‹ Principes d'économie politiqueChapitre 36 sur 38 · DE LEUR INTÉRÊT AVEC CELUI DES AUTRES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

DE LEUR INTÉRÊT AVEC CELUI DES AUTRES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ

La première étude scientitique de la rente du sol est due aux physiocrales. Le résultat de cette recherche devint la base de tout leur système. Le produit net leur apparut comme la sourte unique de la richesse et le point de départ du progrès de la civilisation. Plus la nature est féconde, plus le sol est fertile, et plus on obtient Ab produit net .

Le produit net n'appartient d'abord qu'aux propriétaires qui se livrent eux-mêmes à la culture, car chacun peut avoir autant de terres qu'il le désire, et n'a nul besoin de travailler sur-un terrain étranger pour le compte d'autrui. Mais lorsque tout le sol a été conquis par la propriété, il ne reste aux nouveaux venus d'une population toujours croissante qu'à travailler moyennant salaire ; les propriétaires peuvent ainsi étendre leurs possessions au delà des limites dans lesquelles les renfermait le concours des forces de la famille, et percevoir sous forme de rente le produit net de terrains cultivés par d'autres mains.

L'accroissement de la rente est ifegardé comme le signe le plus certain de l'augmentation de la prospérité publique.

1 Nous avons rédigé ce travail d'après l'article publié par M. le professeur Schutz, dans la Zeilschrift fur die gesammle Slaatsicissenschafl, de Tubingue (t. XI, p. 171).

j44 appendice.

Les propriétaires^ maîtres naturels du pays^ devaient pourvoir à toutes les dépenses publiques au moyen du revenu net qu'ils percevaient; la supériorité des droits et des ressources entraînait dans ce système raccroissement des devoirs et des charges.

Adam Smitli^ bien qu'il regarde le travail humain comme la source principale de la richesse, reconnaît que la rente découle en partie des forces productives de la nature, dont ractivité n'a pas moins de valeur que le travail le mieux rétribué ; il constate l'influence de la diversité de fertilité et de situation, et eu partie celle de la loi de l'offre et de la demande.

A ses yeux, Taccroissement de la population explique comment le prix des produits naturels, et notamment des moyens de subsistance, dépasse les frais de production, de manière à ce que nonseulement la production augmente sur les terrains favorablement situés, mais que la culture des terrains de qualité inférieure ou plus éloignés laisse un excédant qui se traduit en rente.

C'est de la multiplication des produits naturels et de l'augmentation de la population qui l'accompagne que dépend aussi la rente des terres employées à la production du bois, des métaux, de la houille, etc.; car le taux de la rente dépend du prix des produits, et ce prix s'élève avec l'accroissement de la demande. Bien que Smith n'envisage point la rente avec la même fayeur que les physiocrates, au point de vue social, et qu'il dise que le propriétaire recueille là où il n'a point semé, en ajoutant que la rente est un prix de monopole qui ne se mesure point sur ce que le propriétaire a consacré à l'amélioration du sol, ou sur ce qu il pourrait naturellem£nt demander, mais sur ce que le fermier est en état de payer ^ , il fait remarquer néanmoins que la hausse de la rente, qu'on déplore souvent comme un malheur, devrait bien plutôt provoquer la satisfaction publique, comme le précurseur et le compagnon de l'accroissement de la richesse commune. L'intérêt du propriétaire est étroitement et inséparablement lié à l'intérêt général de la société : tout ce qui sert ou nuit à l'un sert ou nuit à l'autre*.

Une théorie de la rente, essentiellement différente de celle des physiocrates et de celle d'Adam Smith, a été développée par Ander-

' Ad. Smith, livre I, ch. xi, édil. in-12, t II, p. 3; traduct. franc., éd. Guiilaurain, t. I", p. 187.

^ M., ibid., p. i71 : (rail, franv . p. 3'2I

DK LA KRNTÉ Dl:S PROPRIÉTAIRES. 446

son, Wesi, Ricardo et son école, Mac Culloch, Mill, Senior, etc.

Ricardo part de cc point, que si les bonnes terres se présentent en abondance, il n'y a point de rente, bien cpie le produit dépasse de beaucoup les frais de culture. On ne rencontre aucun fermier qui consente à payer quelcjue chose pour l'usage d'une terre, tant qu'il peut librement mettre en culture d'autres terrains de première qualité. Tout le produit se partage alors entre le profit du capital et le salaire du travail, sans être atteint par aucun prélèvement. Le sol le plus riche ne rapporte rien au propriétaire, tant que le travail peut s'employer sur des terrains d'une fécondité égale.

Mais dès que les meilleurs terrains se trouvent tous mis en culture, l'accroissement de la population oblige d'attaquer les terrains de qualité inférieure, ou bien il faut employer plus de capital et de travail, pour amener une augmentation proportionnelle de la production sur les terrains déjcà cultivés; alors le prix des produits s'élève nécessairement dans le même rayon, et la rente prend naissance au profit du propriétaire des terrains plus riches, qui exigent moins de frais de culture pour rendre un produit égal ; elle grandit à mesure que l'on descend vers l'exploitation de terres de moins en moins fertiles.

Pour les physiocrates et pour Adam Smith, la rente dérive du concours plus ou moins actif des forces de la nature; par conséquent, l'agriculture offre l'emploi le plus avantageux du capital, puisqu'en dehors du profit et du salaire elle procure la 7'ente, qui est l'œuvre de la nature, déduction faite de tout ce qui peut être regardé comme l'œuvre de l'homme '.

Ricardo prétend, au contraire, que la rente est uniquement l'effet de la diminution de fertilité du sol: à ses yeux, ce qui la crée, c'est la parcimonie croissante d'une nature avare ; les améliorations foncières qui rendent le sol plus fertile réduisent la renie, car si les frais de production deviennent moindres sur les terrains de qualité inférieure, le prix des produits agricoles, et par conséquent la 7'ente des meilleurs terrains diminue.

La 7'ente se produit ainsi sous un aspect bien différent de celui qu'elle présente pour les physiocrates, même pour les disciples d'Adam Smith. Loin d'être un pur don d'une nature libérale, qui en-

' AdamSinilh,t.II, liv 11 . chap. v, p. 4ô3-4'>4; traduct. franc, l I".p.455.

ricbisse les propriétaires sans nuire au reste de la population, elle se compose, au dire de Ricardo *, de ce qui est retranché au revenu des autres classes de la société. Pour qu'elle apparaisse et se développe, il faut que les terrains dernièrement mis en culture produisent moins, et que les frais de production, ainsi que le prix des substances alimentaires, s'élèvent ; il faut, par conséquent, que la classe laborieuse consacre une plus forte part du salaire à l'achat des objets de subsistance, c'est-à-dire qu'elle obtienne en réalité un moindre salaire. Si le taux du salaire s'élève avec le prix des subsistances, la part du capital diminue, et le revenu du propriétaire s'accroît aux dépens des profits de l'entrepreneur.

Il en résulte encore que l'amélioration de la culture, qui diminue généralement les frais de production des denrées agricoles, réduit la rente des terrains plus favorisés. Ainsi donc, cette amélioration serait en désaccord avec l'intérêt des propriétaires. Cependant il importe aux autres classes de la société que la productivité du sol et du travail agricole s'élève, que la masse des denrées augmente, et qu'en même temps leur prix diminue autant que possible.

Dans le système de Ricardo, non-seulement, à mesure que l'accroissement de la population commande de recourir à la culture des terrains de nature inférieure, la rente du propriétaire s'accroît au préjudice des autres liommes, mais encore l'intérêt de celui-ci s'oppose à l'adoption de tous les moyens propres à empêcher la hausse des substances alimentaires, ou à provoquer un mouvement rétrograde du prix.

Pendant qu'au dire de Ricardo, la rente ne porte qu'un préjudice partiel au salaii'e, mais pèse surtout sur le profit et sur l'accroissement du capital, elle apparaît à d'autres principalement comme une spoliation de la rémunération légitime du travail. Puisque, suivant la doctrine le plus fortement développée par l'école de Ricardo, le travail est l'unique source de toute la richesse nationale, il mérite justement d'en recueillir une part de plus en plus considérable, à mesure que cette richesse augmente.

Néanmoins, la même théorie enseigne que les propriétaires seuls profitent de la hausse des denrées alimentaires, provoquée par le développement de l'industrie et du commerce et par l'acrroisse-

' Ricardo, chap. ii,x\iv, xxxi.

ment de la population ; et, en réalité, o,e ne sont pas les capitaii.stes, mais les ouvriers, qui souffrent de ce bénéfice, car, pressés par le monopole de la propriété et du capital et par leur concurrence, ils sont forcés de subir une nouvelle brèche faite à un salaire déjà insuffisant, ou du moins ils sont privés de leur part légitime dans les progrès de la civilisation. Il ne reste plus qu'à faire un pas pour conclure que toutes les souffrances contre lesquelles les peuples civilisés ont à lutter peuvent être ramenées à une cause unique, la propriété privée du sol.

Les socialistes et communistes modernes se sont emparés de ces déductions pour proclamer la maxime célèbre : La propriété c'est le vol.

On ne saurait en disconvenir, la doctrine qui présente le revenu progressif du propriétaire comme le résultat de la pauvreté croissante du sol exploité, et qui ne permet à la rente de se développer qu'au détriment du salaire et des profits, fournit aux haines du prolétariat contre la possession du sol une arme périlleuse. La science est en demeure de soumettre à un examen approfondi la question de savoir s'il est vrai que, d'après l'ordre naturel des choses, les progrès de la civilisation ne profitent qu'aux propriétaires ; que l'augmentation de la population condamne sans cesse les masses à une condition de plus en plus misérable ; que le paupérisme accompagne nécessairement le développement social, et qu'enfin la racine du mal, c'est le droit de propriété,

La doctrine de Ricardo n'a pas tardé à être en Angleterre l'objet d'une critique vigoureuse, comme portant une grave atteinte morale à la propriété ' ?

Say, Sismondi et d'autres l'ont combattue au point df vue de l'école d'Adam Smith.

Un écrivain anglais, Jones*, a cherché, en s'appuyant sur l'histoire, à démontrer combien cette doctrine était exclusive et incomplète.

La science allemande, sans méconnaître l'importance de la théorie de la rente formulée par Ricardo, a également reconnu qu'on ne saurait l'admettre d'une manière absolue.

' Qwiterly- Review, XXXVI, p. 591; XLIV, p. 53. V. aussi Baumstark Erläuterungen üher Ricardos Systeme. Leipzig, 1858. * Jones. On the Distribution of Weattli. Londou, 1831, secl. 1^«.

Bernliardi ', de Saint-Pétersboiu-g, en combattant le système d'écunomie politique qui domine en Angleterre, a principalement attaqué la doctrine de Ricardo.

Mais son adversaire le plus décidé, c'est l'Américain Carey*, qui considère la rente comme procédant uniquement du travail, ou comme constituant un profit du capital.

L'ordre établi par Ricardo pour la succession des terrains mis en culture est pour lui le contre-pied de la réalité ; il démontre l'accroissement constant de la productivité du sol, et repousse toutes les conséquences fatales qui découlent de l'hypothèse opposée.

Egalement en France, Bastiat et R. de Fontenay ont voulu établir que la rente n'est que le fruit du travail humain. Cette question a donné lieu à un débat prolongé ^.

Tout dernièrement, en Allemagne, Rodberthus a soumis la doctrine de Ricardo à une critique approfondie ; il a formulé un système qui se rapproche beaucoup de ceux de Carey et de Bastiat \

La rente se relie à la. propriété du sol. On désigne d'habitude sous cette dénomination la part du produit de la terre qui reste, déduction faite des salaires et du profit du capital employé, ainsi que du bénéfice légitime de l'entrepreneur et du fermier, et qui est payée au propriétaire pour le droit d'exploiter les facultés primitives et indestructibles du sol. C'est, dit Rau, un revenu que la terre procure au propriétaire sans le concours d'autres moyens de production ''.

Il n'est pas juste de l'envisager, au point de vue de l'économie générale de la société, uniquement comme une part du produit du sol. Ceci n'est vrai qu'en ce qui concerne les droits individuels.

' Kritik der Gründe für grosses und Kleines Grundeigenthum, p. 257.

2 Principles of potitical Economi/, part. l'«.

3 V. Journal des Economistes, 1851, J852, 1853, t. XXX-XXXVI; Wolkoff, Opusctdes sur la rente foncière; l'assy, Dictionnaire d'économie politique, Rente nu soi..

'• Troisième lettre à Kirchmann, Berlin, 1851. Nous devons signaler aussi les Grundzüge der National Œkonomie, de W'irtli, publication toute récente (Cologne, iSbCi) sur laquelle nous reviendrons. L. W.

5 Volkswirt hschaftslehre, § 207 .

DK f.V RKiNTK DFS PROPRIKTAIRKS. A'id

Li 7'enle osl, eu écmiuniir piibliqnf, um' pni't du révê'uu social qui, plus ou moins considérablo dans sou ensomblo, se divise eu fractions plus ou moins fortes entre les diverses classes de la société, et dont les propriétaires recueillent aussi une portion plus ou moins importante.

Le sol ne donne rien sans l'intervention du travail et du capital ; le revenu qu'il procure est l'œuvre commune des forces naturelles, du travail et du capital; la rente du propriétaire du sol apparaît au moment du partage effectué entre les propriétaires des factews qui ont concouru au résultat obtenu j au lieu de ne provenir que du sol, elle participe aussi de l'emploi du travail et du capital *.

Tant que la terre demeure commune à tous, cet élément ne ressort pas comme une brandie distincte de la production ; il se manifeste sous l'empire de propriété prime, autant qu'il n'est pas absorbé par l'impôt.

Ici on se heurte contre une formidable question : la propriété n'est-elle pas un empiétement sur le droit d'autrui? ne portet-elle point atteinte au bien-être de ceux qui ne possèdent pas, en diminuant leur produit?

Rien de moins douteux que la solution négative de cette question.

Le sol le plus fertile no peut fournir qu'à la subsistance d'un petit nombre d'hommes et d'animaux, tant qu'il est abandonné à lui-même et tant que le contact du travail et du capital ne vient point le vivilier. Or, la condition la plus essentielle d'une sollicitude féconde apportée au travail de la terre, c'est 1 durée de la possession individuelle, c'est le droit de propriété. La commiinauté du sol est pratiquée par les peuplades primitives, en compagnie de la chasse, du régime pastoral ou de la vie nomade; elle énerve l'activité individuelle, enlève à la production le ferment de la concurrence et empêche l'application du capital.

Du moment où l'existence d'une peuplade devient sédentaire, son premier soin est de tracer des lignes de démarcation à l'extérieur et à l'intérieur des terrains occupés, et de régler les rapports

' 11 en est de même du saltiire, qui n'est pas le pur produit du travail, el de Vintérêt, qui n'est pas un pur pro. luit du capital, l'artout on rencontre 1 œuvre commune des divers agents de la production, lionl le rapprocliemenl est indispensable; le véritable problème est celui de la ivparlition.

tle la possession privée alors même que Ton conserve plus ou moins à la propriété! le caractère d'un droit public. Les mesures territoriales appartiennent partout aux plus anciens monuments historiques des peuples '.

Sans un titre bien assis qui donne droit à une possession héréditaire, on ne trouverait ni volonté ni courage pour édaircir la forêt primitive, pour captiver les eaux dans un lit régulier, pour transformer le désert en champs fertiles; il faut cette sécurité d'avenir, atln d'inspirer l'amour du sol, qui excite à dépenser toutes les forces pour le cultiver, ta y incorporer toutes les épargnes, à le défendre contre toute agression et contre l'action funeste des éléments. Sans propriété solidement garantie, on doit renoncer au crédit, qui permet d'améliorer le sid eu y employant un capital étranger, et à faire dériver vers la culture les progrès de la richesse générale.

Aussi voyons-nous encore aujourd'hui, dans les contrées où hsol appartient à PEtat, et où la position des agriculteurs n'est rien moins qu'assurée, une culture déplorable, en présence de redevances foncières qui atteignent les dernières limites de la possibilité de payement, et d'une détresse générale, tandis*quc les pays où la propriété est bien garantie nous offrent le spectacle d'une culture florissante, de riches moissons et d'une misère relativement beaucoup moins sensible, même aux derniers degrés de l'échelle sociale. Dans l'Amérique du Nord, le premier soin, et le plus essentiel dans tout nouvel établissement consiste à régulariser les litres de propriété du sol nouvellement occupé, et tous les progrès qui s'y manifestent proviennent surtout de la sécurité de possession que le pouvoir public s'attache à maintenir -; en Algérie, au contraire, l'incertitude c|ui planait sur les titres de propriété a été pendant longtemps le principal obstacle au progrès *. Sans propriété privée il n'est pas de production abondante; là o\i elle manque de garantie, la population ne saurait se développer, et l.i misère pèse sur tout le monde.

Aussi la 7'ente cjue peut recueillir le propriétaire se coucilio-telle à merveille avec l'intérêt général.

1 Landau, Die Territorien in Beziehung auf ihre Bildung tind EnluHckelunq Hamburg, 1854, p. 43.

2 Fleischmann, W'^sfirweiier... in den Vereinigten S/aafen. Stutigard, 1854, p. 124.

3 Journal des Economistes, XXIX, 28; XXXVI, 224.

DE LA RENTE DES PROPRl KTAIRES. -151

Les prupriétaires du sol (ou ceux qu'ils représentent) ont pris l'initiative de la culture; ils ont couru io riscpie de la première application du capital à la terre, ils ont continué de surveiller ou de diriger l'exploitation; ils ont doiflß .ouvert, conservé, accru et entouré de soins attentifs la source la plus importante du revenu social ; la rente est la primo que la communauté paye, afin de pouvoir compter sur ce service productif. Luiu que leur possession exclusive ait éveillé quelque envie à l'origine, on les honorait comme les pionniers de la culture, comme les bienfaiteurs dont r.ippui tutôlaire permettait à la société de se développer.

Plus lard, le service qu'ils rendent n'est pas moins utile. Si le propriétaire n'était pas sans cesse occupé de maintenir et d'accroître la richesse du sol, de choisir des fermiers habiles, de surveiller leur administration, de consacrer aux améliorations foncières un capital qui ne peut être reconstitué qu'à la longue, au moyen de l'accroissemeut successif du revenu, et qu'un possesseur temporaire ne saurait employer, le produit de la terre ne tarderait pas à décliner de plus en plus/non-seulement au préjudice de lelui à qui elle appartient, mais surtout au préjudice de la société tout entière. Les facullés primitives et indestructibles du sol dont on parle peuvent aussi bien être affaiblies par une culture épuisante que fortifiées par une culture attentive. Les propriétaires ne sont donc pas uniquement destinés à tendre la main pour se faire payer, ils sont des agents actifs et utiles, et leur intérêt est à cet égard d'autant plus vivement excité, que la possession du sol se trouve moins concentrée »mi un petit nombre de mains par des institutions artificielles.

Nous avons vu que, d'après la nature des choses et le témoignage historique de tous les peuples, la propriété est la base du développement social; reste à examiner si, dès l'origine de ce développement, la possession du sol procure une rente au pi'opriétaire, ou bien si celui-ci ne peut en recueillir aucune tant quil reste à occuper beaucoup de terrains d'une excellente qualité.

La 7'ente prend-elle seulement naissance au moment où l'on aborde la culture des terrains de qualité inférieure, et produit-elle

le renchérissement des produits du sul, de manière à s'élever quand on est forcé d'attaquer l'exploitation de terrains moins fertiles ? en un mot, au lieu d'être le fruit de la libéralité, doit-elle être envisagée comme l'expression de la parcimonie de la nature, de manière à ce que la hausse de la 7'ente se lie à la diminution du revenu des autres classes de la société, et notamment qu'elle se manifeste au détriment du salaire ?

Si nous consultons l'histoire et les circonstances actuelles, nous voyons qu'aux périodes primitives de culture, aussi bien que dansles pays peu développés, beaucoup de champs en friche s'offrent à une populati(>u insuffisante ; par exemple, en Russie et dans les provinces danubiennes, la même étendue de terrain produit beaucoup moins que dans les pays d'une civilisation avancée, tandis que les pr(qjriétaires obtiennent xuie part beaucoup plus forte, en ne laissant au travail qu'une récompense exiguë, qui suffit à peine A l'entretien d'une existence grossière.

La 7'(;nte, acquittée d'ordinaire en nature uu en services personnels par les hommes-liges attachés à la culture, se mesure uniquement sur ce qu'ils sont en état de fournir après avoir pourvu aux nécessités les plus impérieuses de la vie. Cet excédant, envisagé d'une manière absolue, est d'autant plus faible que la culture est rnuins avancée et (|ue l'absence des débouchés déprécie davantage la valeur d'échange des denrées agricoles contre les autres produits du travail; mais il n'en constitue pas moins \uie portion énoriue du produit obtenu, et coAid part relative est d'autant plus considérable qu'on a moins mis en œuvre le travail et le capital d "exploitation, et que la récompense acqiiise aux ouvriers et aux entrepreneurs a été plus restreinte.

Au temps do (]aton, les Romains donnaient au colon paritaire le huitième du produit dans un bon sol, le septième dans un sol ordinaire, le sixième dans \iii sol médiocre*; aujourd'luii, ou abandonne au colon partiaire, (pii ne fournit aucun des capitaux, la moitii'', et au fermier, qui les fournit tous, les deux tiers.

En Angleterre, le propriétaire obtenait jadis le quart, le tiers et même les deux cinquièmes du produit brut ; aujoiu'd'liui sa pari m-

' Théo' ie de la propriété, liv. 1", cliap. \iv, [i. 1Ö7. M. Porcins Cwlü, De /ic ruslica, C.XWVI. « l'olilioneni quo paclo dari oportoal. In agro Casiiiate et Veiiafro, in loco bono parte oclava corlii dividal, salis bono scplima, Icrlia loco sexta ; si granuni uiodio dividci, parti quinla. In Venafro ager optimns IX parli corbi dividut.

dépasse pas un cinquième; mai?- si elle a relativement diminué, lavaleur absolue de la rente est devenue plus tonsidérable, par suite de l'accroissement du produit total.

Le revenu du propriétaire réunit d'une manière indissoluble le produit du sol à celui du capital fixe ou mobilier qui s'y trouve adjoint ; ce dernier est d'autant plus considérable, aux époques primitives, que les capitaux y sont plus rares et les terrains plus abondants. Il n'en est pas moins certain que dans un système de culture grossier, qui n'exige que peu de travail et de capital d'exploitation, la part relative du sol et du capital immobilisé est beaucoup plus considérable (jue dans les périodes ultérieures. Le terrain en friche, n'importe son étendue et sa qualité, n'empêche pas le propriétaire d'obtenir tout ce qui dépasse les frais d'exploitation et l'indispensable entretien des ouvriers. Tout concourt à ce but, l'esclavage, le servage, la corvée et l'absence du capital à la disposition des traA^ailleurs ; l'ouvrier e,sl dans la main du maitro, il ne saurait se soustraire à la glèbe qui le possède, quand bien même il trouverait ailleurs do riches espaces à exploiter ; il ne peut pas s'éloigner, car il n'a pas de quoi fonder un nouvel établissement.

La rente, telle qu'elle s'ot nianileslée durant des siècles, reposait non -seulement sur le prin-ipc économique d'un excédant de produit, mais aussi et principalement sur une base juridique : sur le principe de la propriété et sur celui de la dépendcuice personnelle des classes laborieuses vis-à-\is du seigneur de la terre.

En vertu du pouvoir qui leur appartenait, les propriétaires s'attribuaient une part considérable, en ne laissant aux classes labo-' rieuses qu'une part exiguë du produit tnial,

La faible valeur de la terre n'était nullement en désaccord avec l'élévation de la rente : elle provenait uniquement de la rareté du capital, de l'élévation du taux de l'intérêt, du défaut de sécurité qui s'étendait même à la propriété foncière, de la multiplicité dei biens fonds et du faible produit rt6.s'o/«.que l'on retirait do terrains d'une certaine étendue.

Le concours d'un prix vénal très-bas pour le fonds territorial, du taux élevé de l'intérêt et du salaire misérable des ouvriers ruraux, rend suffisamment compte de l'extension rapide des Inlifuudin, dans les périodes anciennes de culture.

Le pouvoir des seigneurs de la terre fut singulièrement restreint et violemment détruit par le développement de la vie communale, et la possibilité offerte aux ouvriers dépourvus de capital d'échapper à l'oppression des propriétaires, en se consacrant aux industries urljaines. Les progrès du capital et du crédit^ la suppression légale des rapports de sujétion, dont la contrainte pesait sur les classes laborieuses, le droit de se transporter d'un endroit et d'un pays dans un autre, ouvrirent une nouvelle carrière à l'activité libre, et l'on se demande si, avec cette modification libérale survenue dans les droits et dans les relations, les rapports tei'ritoriaux ne devaient point céder à d'autres impulsions en se pliant aux lois r|ue décrit Ricardo? Sans doute, même dans un pays jeune, qui offre en surabondance de ricbes espaces à la culture, le propriélaire peut dire : Cesol m'appartient, et je n'en permets l'usage cpi'à ta condition qu'on me payera une rente aussi élevée Cjue possible. Mais tout homme intelligent et robuste qui a la facilité d'acquérir pour quelcjues dollars des terrains d'excellente qualité ne refuse ra-t-il pas une redevance, alors qu'une dépense à peine sensible lui suffît pour acheter un domaine? Par conséquent, u'est-il pas vrai de dire qu'on ne saurait parler de rente tant que le sol de bonne qualité surabonde, et qu'elle prend seulement naissance lorsque l'on passe à la culture des terrains de deuxième et de ti'oisième qualité ?

Nous résoudrons encore parla négative la question ainsi posée. La terre a toujours un maître, même dans les pays nouveaux, qui ne possèdent qu'une faible population. Quand c'est Tlitat, il demande un prix d'achat qui représente le capital d'une rente, quelque minime qu'elle soit. L'Union américaine ne taxe l'acre qu'à un dollar et un quart, mais elle admet en concurrence ceux qui sont disposés à acheter des terrains qui ont plus de valeur, et les enchères élèvent souvent de beaucoup ce minbmim, sans que le sol ait été livré à aucune espèce de tra^ ail.

Ce prix d'achat presque nominal et cette rente insignitiante ne seraient guère destinés à s'élever, si la fertilité du sol et la simple application des forces humaines suffisaient pour faire fructifier ime

exploitation agricole. Mais le terrain le plus riche, acquis par Thomme qui l'a choisi pour s'y établir, ne forme pas encore un domaine disposé pour la culture.

Il faut dépouiller, nettoyer et aplanir le terrain, faire écouler ou endiguer les eaux, élever les clôtures, construire les hâtiments d'habitation et d'exploitation, se procurer le bétail et le mobilier agricole ', en un mot, s'astreindre à de nombreux sacrifices, supj)ortés souvent au péril de la santé et de la vie, avec une grande dépense de travail et de capital, avant (jue de transformer le meilleur terrain en un Oien dont on puisse attendre un revenu régulier et assuré.

Ce n'est pas tout encore ; il faut exécuter les voies de communication qui facilitent le travail agricole et le transport des produits, et créer un débouche avantageux qui assure un bon prix de vente.

La surabondance des plus riches teri'ains de première qualité n'empêche pas que le cercle des domaines ([ui peuvent être acquis en vue d'un résultat favorable ne soit assez restreint ; les possesseurs des lots tout préparés pour la culture, et puurvus de bons chemins qui abrègent la distance du marché, possèdent un tel avantage qu'ils peuvent comprendre dans le prix de vente, non-seulement le remboursement du labeur employé et du capital dépensé, mais encore une somme plus ou moins importante, qui représente le fruit commun d'un travail plein de fatigues et de périls, d'un emploi très-chanceux du capital et de l'ensemble des circonstunces favorables, conditions premières des exploitations nouvelles*.

Le nouveau colon de l'Amérique du Nord qui aurait la facilité d'acheter à l'Etat ou à des particuliers, au loin, dans les terres de l'Ouest, des terrains bruts il raison de quelques dollars l'acre, paye volontiers au pionnier ou au défricheur qui a supporté les fatigues, les privations et les dangers primitifs, un prix d'achat qui ne représente pas seulement l'équivalent des salaires dus et du capital consacré à ce travail, mais encore une prime que perçoit le vendeur, en sa qualité de propriétaire du sol qne ses etîorts et ses sacrifices personnels ont rendu propre à la culture. Le nouvel ar-

' Le dél'richemenl coûte à lui seul ."Va 10 dollars par aire , dans l'Amérique du Nord (Fleiscliniann, p. 145).

- Dans beaucoup do cas, le premier exploitant peut ne pas rentrer de longtemps dans ses dépenses, surtout lorsque le salaire du travail libre dépasse les Irais du travail forcé des esclaves ou des serfs ; il a d'autant plus besoin d'espérer qu'il recueillera plus tard le fruit de ses efforts et de ses sacrifices.

rivant préfère encore de beaucoup payer un prix plus élevé pour des domaines d'une qualité inférieure, mais situés dans des contrées accessibles au commerce, et déjà pour\iies d'une population plus considérable, qui constitue un débouché.

Les propriétaires de ces domaines, aussi bien que ceux des terrains préparés pour la culture, dans des contrées plus éloignées et moins peuplées, perçoivent une rente, non pas à cause de l'occupation entière des terrains de première qualité et de la nécessité où l'on est de recourir à des terrains de qualité inférieure^ qui exigent une plus grande dépense de forces et de capitaux, mais parce qu'ils détiennent un sol qui, mis en culture, doté des moyens d'exploitation et des facilités d'échange commercial, s'est élevé à une valeur de beaucoup supérieure à celle du meilleur terrain non encore exploité, et parce que l'étendue du sol ainsi enrichi par le travail et le capital est relativement limitée.

C'est en ce sens que Fleiscbmann' met en garde contre les illusions et les déceptions d'une espèce de paradis promis aux colons dans les lointaines contrées de l'Ouest. La plupart des émigrauts, dit-il, ne songent pas qu'arrivés dans des lieux sauvages ou fort peu habités, il n'y trouveront ni abri, ni provisions, sans les conquérir sur la nature brute ; ([u'ils auront tour à tour à combattre les torrents débordés, les pluies continuelles, les avalanches de neige, l'ardeur épuisante du soleil et les atteintes glaciales des vents déchaînés ; qu'ils doivent se défendre contre les attaques des animaux féroces et se garantir de l'invasion d'une multitude d'insectes ; qu'il leur faudra supporter Finfluenco pernicieuse du climat et se soumettre à des fatigues extraordinaires, s'ils ne veulent pas périr misérablement, dans l'absence complète de tout secours et de toute assistance.

Il est donc bien plus raisonnable, pour tout homme qui n'est pas pourvu d'une vigueur et d'une habileté exceptionnelles, de chercher une nouvelle patrie dans les localités déjà exploitées, même en limitant ses espérances et en payant le sol à un prix assez élevé. Les progrès do la culture y ont déjà assaini le climat; l'expérience et le concours d'habiles cultivateurs facilitent le travail agricole; on peut tirer bon parti de la vente des denrées, et l'on pi'ofite des premiers avantages de la civilisation, du voisinaye relié par des

routes, de l'école, de l'église, enfin du marché ([ue crée et qu'entretient la vie commune d'hommes livrés à des occupations diverses. De cette manière, tout mûrit plus vite sur la voie du progrès.

Le propriétaire d'un terrain défriché ou favorablement situé peut encore obtenir une rente, même au milieu de la surabondance des terrains les plus fertiles, quand il a su doter son bien d'une ([ualité supérieure d'exploitation rurale.

Quand l'accroissement de la population étend la mise en culture au pays tout entier, les mêmes phénomènes se reproduisent : le propriétaire des domaines mieux organisés et iHablis obtient un fermage supérieur à celui que percevra le propriétaire des domaines qui exigeront un capital plus considérable et des efforts personnels plus soutenus, et l'excédant du loyer ne se réglera pas uniquement sur le produit supplémentaire du capital employé, il se reliera directement à la propriété du sol, en formant ce qui s'appelle proprement la rente. Cet avantage appartiendra généralement à tous les possesseurs de terre dans les contrées déjà cultivées, parce que, soit par eux-mêmes, soit par leurs prédécesseurs, ils ont infusé à l'ensemble du sol de cette localité une valeur économique supérieure, et qu'ils ont accru, suivant l'expression de Ricardo, les facultés primitives de la terre ; ils seront donc autorisés, en droit et en économie publique, à demander en récompense, d'après l'élévation du produit et l'augmentation de la demande, une rente plus uu moins considérable.

Nous combattons le système de Ricardo, d'après lequel la rente provenant unicpiement de la culture des terrains de qualité inférieure et les frais d'exploitation de ceux-ci déterminant seuls le prix des denrées, elle n'aurait pour mesure et pour régulateur que l'excédant du produit des meilleures terres ; la rente se manifeste beaucoup plus à nus yeux sous forme de prime pour l'heureux choix de la localité, pour le développement extraordinaire de vi- ■gueur corporelle et de facultés qu'exige la mise en culture du sol, et pour la fertililé qu'y apporte à l'origine et d'une manière constante l'application du travail et du capital, aussi bien que pour la conservation et l'accroissement du fonds le plus important dont profite la richesse sociale ; mais nous m- dénierons point le principe en vertu duquel, toutes choses étant égales d'ailleurs, la rente s'échelonne suivant les différences naturelles de la qualité des terres.

"»àë APPENDICE.

Nous admettons que, par suite du développement de la population et de la demande, les denrées atteignent un prix qui permet d'exploiter de plus mauvaises terres, en y consacrant un plus grand capital, et qui élève hrente des domaines plus favorisés ; nous reconnaissons aussi que la hausse de la t'ente peut temporairement diminuer les profits des entrepreneurs et empirer la condition des classes laborieuses.

Néanmoins, nous croyons que la part relative attribuée au propriétaire dans le produit brut diminue d'une manière normale avec les progrès de la culture, et que celle des ouvriers et des entrepreneurs augmente. Nous soutenons que la quantité absolue de la rente peut grandir sans préjudice pour les profits et les salaires, et sans renchérissement du prix des produits ; que cette hausse de la ren/é'peut se concilier avec la baisse du prix des denrées, et que notamment les progrès accomplis dans Tagriculture, dans l'industrie et dans le commerce, et par-dessus tout Tamélioration des procédés agricules, permettent à la rente de s'élever, tout en améliorant la condition des ouvriers et des entrepreneur)!.

L'école de Ricardo pose eu règle que l'exploitation du sol commence par s'emparer des terrains les plus fertiles ; l'accroissement de la population oblige ensuite à cultiver avec plus de frais des terrains de qualité inférieure, ce qui nécessite l'élévation du prix des produits agricoles. Mais ce point de départ doctrinal n'est rien moins qu'exact dans la réalité.

Si la qualité du sol peut constituer un mobile important puur déterminer les établissements primitifs, elle n'exerce point une influence absolue et exclusive. La position de la contrée, le voisinage d(! lieux habités et la sécurité plus grande qui en résulte, la proximité d'une chapelle, d'un marché, le choix plus ou moins heureux qui résiilte d'une pi'emièrc appréciation des circunstanres locales, ont souvent fait donner la préférence à des terrains médiocres. Combien de fois le terrain le plus propre àlapro«Uu^tion du bb' n'a-t-il pas été, durant des siècles, utilisé comme foret ou lounnc herbage, pane que cette destination lui a été donnée d'uni' manière permanente par la (li>triliiiliMii ('loiiMiniiinr du doniniue nu par sa

Di: LA RENTE DE8 PR0PK1ÉTAIRES. 469

constitution légale M 11 a fallu des révolutions politiques pour modifier des systèmes de culture perpétués ainsi d'Age en Age, et pour livrer h la charrue de riches territoires laissés en friche. Fréquemment, la distance du village ou des bâtiments d'exploitation a fait négliger la culture du sol le plus riche, tandis que l'avantage de la proximité faisait comprendre dans l'exploitation un terrain moins fertile ; le même résultat s'est produit quand le défaut de ressources a mis le propriétaire d'une bonne terre hors d'état d'en tirer parti, tandis qu'à l'aide d'un capital plus considérable une mauvaise terre était mise en culture par un propriétaire plus riche.

On rencontre encore aujourd'hui dans les pays les mieux cultivés de vastes forêts qui s'élèvent sur le sol le plus riche, à côté de pauvres terres à blé, de maigres herbages ou de vignobles peu productifs.

L'économiste américain Carey signale un autre mutif 'qui a souvent fait entreprendre en premier lieu la culture de terrains moins productifs. Les colons s'établissent d'abord sur les espaces élevés et les terres légères, où l'on n'a pas beaucoup de travail à dépenser, ni de grandes difficultés à vaincre, alors même que le résultat est moins abondant. C'est plus tard seulement, quand la population et le capital ont grandi, que l'on descend dans les plaines pour les défricher et les dessécher, et pour mettre en culture des terrains plus fertiles, mais moins faciles à exploiter.

Carey arrive jusqu'à poser en principe la négation absolue du célèbre axiome de Ricardo. Il prétend, en invoquant le témoignage de l'histoire, que tant que la population est clair-semée, en présence d'espaces surabondants, la culture commence toujours par les terrains de qualité inférieure, et qu'elle ne passe au sol plus fertile qu'alors que l'augmentation du nombre et des ressources des habitants en imposent la nécessité et en fournissent le moyen, car le travail consacré à l'exploitation rurale devient alors tU' plus en plus intense.

Carey est lombi' dans l'exagéraliou fu voulaut la combaUrf' ; mais si sa doctrine ne saurait être acceptée d'une manière générale, elle suffit pour mettre en évidence les circonstances nom-

' IVintcressaiilos considérations ont été déveloiniécs à cet cgard par Gori/ dans la ZeHschrifl fur die gesammte Slaalswissenschafl. t. IV, p. \-2ö.

* Principles of polit . ccotioiny, I8ö7. et The Past Ihe Présent and the Future.

breuses qui contredisent la donnée de Ricardo. Partout où l'accroissement de la population n'oblige point à mettre en culture des terrains de qualité inférieure, mais où Ton passe, au contraire, à l'exploitation de meilleurs terrains, il n'est pas nécessaire que le prix des produits agricoles s'élève pour que la charrue s'attaque à un sol nouveau, et les domaines le plus récemment créés peuvent rapporter une rente plus élevée ou donner des profits plus considérables que les champs auparavant cultivés.

Rodbertus se prononce dans le même sens ' que Carey pour faire ressortir l'impossibilité logique qui souvent ne permet point de cultiver le sol plus fertile avec celui qui l'est moins. Les eaux des fleuves et des lacs se répandent au loin et rendent le sol inabordable à la culture dans un rayon étendu ; que le niveau de ces grands réservoirs s'abaisse par suite de cjuelcjue changement sur\-enu. par exemple, dans l'état des forêts, que la hache ou le feu auront éclaircies, et des milliers d'arpents pourront être utilement exploités. Les terrains ainsi desséchés possèdent d'excellentes qualités pour la production des céréales. G'est ainsi que l'Elbe et l'Oder, en rentrant dans leur lit, ont richement doté les populations riveraines, qui ont vu succéder à un terrain marécageux les plus riches plaines du nord de l'Allemagne. Dans toutes ces contrées, c'est le meilleur terrain qui a été rais en culture en dernier lieu.

Nous le répétons, si ce n'est pas là un fait qu'on puisse élever à la hauteur d'un principe absolu, il suffit pour ne pas permettre qu'on généralise le principe opposé de Ricardo.

Tantôt l'on fait succéder l'exploitation d'un sol meilleur a celle d'un sol de qualité inférieure, et tantôt c'est le contraire ; aussi ne saurait-on admettre comme une règle tmijours applicable ([ue les frais de production des substances alimentaires augmentent constamment par suite de l'accroissement de la demande, ni que leur prix doive nécessairement s'élever, en présence d'une population croissante, au profit dos propriétaires et au détriujent des autres membres de la société.

Si l'on rencontre ordinairement le terrain le plus fertile dans le voisinage des habitations, des villages et des cités, et si la fertilité diminue à mesure que le cliajiip s'éloigne, cela signifie simple ment que le sol plus rapproché, sur lequol le (rinail Imm.iiii

' Sociale Briefen, Berlin, 1851. p. 197 p( suiv

DK LV RKNTK DES PROPRIÉTAIRES. 461

s'exerce depuis des siècles, a conqui-s une qualité supérieure, eu vertu de l'oxplûitation prolongée ; mais on ne doit pas en conclure qu'il fut meilleur dès l'ui-igine que celui qui, situé à une plus grande distance, semble promettre un produit moins avantageux. Il est probable que dans un temps assez court le champ nouvellement défriché deviendra, grâce au concours des méthodes améliorantes , tout aussi fertile que celui dont la rulturf est plus ancienne.

Pour fournir une plus grande masse de subsistances, il n'est pas indispensable d'attaquer des terrains nouveaux, il suftit souvent de mieux exploiter le sol déjà mis en culture. Cette vérité n'a point échappé à Ricardo, mais il prétend que pour tirer de la terre un produit supérieur, il faait y consacrer beaucoup plus de travail et de capital, et que le bénéfice de ces avances ira successivement en diminuant, jusqu'à ce qu'il s'efface. Il en résulterait que l'augmentation de la production des terrains cultivés produirait le même effet que rrxploilatinu des terrains nouveaux, le renchérissement des denrées.

Cette donnée n'est rien moins qu'irréprochable. Il est certain que la productivité de cliaque espace de terre rencontre des limites que l'on ne saurait franchir, et que plus l'exploitation rurale reste en deçà de ces limites, plus la carrière est largo pour les améliorations avantageuses; au contraire, à mesure que l'on approche de ces limites, on doit compter sur un résultat moindre, avec une certaine dépense de forces et de capitaux. Mais il existe entre la culture extensive et ce point de la culture intensive, oxi les sacrifices faits ne donnent plus qu'un résultat décroissant, beaucoxip de degrés, et il en est un grand nombre où les avances accrues procurent un produit plus que proportionné à la dépense faite, et (jui permettent de répondre à de plus grands besoins de la consommation, uon-seulenKMit au même prix, mais à meilleur marché, tout en procurant une rente plus élevée au propriétaire. L'introduction de la culture des pommes de terre, les prairies artificielles, la multipliealion des engrais , un bétail plus nombreux, le concours des engrais artificiels, le dessèchement et 1" irrigation, uu

4ß2 APPRNDir.E.

labour plus profond, une rotation convenable de l'assolement, l'emploi d'insinunents et de machines qui abrègent et qui perfectionnent le travail, la suppression de charges et do servitudes qui entravent l'activité des cultivateurs, le développement des connaissances agricoles^ l'agglomération des parcelles, tels sont les exemples des moyens puissants que procure le progrès de la science et de l'art, afin d'accroître la masse de la production, en rendant déplus en plus fécond le labeur de l'homme. On arrive ainsi tantôt à obtenir une récolte plus riche avec la même quantité de frais, et tantôt à maintenir une récolte égale avec une éc(Uiomit> suc la di'pense*.

Ricardo n'a pas entièrement négligé l'influence qu'exercent les améliorations agricoles sur le prix des produits du sol. Il reconnaît que ceux-ci peuvent être livrés à meilleur compte, même en présence d'une population croissante et d'une -augmentation de la richesse publique, lorsque àe^ procédés perfectionnés permeltent (le diminuer les frais de mise en culture des terrains de qualité inférieure, ou la dépense de capital que nécessite l'exploitation plus lucrative des terrains de meilleure qualité. Mais Ricardo et ses disciples, Mac Culloch,par exemple, n'attachent à cette vérité qu'une trop mince importance ; à les entendre, il ne s'agirait là, que d'un phénomène éphémère cpi disparaît sous l'influence de l'accroissement de la population, provoqué par le bon marché des substances alimentaires; les besoins de la consommation ne tarderont pas à rendre indispensable une production plus coûteuse qui relèvera les prix 2.

Cette donnée ne repose sur aucun fondement solide ; rien n'autorise à limiter d'une manière aussi étroite le progrès de l'exploitation agricole. L'Allemagne tout entière montre combien est considérable la marge des améliorations productives, et le Wurtemberg lui-même, dont la population est fort dense, confirme cette assertion, au dire des cultivateurs les plus expérimentés.

Kn 1832, la Saxe a importé 60,483 cjuintaux de guano, qui ont remplacé 4,233,810 cpintaux de fumier ordinaire ; la production

' Laiileur aurait pu nienlionner ici l'inlluonce lonsidérable de l'ripnï d'mtcndon, qui découvre les qualités du sol, appropriées à de nouvelles cultures.

* A mesure que la population se multiplie, il se lomle de nouveaux centres de population, qui facilitent l'envoi et le débit des denrées, en diminuant la dislance entre le lieu de production et le lieu de consommation, L. W,

Di: L/V RENTE DES PROPKIÉTAIRES. 463

du seigle s'est accrue de ö à C scheffeis par qiaintal de guano, ce qui a permis d'obtenir de 300,000 à 3öO,000 scheffels de plus, avec une économie de 80,000 thalers sur les frais de fumure.

L'application du drainage sur 198,000 acres de terrain humide, avec une dépense de 7 millions et demi de thalers (38 thalers par acre, donnerait dans ce pays, en augmentant la production de 3 scheffels par acre, une récolte supplémentaire de 594,000 scheffels, qui est l'équivalent de l'importation des céréales ; on obtiendrait un revenu de 30 pour 100 du capital employé, car les 38 thalers avancés par acre donneraient un surcroît de bénéfice annuel de i 1 thalers 12 gros.

Ces progrès de la science agricole ont une importance plus grande encore pour l'exploitation des champs en friche que pour l'accroissement du produit dos champs déjà cultivés. Ils mettent à même d'économiser sur les frais de mise en culture des terrains de qualité inférieure, et de récolter ainsi des produits dont la valeur ne dépasse pas le prix courant.

D'un autre côté, une exploitation prolongée, à moins qu'elle ne soit épuisante, enrichit le sol remué, engraissé par les fumiers et par les déljris végétaux, les racines, etc.; celui-ci s'élève de plus en plus au niveau des terrains do première qualité, ce qui confirme ce que nous avons déjà dit plus haut, qu'il est de règle de voir les champs les plus fertiles autour des villages et des villes. Il résulte de cette fertilité progressive du sol qu'il devient possible de pourvoir à une consommation plus active et de profiter d'une diminution des frais de production. Mais quand la mise en culture d'un champ de qualité inférieure commencerait par être moins profitable, le cultivateur habile sait, en adoptant un mode d'exploitation plus économique ou plus simple, créer un nouveau supplément de substances alimentaires. Thünen a mis déjà en relief ce point essentiel.

La modération temporaire de l'impôt, tant que le sol ne s'est pas élevé à une classe supérieure, favorise aussi l'extension de la culture.

Le prix des denrées n'est donc point assujetti à une augmentation correspondante à celle de la population et de la demande, et si un renchérissement se manifeste par suite du défaut d'équilibre temporaire entre l'office et la demande, ce phénomène peut disparaître par suite d'une production plus large, qui ne se lie pas d'une manière nécessaire à un accroissement des frais, et par conséquent la population peut se développer sans que les salaires et les profits en éprouvent aucun préjudice.

Ricardo et ses disciples attachent, dans les questions agricoles, une importance beaucoup trop subordonnée à l'activité productive du génie de l'homme.

Reste à examiner si la population des villes, qui grandit avec le développement de l'industrie et du commerce, et qui oblige à chercher des moyens d'approvisionnement à une plus grande distance, n'entraîne pas, comme une conséquence inévitable, l'élévation du prix des substances alimentaires.

On ne saurait, en général, révoquer en doute cette cause de renchérissement. Les grands marelles de consommation, qui imposent des frais de transport considérables, doivent élever d'autant le prix des denrées, et l'expérience démontre que, à population égale, les États dans lesquels la majeure partie des habitants se concentre au milieu des villes industrielles payent plus cher la plupart des substances alimentaires. Cela tient en partie à ce que les riches ressources de ces villes florissantes et le grand concours des consommateurs, qui ne produisent pas enx-mèmes leurs moyens de subsistance, mais sont obligés de les acquérir, donnent une certaine impulsion cà l'élévation des prix du marché. Une raison analogue indique la cause pour laquelle les Etats qui importeni du blé doivent le payer plus cher c|ue les Etats cjui en exportent.

Néanmoins, diverses circonstances agissent aussi en sens inverse de ces causes de renchérissement.

L'activité industrielle et commerciale, cjui amène des rapports plus multipliés entre les villes el les campagnes, fait naître le besoin et fournit en même temps les moyens d'améliorer les voies de communication : on perce des routes, on creuse des canaux, ou

DK LA RHN'TE DES PHOI'R IKl A I K lîS. 40*)

ronstruit fies clieiniiis do fcr, t-t l'on iirrive A i-ffeiiner If^s transports à, moins df; frais, plus vite et à des distaïues plus considérables; de cette manière, le rayon d'approvisionnement se prolonge sans qu'il y ait augmentation, mais seulement nivellement des prix dans les contrées qu'il traverse. La diminution des frais de transport, en étendant le rayon d'approvisionnement, fait concourir au marché des cercles de culture qui vont toujours eu s'élargissant ; elle y ramène des contrées dont le sol plus fertile ou l'économie rurale plus simple permettent de fournir des denrées produites à meilleur compte *. Ce rayon peut, avec le développement du commerce et la division du travail entre les nations, s'étendre jusque par delà les mers, et approvisionner les marchés des pays les plus peuplés avec l'excédant de production de ceux dans lesquels la terre surabonde, en posant ainsi une limite à l'élévation des prix.

Le transport des matières premières sous une forme moins encombrante, du blé, par exemple, sous forme de farine, et leur échange contre des produits industriels, créés à meilleur compte, peuvent aussi cuntre-balaucor l'effet que l'éloignement du marché de consommation exerce sur les prix. C'est ainsi que les progrès de la civilisation compensent les causes de renchérissement que semble créer l'agglomération de la population dans les grandes villes, pourvu que des dispositions législatives ne viennent point entraver la liberté des échanges.

Vin.

Les progrès de la civilisation exercent aussi leur heureuse mfluence, sous beaut:oup d'autres rapports, en ce qui concerne les frais de production et le prix des substances alimentaires. Fendant que le perfectionnement de la technique agricole et du matériel d'exploitation accroît la quantité et améliore la qualité des produits, t't qu'il permet de réaliser une économie notable sur la production des matières premières, le perfectionnement de l'industrie et surtout l'application des m.tchines fournissent les moyens de transformer plus facilement et plus économiquement les substances brutes en denrées alimentaires, qui donnent pins directement sa-

' A Berlin, dont la püpulalion s est élevée de 8,000 âmes à 423,800, le prix des céréales n'a pas augmenté, il a plutôt diminué.

tisfaction aux besoins de rhomme. (yest ainsi que la farine se substitue au blé, la bière à Torge, et qu'on parvient à tirer de la même masse de matières premières des substances alimentaires en plus grande quantité et de meilleure qualité ; il en résulte que la rente du sol grandit sans renchérir les denrées. Les améliorations introduites dans la mouture*, la brasserie, la distillation des esprits, la fabrication du sucre, et l'heureuse influence que ces industries exercent sur Télève du bétail et sur la multiplication des engrais. sont autant d'exemples saillants à l'appui de ces indications.

La diminution du prix des objets fabriqués, des vêtements, des instruments et de toiit le mobilier agricole, diminution qu'amènent le perfectionnement de l'industrie et le développement du commerce, se traduit en véritable augmentation du produit net, puisque la déduction c|ue celui-ci doit subir, pour solder une même quantité d'objets consommés, s'atténue.

Le progrès social et l'augmentation de la richesse exercent surtout leur influence sur les entreprises agricoles, par le taux de l'intérêt.

Quand celui-ci baisse, il devient possible, jusqu'à un certain point, d'attaquer des terrains de qualité inférieure et de fournir aux besoins d'une population croissante, sans renchérissement des produits. Un autre phénomène se manifeste quelquefois ; l'abaissement du taux de l'intérêt amène la diminution des prix, de la rente et de la valeur des champs anciennement exploités*.

Si les prix se maintiennent, l'entrepreneur recueille le profit de la différence ; mais par la suite ce profit revient aussi en partie ù la rente et en partie aux salaires. Ainsi, le progrès de l'industrie, du commerce et de la richesse générale peut, indépondaniment des progrès de l'agriculture elle-même, élever la rente du propriétaire, sans que le consommateur ait à payer plus cher les substances alimentaires, et non-seulement sans aucun préjudice, mais avec avantage pour les profits et les salaires; c'est là un point essentiel, dont on ne s'occupe pas suffisamment dans rexamen de

' M. Passy dit {Diclionnairc de T économie y olilique, t. II, p. 515) <|iic ia quantité de ^'rains qui, durant le seizième siècle, ne rendait à la meule que JÜU livres de farine, en rend maintenant au delà de 190.

* Careysoullenl que les progrès de l'économie rurale et l'abaissement du lau\ de linlérét diminuent tellement la valeur îles terrains anciennement exploité.-, (jue ceux-ci ne sont plus en état d'assurer le prolit normal des avances foncières qui leur ont été consacrées.

DE LA IlEWTI-: Di:S PKOPR I HTAIRHS. 467

la question de la rente : le produit brut peut rester invariable et le produit net s'élever avec le développement de la production industrielle, le perfectionnement des voies de communication et l'augmentation de la richesse générale.

La rente n'est donc pas seulement la conséquence de la production agricole, mais surtout le résultat du progrès économique de la société.

Aux degrés moins avancés de la civilisation correspond la faible valeur vénale de l'excédant des produits agricoles, car la population urbaine existe à peine et la demande est très-limitée. La renie est payée au seigneur de la terre en prestations, et celui-ci n'en retire que le moyen d'avoir une suite nombreuse et d'exécuter quelques misérables travaux domestiques. Mais à mesure que la division du travail s'établit et que les villes se forment, \es prestations augmentent de valeur et s'élèvent à un prix courant ; la suite inoccupée du seigneur s'éclaircit, car les travaux agricoles réclament plus de bras, et l'industrie grandit en occupant un plus grand nombre d'hoiumes, ce qui accroît la demande des produits alimentaires. Ainsi la valeur et surtout le prix vénal de l'excédant de la production agricole s'élèvent à mesure que la division du travail se développe et que la demande et les ressources de la population urbaine augmentent. Plus le perfectionnement de l'industrie et du commerce et la progression de la population ur-^ baine marchent d'un pas rapide, quand on les compare à la culture, plus le prix des denrées peut s'élever, malgré l'augmentation de la production, et en même temps les citadins peuvent, grâce à la productivité plus intense de leur propre labeur, échanger une moindre quantité d(^ travail i^iutre la même masse des substances alimentaires.

M.iis quand le produit agricole augmente, le propriétaire n'en retire pas lui seul tout l'avantage en percevant une rente plus élevée ; le salaire des ouvriers et le profit dos entrepreneurs y gagnent aussi ^ Dans quelle mesure ? Cela dépend surtout de l'accroissement du capital et des rapports entre les entrepreneurs et les ouvriers dans les divers emplois de l'activité humaine : plus lindustrie et le conmiercese développent, et plus les salaires et les profits

' Le prix plus élevé des produits agricoles est seulement le moyen de faire participer les travailleurs et les entrepreneurs ruraux au bénéfici- du développement de la richesse générale.

4G8 APPKNDICE.

recueillis daus les villes exercent de rinlluence sur les éléments productifs dans réconomie rurale.

On commet une méprise cjuaud ou établit eu règle que la capacité productive du sol va en déclinant; en fait, dans les pays les plus riches et les plus peuplés, le travail d'une portion relativement faible de la population suffit pour fournir, avec plus d'abondance et de certitude, aux besoins beaucoup plus grands des industriels et des commerçants, et les substances alimentaires et les matières premières, que ne le font, dans les Etats moins civilisés et moins peuplés, des récoltes moins abondantes ; ce sont ces derniers qui souffrent le plus fréquemment de la disette et de la famine.

Ceci une fois constaté, il est facile d'apprécier l'erreur de ceux ■qui présentent le paupérisme conime une nécessité, parce que le sol deviendrait de moins en moins fertile et la nature de plus eu plus avare de ses dons, ce qui déprimerait sans cesse la condition des classes laborieuses, en améliurant celle des propriétaires ; il est facile aussi de juger la doctrine d'après laquelle le droit de propriété ne serait qu'un monopole injuste, quoique nécessaire, qui rendrait r. instamment les riches plus riches et les pauvres plus pauvres.

Le ijiogrès, dans toutes les directions de l'activité humaine, n'agit pas, comme on a trop souvent voulu le faire accroire, à davantage du petit nombre et au détriment des maiisps : il est une source de pt^ospérité et de bien-ètre pour tous.

Si la diversité naturelle des aptitudes et de la situation du soi détermine (malgré l'écpiilibre que les améliorations eifectaées tendent à établir) une différence correspondante dans le taux de la rente, comme aussi dans le taux des salaires et des prolits, la même diversité se manifeste avec tout autant d'énergie dans les autres branches de la prodnctiMU.

Sans doute, les forces productives du sul sont bornées par les iulluences du climat et par l'espace : une population dont l'accroissement dépasserait ces limites cxiréuies aboutirait fatalement au dénùmeut et à la famine; mais cette hypolbèse est indépendante du mode de possession du sul; une déduction systématique se heurterait contre ce problème, quand même l,i terre nllVirait partout une égale puissance de fertilité.

La prévoyance humaine peiit seule dominer cette cause df misère.

M. Thiers a également posé *, comme une règle qui dérive de la nature des choses et de l'expérience, que la rente diminue en présence de la multiplication des capitaux mobiliers et de la baisse de l'intérêt. La part réservée au cultivateur augmente, dit-il, tous les jours, tandis que celle qui est réservée au propriétaire foncier diminue. Aux environs de Paris, par exemple, ou dans les provinces riches de Normandie, de Picardie, de Flandre, la terre rapporte à peine 2 1/2 pour 100, tandis qu'il y a soixante ans elle rapportait 3 1/2 et 4 pour 100. Dans les provinces les moins riches, la rente de la terre s'élève à 3 1/2 pour 100, mais aussi on y paye le journalier IS sous, tandis qu'il rcruit 25 sous là où la lerru vaut davantage ,

Ceci demande explication.

D'après l'exemple produit p;ir M. Thiers, la même terre qui rapportait au propriétaire 7,000 uu 8,000 francs lui en rapporte aujourd'hui 12,000 ou 15,000 -, c'est-à-dire que la quotité absolue de la rente a doublé.

La valeur vénale a suivi uuc progression encore plus rapide, parce que le taux de l'intérêt a baissé ; une terre qui, eu 1789, valait 200.000 francs , eu vaut i-00,000 maintenant et souvent 000,000 francs'*.

La rente du sol, considérée comnii' le loyer de la valeur vi'niale ou du prix d'achat, se met en équilibre avec le taux courant de l'intérêt et bai^c avec lui ; il faut bien que l'acquéreur se cou tente d'un revenu moindre, surtout quand il porte en ligue de compte la solidité du placement territorial et la perspective d'une augmentation de la rente. C'est dans ce sens seulement que l'on y)eut dire qut> la re)de diminue en même tenq)s que le taux de

' De lu Propriété, \). 105 et suiv.

- M. Pa SSV fait observer {Dictionnaire de féconomie politiiiue, I. II, p. 51ô) que l'hectare qui ne donnail (piune récolte île 10 à 11 lieclolitros en 1789 en produit aujourd'hui 18 à 20, et procure ain^•i environ 170 IV. de plus Les frais se sont accrus de 70 {\\ et le torniap;« a jilus que doublé; de 55 fr. il est monté h 70 et 80 fr.; nsie l'ncore une trentaine de francs de supplément de protlls ; tout le monde y a pi^né, propriétaires, entrepreneui s de culture et ouvriers.

^ Nous croyons que celte évaluation est loin de pécher par l'exagération ; dans beaucoup de contrées, la propriété a double et triplé de \alcur. non pas seulement depuis 1789, mais depuis quarante ans. L, NV

A70 APPlîNDICE.

l'intérêt, car elle a beau grandir , les ventes, les successions, les partages, les échanges ne tardent pas à rétablir l'équilibre entre le produit accru et la valeur vénale augmentée ; la proportion se maintient, mais les termes changent constamment.

Les propriétaires se transforment ainsi de plus en plus en capitalistes calculateurs, et le compte d'une certaine rente lear devient doublement nécessaire à établir quand ils ont emprunté sur hypothèque tout ou partie du prix d'achat, et que leur revenu doit plus ou moins s'écuuler sous forme d'intérêts entre les mains de leurs créanciers. Ceux-ci deviennent, en quelque sorte, les véritables percepteurs de la rente.

Dès lors, toute attaque contre la propriété et contre la rente du sol devient une attaque contre le capital, et celui-ci est directement intéressé à faire respecter le droit des propriétaires.

Résumons le résuTtat de nos investigations.

1. La propriété du sol est la première condition du progrès de la culture, et la rente constitue une récompense légitimement acquise aux propriétaires, pour l'initiative qu'ils prennent, les frais qu'ils ont supportés et les risques cju'ils ont courus, ainsi que pour la surveillance et le contrôle qu'ils exercent sur l'exploitation rurale.

A l'origine, quand le propriétaire exploite par lui-même, la rente se confond avec le profit de l'entrepreneur ; mais eile ne tarde pas à se manifester d'une manière distincte, soit sous forme de prix de vente, soit sous celle de fermage.

2. La quotité de la rente dépend, aux époques primitives, de ce que le paysan peut fournir ; c'est la puissance dominante du droit seigneurial qui la détermine. Les propriétaires du sol s'emparent de tout ce qui dépasse les besoins les plus réduits de ceux qui travaillent et qui entreprennent la culture ; ils perçoivent donc une portion considérable du produit brut, sous forme de rente ; c'est l'époque où la culture n'exige qu'un faible concours de labeur et d'avances.

Les choses se passent difîérenuueul, par exception, dans les pays qui livrent à des hommes entièrement libres de nouveaux ter-

Di: l.k KENTE DES PROPRIÉTAIRES. 471

raiiis à exploiter ; alors ce sont les salaires élevés (jiii absurljent la majeure partie du produit l)rut.

3. Avec, les progrès de la civilisation, c'est-à-dire avec l'affranchissement successif dos classes laborieuses, le perfectionnement de la pratique agricole, qui provoque l'application plus large du travail et du capital et l'accroissement de la richesse générale, élève la part des salaires et des profits, et restreint le droit proportionnel du propriétaire sur la masse accrue de la production : il n'eu est pas moins vrai que la quotit('? absolue de la rente peut grandir d'autant plus que les progrès de l'économie agricole ont augmenté davantage le produit do l'exploitation, que les frais de production se sont atténués, que le taux do l'intérêt a baissé, que le prix courant des denrées s'est maintenu ou tend à monter, et que l'on recherche les domaines ruraux.

4. En général, la valeur et le prix des produits du sol se règlent sur le maximum de la dépense qui serait nécessaire, en frais de dir(!ctiou, travail et capitaux, pour créer la même masse d'approvisionnements dans les circonstances les moins favorables. Néanmoins, le prix des produits peut se maintenir et njême augmenter, c'est-à-dire s'élever au-dessus des frais indispensables, en mémo temps que la production agricole se développe. Ce phénomène se manifeste lorsque la population et les ressources de la ville, ainsi que la fécondité de l'industrie et du commerce, se développent plus rapidement que l'agriculture; lorsque, sous l'influence d'une richesse accrue, les salaires et les profits obtiennent un taux supérieur, ce qui conduit à calculer sur im plus haut pied les avances faites à une exploitation rurale plus productive.

5. Les prix peuvent aussi s'élever quand la culture est obligée de s'étendre sur des terrains de qualité inférieure, ou bien lorsqu'on est forcé de demander une partie de l'approvisionnement à des contrées plus éloignées, ce qui grève les transports et les négociations. Dans ce cas, la hausse de la rente peut coïncider avec la diminution des salaires et des profits. Mais ces causes ne se lient pas forcément au développement de la population. La culture no s'étend pas d'une manière régulière des meilleurs terrains aux terrains moins fertiles ; souvent le contraire a lieu, ou bien une légère augmentation de frais permet de répondre aux nouveaux besoins par une amélioration de culture des terrains déjà exploités, linoutro. los progrès de l'agriculture et de l'industrie, la baisse du

taux de Tinteret, etc., permettent souvent de tirer d'un terrain de qualité inférieure un produit plus considérable, avec moins de frais qu'il n'en fallait auparavant pour un sol de première qualité. L'envoi des provenances lointaines se trouve également facilité par l'amélioration des voies de communication ou par l'économie et les progrès de la production dans ces rayons de culture.

Il en résulte que le prix des denrées ne hausse pas uécessairement avec l'accroissement de la population; il peut se maintenir longtemps au même niveau et même baisser, et cependant, sous l'influence d'une production plus active, agricole, industrielle et commerciale, on voit la renie, les salaires et]es profits augmenter en même temps.

0, Le produit tiet de lu terre tient, en général, à la puissance productive du travail et du capital employés, soit dans l'agriculture elle-même, soit dans les autres branches de l'économie nationale. La ?'ente, qui constitue une portion dn produit net (le surplus se répartit sous forme de profits, d'intérêts et de salaires, entre les ouvriers, les capitalistes et les entrepreneurs de culture), ne saurait donc être envisagée simplement comme le résultat ou le prix des forces productives du sol ; elle est, aussi bien que le salaire, l'intérêt, etc., la résultante commune des forces naturelles, du travail et du capital qui concourent au développement de la culture et de toute la production nationale.

La l'ente de la terre peut être plus ou moins élevée dans certains lieux et à certaines époques, suivant qu'elle est plus ou moins favorisée parles circonstances naturelles (la constitution du terrain, le climat et les rapports commerciaux, le degré de développement de la culture et de la richesse générale), de mémo que le revenu net disponible de l'ouvrier (\d. rente du travail), le profit fie l'entrepreneur, la rente à\\ savant et de l'artiste augmentent ou diminuent, suivant les facultés naturelles de l'individu, suivant que leur développement exige plus ou moins d'avances, suivant le milieu dans lequel on se trouve appelé à fonctionner et [suivant l'ensemble des relations sociales. A mesure que la civilisation se développe, la concurrence tend à ramener de plus en plus au même taux les salaires, les profits, etc., sans jamais arriver à l'égalité absolue; les progrès dans l'agriculture, dans les voies de communication agissent d'une manière analogue au moyen de l'aiiiélii.ralioi) des terrains de qualité iiiCérieiire, de la diminution

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des frais de transport, etc., pour faire disparaître la diversité de la rente de la terre, sans être eu état de l'efTacer complètement.

7. Puisque la rente de la terre est le prix de l'initiative prise pour la culture, de la direction et de la surveillance du propriétaire, et se lie à une rente du capital employé et fixé dans l'exploitation, souvent avec un grand risque, il en résulte qu'il y a un minimum de rente du sol qui doit faire partie constitutive de la valeur des produits comme Vintèrêt et le profit ; il est impossi- ])Ie^ à moins d'enlever tout attrait à l'exploitation de nouveaux terrains et aux améliorations agricoles, c'est-à-dire à moins de porter le coup le plus seusiLlo à l'intérêt social, de confisquer cette partie du produit, comme jusque dans ces derniers temps, re\enant aux prémisses des physiocrates, Mill, Arndt, Wolkoff et d'autres économistes ont eu tendance à le faire.

Si l'on voulait uniquement retirer, au moyen de l'impôt, la portion de la rente du sol qui se développe en vertu de la constitution particulière du sol, de la situation et des progrès généralement accomplis sans le concours eflfectif du propriétaire, il faudrait prendre en considération ce grand fait que les diversités relatives de fertilité et de situation n'ont pas leur point de départ dans les circonstances naturelles, qu'elles dérivent tout autant de l'application du travail intelligent et du capital . Il est entièrement impossible de faire le départ de la portion de la rente de la terre qui est le fruit des diversités naturelles, et de la portion qui est le fruit du travail et du capital. Le même droit qu'on exercerait vis-à-vis du propriétaire pour lui ravir la part qui correspond aux facultés naturelles et aux progrès accomplis par la société devrait également faire confisquer, au moyen de l'impôt, toute espèce de rente du travail et de l'industrie qui dépend d'une aptitude naturelle du corps ou de l'intelligence, ou qui peut être considérée comme le résultat des progrès sociaux et des circonstances extérieures. Cette confiscation serait doublement inadmissible aujourd'hui ; la rente du sol est devenue un objet de commerce : elle représente le revenu du capital employé pour l'acquérir.

Il n'y aurait pas moins d'injustice à s'emparer, au moyeu de l'impôt, de l'accroissement futur de la rente, comme le proposent Chalmers, Mill et Arndt, car ce bénéfice est dû également plus ou moins aux efforts du propriétaire : il constitue une prime pour le risque (|ue celui-ci consent à courir au moment de l'acquisition :

il fait entrer cet accroissement futur dans ses calculs, et une diminution de la t'ente est également possible ; enfin les aA'ances foncières qu'il consacre à l'amélioration du sol sont exposées à être perdues ou à ne rendre qu'un revenu chétif, tout aussi bien qu'elles peuvent fructifier.

8. S'il est contraire à l'équité et à une bonne écunomie d'annuler la rente par la perception de l'impôt, il serait tout aussi difficile de justifier la doctrine diamétralement opposée qui A-eut affranchir la rente du sol de tout impôt, ou bien fixer celui-ci d'une manière immuable et à un prix très-modique. Puisque, comme les autres classes , celle des propriétaires doit une partie de l'augmentaiion du revenu à l'ensemble d\\ progrès accompli par l'économie publicpie, il est tout simple que l'obligalion de contribuer aux dépenses qui favorisent ce progrès augmente également.

Les propriétaires ne remplissent pleinement cette obligation que s'ils contribuent aux charges publiques proportionnellement à l'accroissement de leur revenu.

Un privilège en matière d'impôt, alors qvi'il s'agit d'un revenu que les masses envisagent, bien que ce soit à tort, comme le fruil d'une détention oisive et comme im préjudice pour l'intérêt général, ne ferait qu'aggraver encore la séparation liostile de ceux qui possèdent et de ceux qui ne possèdent pas ; on ne saurait les rapprocher qu'en faisant exactement remplir aux propriétaires tous les devoirs qui leur incombent à raison du droit de propriété. Ce n'est pas tout, pour los remplir, que de contribuer dans une juste mesure aux charges publicpies, il faut encore que la propriété se mette en tète de tout ce qui peut favoriser les entreprises d'utilité générale, agricoles, industrielles, scientifiques et artistiques, qu'elle soit la première à consentir des sacrifices aux temps du péril et de la détresse publique, qu'on la trouve toujours en avant pour tout ce qui est bon, beau et généreux.

De cette manière, tous les intérêts s'harmonisent et rencontrent leur satisfaction suprême dans le développement du progrès général de la société.

Il nous reste à produire à l'appui de notre doctrine quelques indications historiques ot statistiques.

Dl-: i,v Ri:iM'K Df'S PHOPriii:TAiin:s. 475

n. Nous avons déjà mentionné ce fait qu'en Angleterre la rente du propriétaire, qui emportait jadis le quart, le tiers et même les deux cinquièmes du produit Ijriit, n'est guère maintenant que du cinquième; la quotité absolue de la perception s'est accrue malgré la diminution de la quotité relative.

D'après Bartou et Wade, »m u cunslaté les chiliics suivants :

l'romeîil, prix du quai Irr '. Salaire litbdomadairc

des gens (Je la campii^np.

Ell argent. lin piiiles ' de froment.

1C5I. . . . 69scll. Id. 6<ch. 10.1. iS

1661. . . . .îi » 6 !) 61

1751. . . . .12 » fi » 96

De 1816 à 1801, la population de la Grande-Bretagne s'est élevée de \{ millions à près de 21 millions d'âmes, et le prix du cjuarter do blé était : 181G-182Ü, 61 sch.; 1820-1830, 87 sch. 2 den.: 1836-181.5, .58 sch.; 1846-1800, 51 sch. 2 den.

h. En France, de Gérando et de Morogues se sont attachés à montrer que de 1599 à 18.30, malgré l'accroissement de la population et la multiplication de métaux précieux, le prix du blé n'avait pas augmenté.

Le setier valait •' :

l'rix du se;

Valeur

du marc.

Os,

Moyemii! : 0,551.

IMpport.

' 2heclolilres.90.

2 IHnt (1/8 lie gallon), Uiit.,5679.

"'' De Gérando, Bienfaisance puhliqup. l 1, p. 17(5

Prix du selier. Valeur du marc. Rapport.

Moyenne : 0,514.

Moreau de Jonnès dunne le sommaire suivant de la production agricole ' :

Population totale. < ampagiies. l'roduction agricole.

Frais de culture. Rapport au produit brut.

llenlc. Üapporl de la rente

à la production agricole.

ISiO 2,000,000,000 40 p. 100

Frais (le culture. Proportion Salaire

au produit brut, par famille.

1700 158,000,000 35 p. 100 135 fr.

1813 1,827,000,000 60 p. 100 iOO

1840 3, 01 ("s 000,000 60 p. 100 ."iOO

c. En Belfçique les prix étaient, par hectolitre:

Iroincnt. beigle.

1801-1810 17 1V. 93c. 11 fr. 82 c.

18il-1850 20 38 13 31

La population belge s'est accrue de 4,07 i,7 12 (18291 à i,i26.202

Le prix moyen de fermage par hectare, était : t-n 1830 , .'iT fr. 25 c. ; en 1835, 62 fr. 48 c. : en 1840, 70 IV. i4 c. ; en ISiii, 74 fr. 50 c.

La valeur rurale s'élevait par hectare: en ISoO, à 2,180 fr. : en 1835, à 2,382 fr. ; en 1840, à 2,G:ii IV.; <mi isiß, à 2,(i(>i.

> Anmiaire dp l'Econotnie ]K'liliqiie, 18.")!.

Di: r.\ nr-NTi- dis i>iîopiuktaiki:s. 477

l.a rr-nlt» ('■tait tlunc, ivlativomcnl au prix sdes posessinns territoriales : 011 18:^0, ■>,Qi pour 100; 183."i, 2,G2 pour 100; 1840, 2,6ö pour iOO; ^846, 2,80 pnur tOO. Mais si l'on tient compte de raugmentation de la valeur vénale , on voit que celui qui a conservé sa propriété a vu la rente monter à 3,91 pour 100.

Le salaire moyen du journalier s'est élevé de i fr. 08 c. (1830) à I l'r. 18 0. (1846).

Le produit aèso/î< en rente, le fermage, est le plus élevé dans les provinces les plus fertiles, divisées en petites fermes, et le plus faible dans les provinces pauvres, oii l'on rencontre de grandes exploitations et oii domine l'administration directe des propriétaires*. Par contre, le revenu relatif du capital foncier s'élève le plus haut, dans les contrées les plus misérables, où le fermage est le plus bas.

d. La population de l'Autriche allemande a monté, de 1810 à 1849, de 9 millions et demi à 12 millions d'âmes; cependant, le prix du froment et du seigle n'a augmenté ni à Vienne, ni dans la basse Autriche; il en a été autrement de la viande, dn lait, du beurre, des légumes et du bois.

e. En Prusse*, la population était, eu 181 G, de 10,349,031 habibitants; eu 1849, de 16,341,187 habitants. Elle s'est donc accrue en trente-trois ans de ;>, 982,106, ou d'environ 38 pour 100.

Le prix du schefTel de froment, avec une exportation accrue, a été: 1816-1825, 66 gros d'argent 10 deniers; 1826-1833, 35 gros d'argent 3 deniers ; 1836-1843, 62 gros d'argent 3 deniers; 1840- 1830, 73 gros d'argent 11 deniers.

Dans cette dernière moyenne figure l'année de disette 1847, nù le prix moyen a monté jusqu'à 1 1 0 ^vo% 9 pf . ^.

Le prix moyen du stnglo et des pommes de terre a éli'' :

S'islc. l'ommes do lerro.

181G18;'.3 »3 yr. li il. \i <;r. 0 .1.

I8;ji-isr)i ii 11 is 0

Nous donnons à la page suivante le relevé des prix de Berlin, sans faire entrer eu ligne de compte la variation du titre des monnaies*.

•i Roiihertus, Sociale Briefe, t. UI, p. 249. Soelbeer, traduction île Mill, l II. p. 089, 3 1 schetït'l lie Prusse, près de 55 litres, I tlialer ;,."0gros),5 IV. "Ô <• ♦ Hubner, Jaliriwli jur Volksicirlschaft und Slalistik, 1854.

Froint'iit.

6eij

le. !•(

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IfiSO.

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