TEMPERA TURE
7 degrés, des écarts mensuels qui atteignent parfois, suivant les localités, 16, 17 et 18 degrés, et des variations nycthémérales qui se chiffrent par 16, 17, 18, 20, 25 degrés et au delà. A Podor, le 2 avril 1892, j’ai relevé moi-même un écart de 21 degrés; le thermomètre accusant à 2 heures de P après-midi 39 degrés et à 7 heures 18 degrés, à bord de l’aviso le Dagana.
La notion des moyennes annuelles de la température ne saurait donc donner autre chose qu’une idée fausse de la climatologie de la zone géographique qui s’étend d’un tropique à l’autre. Il n’y a pas de moyenne générale qui puisse caractériser utilement le climat d’une pareille étendue. A la vérité, un semblable mode d’appréciation climatique n’est qu’un jeu de patience sans caractère pratique, et le système de l’isothermie qui repose sur sa conception ne peut pas être considéré comme susceptible de donner une idée exacte du climat ou plutôt des climats équatoriaux et intertropicaux.
« La décroissance de la température, de l’équateur au pôle, est loin cl’être régulière, et elle est soumise à bien des influences perturbatrices. Le tracé des lignes isothermes (lignes qui réunissent les points du globe jouissant d’une même température) peut arriver à mettre en évidence l’irrégularité de cette distribution de chaleur, et l’on voit ces lignes, au lieu de se confondre avec les parallèles de latitude, les couper sous des angles quelquefois très grands. Cependant, si instructif que puisse être un tel tracé, il risque d’induire en erreur : une carte des isothermes ne donne que les températures réduites, et suppose l’altitude des terres ramenée au niveau de la mer.
« Or, les montagnes et surtout les plateaux occupent
(i)A consulter : a. Borius. Recherches sur le climat du Sénégal. Paris, Gauthier-Villars, 1875; b. Ricard. Hygiène des entreprises à la partie intertropicale de la côte occidentale d’Afrique. Paris, 1 855 ; c. Héraud. Revue maritime et coloniale, 18O1, t. I, p. 5 1 1 .
DU CLIMAT DES TROPIQUES E N GÉNÉRAL
sur le globe une étendue considérable, ce 1 1 i fait que les cartes de lignes isothermes sont nécessairement fictives si elles les négligent, illisibles si elles en tiennent compte. Nous avons donc cru devoir renoncer à dresser notre carte des climats en prenant pour base le tracé des isothermes : il y a un élément très important des climats, c'est leur variabilité, ou l’écart entre les températures réelles extrêmes que l’on observe année moyenne (i). »
Et M. le docteur Just Navarre, dans son excellent Manuel cV Hygiène coloniale , parlant de la classification des climats basés sur l’isothermie, s’exprime ainsi : « Si, pour les pays voisins de l’équateur thermique, où les écarts de température entre les saisons sont de 3 à 4 degrés à peine, les moyennes peuvent nous fournir un terme de comparaison, pour certains pays voisins des tropiques, le Sénégal, l’Australie, quelques îles polynésiennes, les moyennes ne nous donnent que des idées inexactes sur la température et la climatologie (2). »
C’est aussi la même réserve qu’avait formulée Dutroulau (3) et que le professeur Layet, de Bordeaux, alors agrégé de l’Ecole de médecine de Rochefort, avait exposé avec une parfaite clarté. Avec l’autorité qui s’attache à tout ce qu’il a écrit en hygiène et pathologie exotiques, le professeur Layet disait, en 1877 (4) : « Tout en restant la base de la classification des climats, la thermologie doit emprunter à toutes les modifications qui peuvent affecter nos sens un caractère moins idéal et plus en rapport avec l’influence du milieu sur l'individu. Par la connaissance des moyennes annuelles de
(1) Note de M. Camena d’Àlmeida in Atlas de Yidal-Labiache.
(2) J. Navarre. Manuel d’hygiène coloniale. Paris, 1890, p. a.
(3) Dutroulaxj. Traité des maladies des Européens dans les pays chauds. Météorologie. Paris, 1868, p. 102 et suivantes.
(4) A. Layet. Études d’hygiène intcrtropicale in Arch. de nic'd. navale, 1877, t. XXVII.
HUMIDITE A TM O SPHERIQUE
la température, la climatologie acquiert sans nul cloute une certaine précision; mais X isothermie demeurerait insuffisante si l’on ne prenait en considération les variations habituelles de température et les écarls entre les extrêmes. » Et il n’est pas un seul observateur qui n’ait reconnu, en effet, l’insuffisance, ou plutôt l’inexactitucle que présente le système des moyennes isothermes pour l’appréciation et la différenciation des climats, autant, sinon plus encore, dans la zone intertropicale que dans les régions placées en dehors.
Ce qu’il convient de dire , c’est qu’il n’y a ni un climat intertropical, ni un climat équatorial. Il y a entre les tropiques et sous l’équateur une succession de climats partiels, à la constitution desquels concourent des éléments absolument variés. Parmi ces éléments figurent l’altitude, la nature du sol, le voisinage des mers, l’étendue des contrées ou des îles, le régime des vents et la distribution des pluies ; comme naturellement reliée à toutes ces causes, la tension de la vapeur d’eau atmosphérique.
La température seule ne peut donc servir à caractériser les climats situés entre les tropiques.
Je reviendrai du reste sur ce sujet en parlant de l’influence des courants marins sur la distribution de la chaleur sur les continents et les îles.
Humidité atmosphérique. — Si l’on excepte le Sénégal auquel le voisinage immédiat du Sahara communique une sécheresse considérable pendant plusieurs mois de l’année, la partie occidentale de l’Australie où se trouve le grand désert de Victoria et quelques déserts de moindre étendue qui existent dans le sud de l’Afrique et de l’Amérique méridionale, l’atmosphère intertrôpicale est généralement caractérisée par l’abondance de la vapeur d’eau. Même au Sénégal, malgré la modification que lui imprime l’immense étendue des sables du désert, l’air contient, pendant la saison sèche
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(corresponclanl à l’hiver de nos pays) autant cl souvent plus de vapeur d’eau que dans l’été de nos climats (i). En dehors des périodes de sécheresse, et dans toute la zone, par toutes les longitudes, l’état hygrométrique de l’air se signale par une élévation extrême. C’est là, on ne saurait trop le remarquer, le véritable caractère des climats intertropicaux.
Or, l'humidité de l’air y est essentiellement liée au régime des pluies, et celui-ci est en étroite corrélation avec la marche apparente du soleil.
On sait, en effet, que le soleil, dont la déclinaison maximum est de 23° 27' 24", passe chaque année une fois au zénith des lieux situés sur les deux parallèles dont la latitude N. et S., est de même valeur que la déclinaison solaire. On sait, en outre, que tandis que toutes les latitudes situées en dehors de ces parallèles n’ont jamais le soleil au zénith et n’en reçoivent les rayons qu’avec une obliquité qui croit jusqu’au pôle, tous les lieux, au contraire, situés entre ces parallèles, voient deux fois le soleil passer à leur zénith. Ces deux parallèles sont les tropiques. Il résulte de cette marche apparente du soleil et du passage successif de cet astre au zénith des différents lieux situés entre les tropiques un échauffement également successif et de même valeur pour tous les lieux de l’atmosphère intertropicale. En d’autres termes, au moment précis où, près du tropique, par exemple, le soleil passe au zénith d’un lieu, la verticalité des rayons fournit au sol et à l’atmosphère de ce lieu la même somme de chaleur que sous l'équateur. Mais ici, chose digne de remarque, la question de température et de passage zénithal est inséparable de l’hygrométrie, car c’est précisément avec le passage au zénith que coïncide la plus grande somme d'humidité.
L’hivernage, en elfet, cette saison des pluies si spé-
(1) Borius. Loc. cit., p. 2o5.
HUMIDITÉ ATMOSPHÉRIQUE i5
ciale aux tropiques, est directement causé par le mouvement apparent du soleil.
Sous l'équateur ce mouvement est moins sensible qu’aux tropiques, puisque le soleil, passant de l’hémisphère austral dans le boréal et inversement, ne s’éloigne jamais pour longtemps de la ligne ; aussi l’énorme vaporisation des océans, entretenue par réchauffement continu de l’air, accumule, dans l’atmosphère et sur une étendue d’environ io degrés (20 S, 8°N), une masse considérable de vapeur contenue par les alizés, et accrue par eux de toute la somme de vapeur qu’ils apportent et refoulent sur l’équateur. C’est la zone équatoriale propre, la région ducloucl ring, du pot au noir. Le déplacement du soleil, soit vers le nord, soit vers le sud, est tout à fait insuffisant pour permettre à l’atmosphère de se décharger de ses vapeurs, et au sol, de s’évaporer. Toute la zone est maintenue dans une humidité constante ; les pluies sont continues. Sauf quelques rares rémissions et l’absence d’orages pendant quelques jours, qui peut donner l’illusion d’une saison sèche en raccourci, l’hivernage est pour ainsi dire la règle du climat équatorial.
Au contraire, à partir du 8e degré environ, dans notre hémisphère, plus on remonte vers le tropique et plus les doubles passages au zénith sont distancés les uns des autres, de manière à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul passage par année sous le tropique lui-même. Il résulte de ce fait que les masses de vapeur formées à l’équateur et entraînées par le soleil dans sa marche apparente, une fois qu’elles ont donné naissance à l’hivernage dans les lieux successivement atteints, mettent un temps d’autant plus long à disparaître que la distance de retour du soleil à l’équateur est considérable.
Par suite, il existe une zone inférieure dans les latitudes intertropicales où les deux passage au zénith, ainsi rapprochés, déterminent deux séries d’hivernage, un grand et un petit, alternant avec deux séries inégales
Ib DU CLIMAT DES TROPIQUES EN GÉNÉRAL
de saison sèche. Plus haut en allant vers le i5° degré et jusqu’au tropique les quatre saisons se fusionnent deux à deux. Il n’existe plus alors qu’un seul hivernage et qu’une seule saison sèche.
C’est précisément cette condition qui favorise les écarts saisonniers, mensuels et nycthéméraux qui distinguent les climats voisins du tropique de ceux qui confinent à l’équateur. En effet, tandis que sous l’équateur la masse de vapeur tenue en suspension dans l’atmosphère et sans cesse renouvelée par l’évaporation océanique entretient des pluies continues qui ne permettent pas au sol de s’évaporer, e t, par suite, de rayonner la chaleur en excès, sous le tropique, au contraire, ainsi que dans les régions qui y confinent jusqu’au 8e degré environ (limite d’ailleurs assez variable), l’établissement d’une saison sèche permet l’évaporation, le rayonnement nocturne, d’où, soir et matin des minima souvent extrêmes de température par rapport aux maxima du jour.
Pression barométrique. — On sait qu’à l’équateur les oscillations de la colonne mercurielle sont pour ainsi dire négligeables, la hauteur barométrique se tenant en moyenne à 760 millimètres. Elle monte en effet de 2 à 3 millimètres durant les saisons sèches (à 762 et 763) ; elle descend à 758 pendant les saisons pluvieuses. Ces observations s’appliquent aux régions des côtes, car, dans l’intérieur des terres, sans tenir compte des altitudes, la moyenne est inférieure et se fixe généralement vers y58 .
Les brusques dépressions que l’on note plus au nord et plus au sud, vers les tropiques, et qui accompagnent les orages violents et les tornades, dépressions qui peuvent aller jusqu’à 20 millimètres (Borius) ne se rencontrent pas sous l’équateur.
La notion de la pression barométrique semblerait donc à priori n’être d’aucune importance dans l’appré-
PRESSION BAROMÉTRIQ UE
eiation du climat tropical et surtout du climat équatorial, si, ainsi que je l’ai fait remarquer clans mon travail sur 1 acclimatation clés Européens clans les pays chauds, on ne devait pas tenir compte de la tension de la vapeur cl’eau atmosphérique.
Mais comme cette tension, sous l’équateur, et sous les tropiques durant 1 hivernage, oscille en moyenne vers 18 millimètres, pouvant monter jusqu’à 22, on voit que la pression d’air sec et par suite de l’oxygène de 1 ail, est en déficit notable. J ai clit que j admettais cette insuffisance cle pression comme une cause d oxydations organiques incomplètes et comme une cause d’anémie, qui, dans ce cas, en estime conséquence immédiate. Je dois ajouter encore que si le déficit d’oxygène clans l’osmose pulmonaire ne trouvait pas une justification mathématique clans la diminution cle pression cle 1 air sec, c’est qu’on ne tiendrait pas compte cle la diminution — corrélative à la température — cle la capacité cle fixation cle l’oxygène sur les globules du sang. Unies indissolublement, ces deux causes, baisse cle pression cle l’air sec et échauffement considérable et permanent cle l’oxygène cle f atmosphère, apportent un obstacle réel à l’absorption et à la fixation cle ce gaz. Evidemment il ne faut pas exagérer cette influence, mais il est hors cle cloute qu’elle doit être prise en considération sérieuse, comme un élément cle trouble dans l’harmonie physiologique des fonctions générales.
La gêne cle la respiration, insensible peut-être à l’ordinaiie sous les tropiques, mais qui amène une accélération instinctive des mouvements respiratoires, o-ène -plus accentuée et alors perçue clans les orages, dans les journés humides à l’excès et torrides, si on l’oppose à la sensation cle bien-être qu’on ressent en s’élevant aux altitudes, où 1 air plus frais devient plus physiologiquement assimilable, indique bien le caractère d’insuffisance cle l’air équatorial.
Une autre conséquence, mais sur laquelle j’aurai
Hygiène coloniale.
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occasion de revenir, c’est la diminution de l’exhalation aqueuse parla surface de ventilation pulmonaire. Je l'ai dit ailleurs, et je le répète parce que cela me paraît très important, l’Européen se trouve aux pays chauds dans un milieu entièrement défavorable pour lui sous le rapport de l'humidité. Réglé en Europe pour une tension de vapeur d’eau atmosphérique dont la moyenne oscille suivant les régions entre 8 et 9 millimètres, il a à lutter aux pays chauds contre une tension de 18 millimètres, soit contre un écart en plus évalué au double. De là une diminution très accentuée dans l’exhalation de la vapeur d’eau pulmonaire, qui tend à maintenir dans le sang de la circulation générale une proportion d’eau plus élevée. D’autant plus élevée, — laut-ii le faire remai quer ? — que l’Européen consomme davantage d’eau sous les tropiques. Le correctif évident de ce trouble fonctionnel, c’est l’augmentation de la sueur. Mais dans quelle mesure ? Et cette suppléance s’exerce-t-elle sans autres conséquences organiques ? C’est ce que nous verrons ailleurs.
Électricité atmosphérique . — Nous ne savons rien de positif concernant son rôle climatique ; nous savons - seulement qu’elle atteint un degré considérable de puissance dans les régions tropicales et sous 1 équateui . Nous connaissons les minima et les maxima de sa tension à certaines heures du jour; on a noté la progression de cette tension comme étant en rapport avec l’élévation de la chaleur humide, on a observé l’abondance des éclairs sous les basses latitudes; mais rien encore de précis n’a pu être dégagé de ces observations générales.
Toutefois, l’action de l'électricité tropicale, si nous n’avons pu en déterminer le mode ni en calculer la portée exacte, nous apparaît sous la forme de sensations au sujet desquelles il y a unanimité d opinion.
Elle influence puissamment le système nerveux; non