Chapitre IV. — L'Etat et la production
Chapitre V. — Trois réformes : î. Le droit à l'existence et l'organisation du marché du travail 53
Chapitre VI. — Trois réformes (suite) : 2. La réduction de l'hérédité capitaliste. ... 59
Chapitre VII. — Trois réformes (suite) : 3. L'assurance des fortunes et l'association de la collectivité aux profits de la production . . 65
Chapitre VIII. — Comment dresser le bilan de la productivité de chacun? 71
Les études de M. Ernest Solvay, dont la présente brochure constitue un résumé, ont paru sous les titres suivants, chez l'Editeur Lamertin, Marché-au- Bois, 20, Bruxelles :
Notes sur le Prcductivisme et Je Comptahiîisme, 1900;
Lettres sur le Productivisme et Je Cotîectivisme, par E. Solvay et L. Anseele, igco;
Notes sur des formuJes d'introduction à l'Energétique pltysio- et psycho-sociologique, 1902.
. Voir aussi des articles dans des publications périodiques (Revue de Belgique, Alliance libérale, Annales Parlementaires : Sénat) et journaux (Indépendance, Peuple, Gazette, etc.).
En résumant ces divers travaux, on s'est non seulement attaché à suivre la pensée de Tauteur, mais encore, dans la mesure du possible, à la reproduire sous la forme même qu'il avait donnée.
20 Décembre 1903.
PAR M. ERNEST SOLVAY
C'est avec plaisir que j'autorise un groupe de collaborateurs à faire, à leur guise, un résunné de mes Notes, Lettres, etc. sur le productivisme et le comptabilisme.
Pour ma part, si j'étais à même de reprendre comme il le faudrait l'étude du grand problème social dominant notre époque — mais j'en suis loin, — ce n'est pas un résumé de ce que j'ai écrit sur la matière que je ferais, ce serait une défense complète de mes idées, documents, preuves et justifications à l'appui.
Et j'adresserais aussi à ceux qui ont la compétence en cette matière une véritable adju-
ration pour qu'ils tentent, sans délai, de mettre ces idées sous forme de projets de loi, afin de les voir s'éclairer ainsi sous leur jour pratique et vrai, et par conséquent, en état d'être exactement jugées pour ce qu'elles valent. Si mes idées n'ont que peu ou pas de valeur — car je puis me tromper — le mal qu'il y aurait eu à faire cet essai de réalisation serait bien petit; mais si, au contraire, ainsi que je le pense, elles recèlent la vérité et constituent, dans leur ensemble, la seule solution possible au torturant problème, on éviterait vraisemblablement par là la plus grande des catastrophes que l'histoire aurait eu à enregistrer.
Que l'on veuille bien remarquer qu'il s'agit de rallier toutes les opinions en faveur de principes et de formules d'avancement social, et d'obtenir le concours de tous les amis sincères du progrès, aussi bien de ceux qui se sont trop avancés jusqu'ici, en obéissant principalement à leurs sentiments, que de ceux qui se sont arc-boutés pour résister aux poussées vers ce qu'ils considéraient comme l'irréalisable. Il est donc indispensable que ces formules et ces principes soient nets et se présentent sous un aspect de vérité indiscutable. Or, où
puiser la vérité indiscutable, si ce n'est à la seule source qui la renferme, la science? On marche vers son achèvement à pas de géant, et le jour s'annonce prochain où, dans le domaine social, de même qu'il eR a été dans le domaine industriel, on n'osera plus rien édifier sans s'appuyer sur elle.
Je rappelle les efforts que j'ai faits dans ce sens en cherchant d'abord à faire pénétrer dans les esprits, cette toute simple évidence, afin qu'elle soit prise comme seule base d'édification sociale possible, que : l'homme vivant à la fois matériellement et intellectuellement, son bienêtre, la satisfaction de ses besoins, en dehors de son repos, ne saurait consister que dans la consommation de choses matérielles et intellectuelles correspondantes, y compris celles qui alimentent sa distraction, et que ces choses, toutes ces choses, font l'objet de ce qui peut être appelé, d'une façon absolument générale : la Production; en cherchant ensuite à faire admettre, également comme toute simple évidence et comme seule base générale possible à la production, la capacité : capacité d'action et d'entraînement, capacité de volonté, capacité de travail, capacité de science; en cherchant enfin
à faire voir que la cause déterminante qui pousse rhomme à vouloir obtenir son bien-être le plus grand, bien-être matériel et intellectuel, est purement physique, liée à Ténergétisme de sa réaction physiologique fondamentale, par conséquent légitime, irrésistible et nécessairement capable, à un moment donné, de briser tous les obstacles.
Certes, je ne me dissimule aucunement combien je dérange ceux que satisfait pleinement Tétat de choses actuel, les somnolents, les incrustés de bonne foi dans le passé et, si je ne m'éveillais chaque jour en constatant que les actifs et les initiateurs dérangent toute leur vie ceux qui ne le sont pas — et qu'en cela on ne peut dire qu'ils agissent mal, — je pourrais m'arrêter en chemin en cherchant à me persuader que je suis satisfait comme eux et que tout est pour le mieux autour de moi.
Pourtant, ma conscience se révolte comme devant un crime, en pensant que je ferais taire ce que je crois sincèrement pouvoir devenir la soulageante vérité du moment; que je cacherais, en tenant pour moi seul, des idées, des principes, dont l'étude et l'application scientifiques doivent finalement, je pense, ame-
ner un accord général des esprits éclairés et honnêtes.
Ce que nous appelons le sentiment du droit, de la justice, est, au fond, la traduction d'un besoin physiologique impérieux, et la cellule humaine, si elle est contrariée ou violentée avec persistance, doit nécessairement, fatalement, amener la révolte de ses porteurs, dès que celle-ci se trouve être possible. Or, en pareille matière, ce n*est pas, de ce qu'a été la veille et de ce qu'est le jour même, que nous devons nous pénétrer, mais de ce qui sera le lendemain et les jours suivants. Demain, nous aurons l'énergie gratuite, ai-je pensé — et cela « changera la face du monde », écrit maintenant Gustave Le Bon (1). — Aprèsdemain, nous volerons mieux que l'oiseau dans l'espace, ai-je encore pensé, après beaucoup d'autres [Charles Renard semble en démontrer aujourd'hui scientifiquement la possibilité] (2) — et cela permettra aux porteurs de cellules humaines révoltées, affamées de « justice
(x) Voir Revue scientifique, 3i octobre xgoS, p. SSg. (2) Voir Comptes-rendus de V Académie des Sciences de Paris, séance du 23 novembre 1903.
physiologique », de planer à toutes hauteurs sur ceux qui la lui refusent.
Que se passera- t-il?
Il ne faut pas que Ton en arrive là; dès aujourd'hui et sans relâche, il faut travailler à convaincre les hommes qu'il y a une voie précise, indiscutable^ unique à suivre pour atteindre — au plus court — à la pleine satisfaction de ce besoin de justice qui plonge ses racines dans la nature même. 11 faut aussi persuader en même temps les honnêtes porteurs de « cellules satisfaites », que Ton peut s'engager dans cette voie, sans que ce soit en réalité à leur préjudice.
« Le perfectionnement incessant des mé- » thodes de production, dû à la science, ainsi » qu'à la méditation ou à l'intuition des hommes » les mieux doués, doit graduellement trans- » former la situation et la destinée du genre » humain... Cet avenir brillant de l'humanité, » par le progrès incessant des méthodes de » production, dont profiteront ses membres les » plus humbles, qui pourront un jour se pro- » curer la plupart des satisfactions dont jouis- » sent seuls actuellement les hommes riches ou
» aisés, en y ajoutant beaucoup de jouissances » nouvelles aujourd'hui inconnues, apparaît » maintenant comme une certitude. » Ainsi parle Paul Leroy-Beaulieu, dans la nouvelle édition de son ouvrage sur « Le Collectivisme » (1). Et je conclus moi-même, en tenant compte de mes études particulières et de l'expérience que j'ai acquise dans les choses de la vie productive, qu'il faut, au plus vite et sans cesse, améliorer,