‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 38 sur 73 · AFRIQUE ÉQUATORIALE · texte numérisé non relu

AFRIQUE ÉQUATORIALE

La climatologie des cotes du golfe de Guinée diffère peu de celle du Gabon-Congo. La prédominance de l’anneau équatorial dans l’hémisphère nord où il remonte jusqu’au-dessus de i5° est la cause de 1 abondance des pluies dans cette région, abondance beaucoup plus marquée, ainsi que nous le verrons tout à l’heure, que dans les localités d’égale latitude situées dans 1 hémisphère sud. Les colonies européennes qui sont comprises entre le Niger et l’Océan ont donc un climat très analogue à celui des régions englobées sous les noms de Congo français et Congo belge ou État indépendant. On y observe les mêmes phénomènes physiques , orages violents dans la saison des pluies, saison d’été peu accentuée surtout dans l’intérieur, et, sous le rapport de l’insalubrité, ces colonies ressemblent absolument à celles des régions franchement équatoriales. Cependant certaines particularités des côtes y rendent le littoral peut-être plus malsain encore. En effet, par une disposition presque générale, à la côte d’ivoire, au Dahomey et à Lagos surtout, la lutte établie entre la poussée de l’Océan et la force du courant des fleuves et rivières détermine la création de lagunes d’eau saumâtre, d’une superficie très étendue, qui sont limitées d’un côté parles terres de l’intérieur, et, de l’autre, par les barres de sable que le vent et la marée battant la côte — souvent furieusement — amoncellent tout le long de ces rivages inhospitaliers. Il en résulte sur le littoral un paludisme particulièrement intense, et pro-

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bablcmcnt aussi est-ce là une source d’infections variées, depuis la fièvre typhoïde jusqu’à l’hépatite et la dysenterie. Car les bords de ces lagunes sont les réceptacles d’une quantité énorme de débris organiques à la production desquels concourent les populations indigènes pour une très large part.

Mais à l’intérieur, pour l’ensemble de ces territoires, il est superflu d’en séparer la notion climatique et la valeur hygiénique de celles qui caractérisent les vastes régions qui leur font suite. Tout ce qui concerne le Gabon et le Congo leur est donc finalement applicable.

La climatologie du Congo, ensemble les parties française et belge, est caractérisée par une thermométrie et une hygrométrie à la fois élevées et constantes. Comme cela est la règle pour les régions africaines qui sont côtières de T Atlantique, le littoral des contrées congolaises bénéficie de l’influence du courant antarctique (courant de Benguela) jusqu’au point où ce courant, en se dirigeant vers l’ouest, devient courant équatorial. J’ai déjà indiqué cette condition particulière à propos des considérations générales sur la climatologie intertropicale. C’est ainsi que la température annuelle moyenne de ce littoral est fixée aux environs de 26° centigrades, tandis qu’en remontant le bassin du Congo,

vers l’intérieur, cette même température atteint 28°. Conséquence bien remarquable de l’action exercée par le courant antarctique, les températures moyennes précitées varient peu, tant qu’on suit une même direction de l’ouest à l’est au-dessous de l’équateur. Mais si on s’élève au-dessus et qu’on remonte soit le cours du fleuve, soit celui d’un de ses affluents de rive droite, de l’Ubanghi ou de la Sangha, alors la température moyenne annuelle s’élève progressivement, passe par 290 pour atteindre enfin 3o° qui est l’équateur thermique, vers la latitude de i5° nord. C’est qu’en effet, l’action réfrigérante du courant antarctique s’arrête au niveau de l’équateur géographique, puisque c’est à ce niveau qu’il

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s’infléchit brusquement vers l’ouest pour aller baigner les côtes du Brésil et des Guyanes. Circonstance aggravante de ce changement dedxrection du courant polaire, un contre-courant, venu de la branche du nord-équatorial sous le nom de contre-courant de Guinée et qui est

un courant d’eau chaude, vient baigner toutes les côtes qui bordent le golfe de même nom pour finir à peu près au Gabon, c’est-à-dire à l’équateur où il se confond d ailleurs avec le courant sud-équatorial. Cette distribution des courants marins donne l’explication du déplacement vers le nord de l’équateur thermique. Elle fait comprendre pourquoi toutes les localités congolaises au-dessous de l’équateur ont, a latitude de même valeur, des températures moyennes annuelles inférieures à celles qui sont situées au-dessus. Elle rend enfin compte de l’élévation progressive de ces mêmes températures à mesure qu on pénètre dans l’intérieur du continent et qu’on s éloigne par conséquent du voisinage de l’atmosphère maritime.

En résumé les côtes de l’Afrique équatoriale sont un peu moins chaudes — en moyenne annuelle — que les régions de l'intérieur, de deux à trois degrés environ.

Mais, ainsi que je l’ai dit antérieurement, ce ne sont pas les températures moyennes annuelles base des isothermes, qui peuvent donner du climat thermique une idée juste. Ce sont les variations ; c’est l’écart des maxima et minima journaliers, mensuels eL annuels.

La variation diurne de la température dans celte partie de l’Afrique est en moyenne de 7 à 8°, sous réserve des altitudes qui ne l’influencent guère, d’ailleurs, qu’à raison de i° de baisse par 180 mètres environ. Le thermomètre monte aussitôt après le lever du soleil, et assez brusquement, de manière que la température s’accroît de près de 5° entre 6 heures et demie et 10 heures. De 10 heures à 1 heure et demie la hausse est encore de i°,8, près de 20 ; à partir de 3 heures jusqu a 9 heures, le termomètre baisse de 3 à 4° et à peu près d’autant jusqu’à 6 heures du matin. Ces observations du

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Congo français sonl corroborées, à 1res peu de différence près, par (telles laites au Congo belge. Quant aux moyennes mensuelles, elles se rapprochent beaucoup des moyennes annuelles, c’est-à-dire que déjà l’écart moyen estdes plus faibles, de i à 2°cenligrades à peu près.

Il résulte de cette situation qu’en somme l’élévation de la température est constante, que les variations diverses ne sont pas assez étendues pour modifier avantageusement les impressions physiques, (|uc l'année équatoriale ne renferme pas de saison qui puisse être qualifiée de fraîche, car on ne peut attacher ce caractère aux trois mois de juin, juillet et août (au sud de l’équateur) où la température moyenne fléchit d’environ a0. Il est vrai, cependant, que, même cette faible diflérence atténue assez sensiblement la lourdeur du climat, et que tous ceux qui ont vécu l’existence des pays chauds à température presque constante, savent combien les plus faibles écarts sont bienfaisants. Mais au point de vue biologique, qu’est-ce qu’une diminution de i° centigrades sur la moyenne d’un mois, quand la température moyenne oscille entre 26 et 28° ? Le corps n’en reste pas moins affaibli, les fonctions n’en sont pas moins déprimées, et la sensation de bien-être résultant d’un écart de 2 même de 3° (s’agissant d’une moyenne) est bien fugace et de bien faible portée physiologique.

C’est que le facteur hygrométrie intervient toujours, c’est que l’Afrique équatoriale est extrêmement humide. Du fait même de l’ambiance nébuleuse créée par la rencontre des alizés et du refoulement des masses de vapeur sous la forme annulaire parallèle à l’équateur (cloud ring des Anglais), entre le io° degré Sud et le i5c degré Nord, toute l’atmosphère équatoriale est lourdement chargée d’une humidité qu’elle pousse et répand sur les côtes et de là sur le continent. Aussi les saisons sont-elles, dans ces régions, bien loin d’être marquées comme au Sénégal.

Théoriquement, en effet, par suite de la marche du

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