871-1884, fût poursuivie concurremment dans chacun des pays composant l’Union latine: France, Belgique, Suisse, Italie et Grèce. Je me propose de faire des tentatives auprès de ceux de ces pays qui sont le mieux outillés pour un pareil travail. Mais, tout d’abord, j’ai songé à poursuivre la recherche en Suisse. Ayant trouvé chez un de mes élèves de première année de Droit, M. Alfred Simon, Bernois, beaucoup d’intelligence et de bonne volonté, je lui expliquai le mécanisme de l’opération et le chargeai de l’effectuer sur les marchandises dont il pourrait se procurer des statistiques de prix soit au bureau fédéral soit au bureau cantonal de statistique, à Berne. M. Simon s’est très consciencieusement acquitté de sa tâche et m’en a transmis le résultat par la lettre suivante :
Berne, le 24 avril 1885.
Monsieur,
Le travail dont vous avez bien voulu me charger est terminé, et je m’empresse de vous l’envoyer. Il comprend :
1° un Tableau I des Prix moyens annuels durant la période 1871-1884 et des Moyennes des prix durant les périodes 1871- 1878 et 1879-1884 de 20 marchandises prises sur le marché de Berne ;
2° un Tableau II des Rapports des prix moyens annuels durant la période 1871-1884 aux moyennes des prix durant la période 1871-1878 et des Moyennes géométriques de ces rapports ;
3° une Planche DE FIGURES donnant les courbes de variation des Rapports et Moyennes ci-dessus et les courbes de variation du Taux de l’escompte à la Banque cantonale de Berne et à la Banque de France durant la période 1871-1884.
Voici comment je me suis procuré les prix contenus dans le premier tableau et qui sont les éléments de tout le calcul :
Pour les années 1871-1877, je les ai trouvés dans le Statistisches Jahrbuch für den Kanton Rem, herausgegeben voni hantonalen statistischen Bureau. Les prix de la viande pendant l’année 1873 ne se trouvant pas dans le Jahrbuch, je les ai remplacés par les moyennes arithmétiques des prix des deux années 1872 et 1874.
Pour les années 1878-1883, relativement auxquelles la publi-
cation du Jcihrbuch n’a pas encore été faite, j’ai sollicité de M. de Steiger, Directeur de l’Intérieur, l’autorisation de me servir des documents manuscrits qui se trouvent au Bureau cantonal de statistique et qui doivent servir pour la publication prochaine. Cette autorisation m’ayant été gracieusement accordée, M. Mühlemann, secrétaire du Bureau, a eu la bonté de me faire faire la copie de ces documents. Je me permets d’adresser ici à MM. de Steiger et Mühlemann l’expression de ma gratitude.
Enfin, pour l’année 1884, le Bureau cantonal de statistique n’ayant pas encore calculé les prix moyens, je les ai calculés moi-même en recourant aux mêmes sources que lui, c’est-à-dire aux trois journaux bernois : Intelligenzblatt der Stadt Bern, Berner Stadtblatt, Bernerjpost, dans lesquels se trouvent les prix hebdomadaires. Je remercie également les Rédactions de ces trois journaux de l’obligeance avec laquelle elles ont mis à ma disposition les collections de l’année 1884.
Les prix du pain ne se trouvent pas dans ces trois journaux. Le Bureau cantonal de statistique les obtient en prenant les moyennes des prix fournis par un certain nombre de boulangers. Pour l’année 1884, M. Mühlemann me les a indiqués appr oximati vement.
Je crois devoir indiquer les mesures auxquelles se rapportent tous ces prix. Ce sont les suivantes : Pour l’épeautre et l’avoine, le maldre de 150 litres ; — pour le froment, les 200 livres ou les 100 kilogrammes ; — pour l’orge et le seigle, le viertel ou quart, de 15 litres; — pour le pain, les deux livres ou le kilogramme ; — pour la viande, le beurre, le saindoux et le lard, la livre ou le demi-kilogramme ; — pour les oeufs, les 10 pièces ; — pour les pommes de terre, les 5 litres ; — pour le foin et la paille, les 100 livres ou les 50 kilogrammes ; — pour le bois à brûler, le moule ou les 3 stères.
Je noterai enfin que, pour le taux de l’escompte à la Banque cantonale de Berne, dont j’ai trouvé l’indication dans les Jahresberichte de cet établissement, j’ai dû, en raison de ses variations fréquentes, prendre des moyennes annuelles.
Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mes sentiments respectueux et bien dévoués.
Alfred SIMON, stud. jur.
TABLEAU I. — Prix moyens annuels durant la période 1871-1884 et Moyennes des prix durant les périodes 1871-1878 et 1879 -1884.
Moyennes
Moyennes